Le déraillement de Brétigny survenu en juillet 2013 et l’accident de Saint Jacques de Compostelle en Espagne marquent une nouvelle étape dans l’ère du ferroviaire qui se traduit par le renforcement des exigences de sécurité et par une volonté affichée de revoir en profondeur les pratiques de maintenance des infrastructures.

Des programmes ambitieux pour renforcer la sécurité ferroviaire

En Espagne, le ministre des Transports et l’opérateur ferroviaire Renfe ont annoncé le lancement d’un programme de révision de l’infrastructure ferroviaire suite à l’accident de Saint Jacques de Compostelle.

Ce programme passera par une phase d’examen des composantes du réseau ferroviaire espagnol (protocoles d’exploitation, système de signalisation et procédures de limitation de vitesse) pour aboutir à un plan d’actions d’amélioration.

Dans le même temps SNCF et RFF, encouragés par les recommandations du BEA – TT* et les résultats des audits internes du groupe, ont lancé un vaste chantier de mise sous contrôle de la sécurité du réseau.

Le programme VIGIRAIL engagé sur la période 2014 / 2017 correspond à la mise en œuvre d’une série de mesures d’amélioration. Cela s’est concrétisé par un investissement conséquent à hauteur de 410 millions d’euros et un plan de recrutement progressif visant à étoffer les équipes de la branche Infrastructure SNCF.

Depuis Brétigny, la SNCF prévoit par ailleurs que ces travaux constituent une réponse rapide aux enjeux de modernisation du réseau d’infrastructures.

Les objectifs poursuivis par la SNCF et RFF sont d’accélérer la modernisation des infrastructures en renouvelant progressivement les aiguillages des zones fortement sollicitées du réseau. Chaque service annuel génère des investissements conséquents et des travaux de renforcement des infrastructures.

Aujourd’hui ces orientations se déclinent en plusieurs actions : des initiatives visant à impliquer et sensibiliser les agents du ferroviaire, des projets de système d’information pour appuyer les activités de sécurité/maintenance et la création d’une entité organisationnelle dédiée à la sécurité.

Une vaste consultation individuelle des agents du groupe SNCF

La SNCF a conduit durant tout le mois de septembre 2014 une grande enquête dédiée à la sécurité, sous l’impulsion du président Guillaume Pepy. Les objectifs visés étaient d’interroger les agents sur leur niveau de sensibilité en matière de sécurité et d’évaluer le ressenti de chaque salarié.

Les résultats récoltés permettront de jauger le niveau de perception des agents et d’identifier les leviers sur lesquels agir pour améliorer les modes de fonctionnement dans l’optique de la constitution des 3 EPIC.

Une sensibilisation à la « conduite éthique » pour garantir l’exemplarité

Comme de plus en plus d’entreprises privées, la SNCF a choisi d’insuffler davantage de sens éthique à ses salariés. Cela se traduit par des actions menées par la Direction de l’éthique au sein de chacune des branches en vue de sensibiliser aux bonnes conduites à tenir sur le terrain.

Chaque employé dans l’exercice de son métier doit être en mesure d’appliquer les principes de base de la charte éthique. Il doit être en mesure de signaler tout comportement en écart avec les bonnes pratiques professionnelles.

Pour faciliter la remontée d’information, la SNCF met également à disposition de ses salariés un système d’alerte confidentielle comparable au « whistleblowing » rendu obligatoire aux États-Unis suite aux scandales financiers ou plus récemment dans le domaine aérien.

Concrètement, chaque salarié peut « donner un coup de sifflet » et signaler les actes douteux à sa ligne hiérarchique de manière confidentielle via une adresse électronique générique.

La technologie en support au métier de la sécurité et de la maintenance

Pour soutenir les activités de sécurité et de maintenance, la SNCF se dote d’un système de vidéosurveillance permettant l’identification et le signalement des défauts constatés sur un rail ou un aiguillage.

Conscient de l’apport du digital, la SNCF déploie l’usage des supports « tablette » et « pad » pour ses opérateurs de maintenance afin d’améliorer l’accès et la saisie en temps réel des informations « terrain ».

Par ailleurs, la dématérialisation des processus et des documents de maintenance doit assurer une meilleure traçabilité des opérations techniques.

Autre exemple, la création d’une plateforme commune permet l’exploitation des enregistrements et des signalements d’anomalies afin de planifier les interventions de maintenance au plus près du calendrier d’exploitation des trains.

L’incorporation d’outils pédagogiques innovants rend plus efficaces les formations techniques de surveillance des voies.

De l’autre côté du Rhin, nos confrères allemands de DB (ICE) tirent également partie des nouvelles technologies pour améliorer la surveillance et la sécurité de l’exploitation des matériels ferroviaires.

Par exemple, en phase d’exploitation les essieux des trains sont des organes qui subissent en permanence des contraintes fortes au cours des actions de freinage et d’accélération. Aujourd’hui grâce à un dispositif de capteurs radio, les essieux sont en constante surveillance. Ce système permet de suivre en temps réel l’état d’usure de ces organes durant une période déterminée. Il permet également de remonter une mine de données à destination des centres de maintenance pour anticiper les changements de pièce ou de programmer les visites de contrôle.

En parallèle les constructeurs tirent un bénéfice non négligeable de l’utilisation des données techniques récoltées. Ces informations permettent d’ajuster les paramètres techniques de la phase de pré-industrialisation des essieux.

Vers le rattachement de la fonction « sécurité » au sein l’état-major SNCF…

La sécurité ferroviaire est un volet fondamental pour la SNCF en tant que gestionnaire de l’infrastructure et opérateur de transport.

Le déploiement officiel de la nouvelle gouvernance au 1er janvier 2015 marque l’émergence d’un corps d’inspection et d’une fonction à part entière : l’inspecteur général de la sécurité.

Comme son nom l’indique, l’inspecteur général aura pour principale mission la surveillance du réseau en étroite collaboration avec la direction. Il conduit des études/audits de manière indépendante sur le terrain dans le but de détecter tout dysfonctionnement mettant en défaut la sécurité ferroviaire.

Il joue un rôle de gendarme de la sécurité en proposant des ajustements de procédure ou en suggérant de nouvelles règles à suivre. La nomination de ce nouvel interlocuteur est une réponse forte aux enjeux de maîtrise de la sécurité ferroviaire et de transparence.

… et vers plus de transparence

Face aux inquiétudes grandissantes des usagers et de nos gouvernants, les opérateurs ferroviaires et notamment la SNCF se devaient de réagir rapidement en affichant une ferme intention de maintenir la sécurité comme une priorité permanente de ses activités.

Aujourd’hui cela se traduit dans les faits par le lancement de nombreux chantiers et par un engagement fort des dirigeants/responsables pour garantir la transparence.

La transparence sur l’état du réseau et sur les opérations de maintenance ferroviaire devient le nouveau leitmotiv. En effet la SNCF reste un précurseur en la matière avec l’ouverture d’une partie des données internes au public dans le cadre du programme « Open Data ». Des discussions sont en cours pour étendre cette ouverture aux données d’infrastructure. Une affaire à suivre …

*Bureau d’enquête des accidents de transport terrestre