Ofo, oBike, Gobee.Bike, et bientôt Uber à San Francisco, les acteurs du free floating se multiplient à toute vitesse. Développé dans un premier temps en Chine, ce concept de vélos en libre-service, sans borne, représente une petite révolution pour les services de mobilité urbaine. Parmi tous ces acteurs, principalement asiatiques, un français, tente de se faire une place : Indigo.

Le groupe français a lancé sa propre offre de free floating en octobre dernier : Indigo Weel. Le groupe, déjà présent sur les segments du stationnement en France et dans le monde avec près de 5 400 parkings mais aussi actionnaire de Smovengo, grand gagnant du contrat Vélib’ pour quinze ans, a décidé de compléter son offre de mobilité douce en se lançant à son tour sur le concept de vélos en libre-service.

Une multiplicité des acteurs

Jaune, orange, vert et désormais blanc et violet. Vous avez probablement vu fleurir autour de vous ces vélos colorés, abandonnés au beau milieu d’une place, sur un trottoir ou, de façon plus anarchique, dans un arbre. Vous connaissez probablement le concept du free floating, évoqué à plusieurs reprises sur TransportShaker.

De multiples acteurs se disputent le marché sans pour autant réussir à se distinguer.

S’ils cohabitent parfaitement pour l’instant à Paris, c’est en partie en raison des retards de déploiement des nouveaux Vélib’ de Smoovengo. Par ailleurs, la flotte de chacun de ces acteurs reste pour l’instant limitée.

Sur ce marché le français peut-il vraiment prendre l’ascendant sur ses concurrents ?  

Indigo Weel propose une offre de free floating alternative. Il déploie ses vélos en établissant au préalable des partenariats avec les villes pour aménager des aires de stationnement dédiées. L’application mobile informe les usagers des zones de stationnement autorisées. Indigo souhaite ainsi limiter les dérives (vandalisme, abandon,…) et apporter une première réponse aux questions concernant l’aménagement du territoire. Toute sa stratégie d’implantation s’appuie sur de multiples concertations avec les municipalités, des études conjointes afin de prendre des décisions communes, adaptées aux problématiques de la ville. Cette intégration locale concerne, par exemple, des accords définissant le nombre de vélos mis en circulation. L’entreprise espère pouvoir s’appuyer sur de nombreux liens déjà noués avec les municipalités en tant qu’opérateur de stationnement. C’est sans aucun doute l’un des points forts de l’entreprise française.

Par ailleurs le groupe français a adopté une stratégie différente de ses concurrents asiatiques. Sa cible ? Les agglomérations de plus de 300 000 habitants délaissées par les autres acteurs du marché. Indigo Weel a ainsi choisi de faire ses premiers pas à Metz (avec 500 vélos), depuis janvier 2018 à Tours et depuis février à Bordeaux. Contrairement à Gobee.bike, OFO, oBike, etc., Indigo ne souhaite pas s’installer à Paris. D’une part, la concurrence y est rude et d’autre part Indigo, en tant que membre du groupement Smoovengo, gagnant du contrat Vélib, ne souhaite pas que l’une de ses activités cannibalise la deuxième.

Enfin, Indigo, acteur historique de la mobilité, a développé une véritable expertise dans ce domaine, anticipant les pratiques et les besoins urbains du futur. Déjà présent sur le marché avec OPnGO, Smovengo et Watt mobile, Indigo a mis la mobilité douce au cœur de sa stratégie de développement. Indigo Weel s’inscrit dans la continuité logique de ses activités et peut donc miser sur sa connaissance du marché, des modes de déplacements, des habitudes des usagers et du fonctionnement des centres villes.

Par exemple, anticipant les dérives liées au concept, Indigo Weel a envisagé une réponse au vandalisme et au comportement des usagers français : un système de « gaming participatif » !

Indigo a réfléchi à la mise en place d’un système de points bonus et malus pour sensibiliser les usagers. Ils peuvent cumuler des points en cas de bons comportements. S’ils déposent le vélo dans une zone de stationnement indiquée dans l’application ou s’ils dénoncent la présence d’un vélo hors de la zone ou en mauvais état, ils gagnent des points qu’ils peuvent ensuite échanger contre des cadeaux ou des coupons. A l’inverse, toute détérioration ou mauvais stationnement peut faire perdre des points.

Reste à savoir si cela sera suffisant pour ne pas jeter l’éponge face aux multiples actes d’incivilités comme Gobee.bike qui a déjà abandonné son activité à Lille, Reims et même Bruxelles.

Sa stratégie sur le long terme ?

  • Un développement à l’international

Une roadmap établie ? Indigo souhaite implanter Indigo Weel dans une centaine de villes en Europe, et disposer ainsi d’une flotte de près de 80 000 vélos à la fin de l’année 2018. Le Groupe français a déjà développé son offre de free floating en Grande Bretagne et en Suède par le biais d’une joint-venture avec le chinois OBK Holdings, fournisseur des vélos et de l’application mobile. Sa prochaine étape ? L’Allemagne, les Pays-Bas et pourquoi pas le Mexique.

  • Une offre diversifiée

Le Groupe français souhaite aussi diversifier son offre de free floating avec dans un premier temps le développement de vélos électriques disponibles en libre-service.  Mais le leader du stationnement se projette plus loin. Pourquoi ne pas, à son tour, étendre le concept de free floating aux scooters et aux voitures électriques ? A Paris, Cityscoot, l’américain Scoot et l’espagnol Cooltra se disputent déjà le marché du deux-roues électriques en libre-service mais Indigo deviendrait le seul acteur à délivrer la triple offre de mobilité.

  • Miser sur une alliance avec Smoovengo ?

Si pour l’instant rien n’a été évoqué, on peut imaginer une alliance entre les deux activités, complémentaires, du groupe Indigo. L’un de ses concurrents, l’astiatique oBike a présenté à la municipalité bordelaise une offre liant son activité de free floating à la connaissance du marché d’un opérateur français traditionnel du transport, pour l’instant confidentiel. Un bon moyen de rassurer les municipalités ? Pas seulement. Cette complémentarité permet de lier flexibilité, absence de coûts avec les compétences technologiques d’un acteur habitué aux systèmes existants de bornes. Indigo Weel adoptera-t-il la même stratégie ?