Vous connaissez Google, géant du web ? Vous connaissez peut-être moins Google, acteur des transports. La firme californienne investit pourtant depuis des années dans l’industrie des transports. Un phénomène qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant puisque les technologies numériques envahissent de plus en plus ce secteur en pleine transformation : accès au Wi-Fi et à l’internet mobile dans les gares et les aéroports, voitures de plus en plus connectées, multiplication des applications d’assistance à la mobilité (m-commerce, information voyageur, géolocalisation…).

Face à cette tendance et fort de son expertise digitale, Google apparaît donc crédible et légitime pour se lancer sur ce marché. Mais que cherche Google en accélérant ainsi la modernisation des transports et l’émergence de la mobilité connectée ? Éclairage sur une stratégie aussi discrète qu’ambitieuse…

Google multiplie les investissements dans les transports

Depuis quelques années, on assiste à une véritable offensive dans le business des transports comme le prouvent les initiatives suivantes :

Le géant de Mountain View a présenté en mai dernier la Google Car, prototype de voiture électrique sans conducteur qui circule déjà à titre expérimental sur les routes du Nevada et de Californie. Google exerce aussi un lobbying très fort visant à faire évoluer la législation pour permettre l’essor de ce nouveau type de véhicule.

En 2013, via son fonds de placement Google Ventures, Google a investi 250 millions de dollars dans Uber, start-up américaine dont l’application pour smartphones permet aux particuliers d’être mis en relation avec des VTC ou des voitures privées.

Dans le domaine des comparateurs de vol, Google n’est pas en reste avec Flight Search, application lancée en 2011 et dont les fonctionnalités ne cessent de s’enrichir : mode plein écran, indication des destinations les plus populaires lorsqu’on choisit une ville de départ, personnalisation des propositions en fonction du profil de l’utilisateur, bouton « J’ai de la chance » qui permet à l’internaute de découvrir des destinations aléatoires susceptibles de lui plaire…

En termes d’assistance à la mobilité enfin, le rachat en 2013 de Waze, société israélienne spécialiste de la cartographie a permis d’enrichir Google Maps et d’améliorer l’expérience de ses utilisateurs en leur offrant des informations en temps réel sur le trafic. Coût de l’opération : près d’un milliard de dollars, soit la 4ème plus grosse acquisition dans l’histoire de Google.

Vendre toujours plus de publicité

Si Google investit à ce point dans les transports, ce n’est pas nécessairement pour entrer en concurrence avec les acteurs établis du secteur. Pour mieux comprendre la stratégie du géant américain, il faut revenir à son business model : capter le plus possible de notre temps, afin de vendre un maximum de publicités aux annonceurs. Aujourd’hui, 90% des recettes de Google proviennent de la publicité !

Concernant la Google Car, il est peu probable que Google aille jusqu’à commercialiser ses véhicules au grand public. En revanche, l’objectif de la firme californienne semble être d’encourager les constructeurs à se lancer dans le véhicule autonome en prouvant sa faisabilité technologique. Et il faut croire que ça fonctionne, puisque plusieurs d’entre eux comme Toyota, Volvo ou Nissan, ont annoncé leur intention de commercialiser des modèles sans conducteurs à horizon 2020. Avec ce type de véhicule, les automobilistes pourront passer encore plus de temps sur internet… à consommer des publicités potentiellement commercialisées par Google !

Faire d’Android la clé des transports connectés

Alors que le marché des transports est de plus en plus concurrentiel, les acteurs du secteur cherchent à se différencier. Dans ce contexte favorable, Google souhaite que ses services, disponibles via son système d’exploitation Androïd, leur apparaissent comme un atout incontournable pour séduire et fidéliser une clientèle de plus en plus volatile. D’où les investissements considérables dans ce domaine pour multiplier et enrichir ses services.

L’exemple suivant est révélateur : bénéficiant d’une connaissance de plus en plus fine et en temps réel des réseaux routiers, des infrastructures et des usages réels, Google parvient à convaincre de plus en plus de constructeurs d’équiper leurs véhicules avec Android. C’est notamment le cas de Audi, Honda ou encore Hyundai… Les données collectées permettront ensuite à leur propriétaire (Google et/ou les constructeurs), de connaître encore mieux les comportements des clients finaux pour leur proposer des offres toujours plus personnalisées.

Vers un écosystème Android ?

Autrement dit, sans chercher à devenir un acteur majeur des transports au sens classique du terme, Google pourrait se positionner comme un partenaire incontournable pour tous les acteurs du secteur. Son objectif ? Apparaître comme le fournisseur d’une valeur ajoutée indispensable, la clé de leur chiffre d’affaires. Et plus que jamais, Google compte sur son système d’exploitation mobile pour y parvenir.

En démultipliant Android, Google souhaite développer un véritable écosystème dont le domaine des transports n’est qu’une facette. Android sur votre tablette, Android à votre poignet, dans vos lunettes, dans votre véhicule, dans votre maison… Santé, énergie, domotique : avec Androïd, Google s’infiltre toujours plus dans votre vie en vous promettant de la faciliter. Sûrement l’une des entreprises les plus ambitieuses de ce XXIe siècle hyperconnecté.