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Doit-on avoir peur du grand méchant Uber ?

Habitué des polémiques depuis sa création et sa croissance spectaculaire, Uber dérange et bouleverse le paysage des taxis et des VTC dans chaque ville où il s’implante. Entre succès et scandales, retour sur un phénomène mondial.

Un modèle économique disruptif…

Uber a vu le jour à San Francisco en 2009 sous le nom d’UberCab. La légende veut que ses trois fondateurs ont un jour dû prendre un taxi à Paris… et ont fait chou blanc. Ils imaginent donc un système de VTC associé à une technologie de géolocalisation poussée qui permet au chauffeur le plus proche d’être localisé son client et de le rejoindre en un temps record. Uber apporte également une certaine fiabilité dans le temps d’attente, dans le prix à payer et dans les moyens de paiement pour le client.

Si en 2014 Uber ne déclarait que 900 employés, c’est que l’entreprise possède un business model bien particulier. En effet, les chauffeurs répertoriés dans son application ne sont pas déclarés comme employés, mais sont considérés comme des prestataires. Ils se constituent eux-mêmes en EURL ou en SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) et se rémunèrent grâce aux courses qu’ils font par le biais de l’application d’Uber. Le principe est simple : un chauffeur s’inscrit sur l’application et fournit un certain nombre de documents (permis de conduire, extrait de casier judiciaire etc.) en fonction de l’offre qu’il est à même de proposer. Par exemple, un chauffeur titulaire d’une habilitation de transport de passagers et détenteur d’une berline pourra proposer ses services en UberX (qui comprend également les gammes UberTAXI, UberBLACK, UberSUV ou UberLUX).  En retour, Uber prélève une commission, qui peut atteindre 25%.

20150220 - doit-on avoir peur Uber - gamme

Le prix d’une course est fixé par Uber et dépend de plusieurs facteurs, et tout avant tout de l’offre sélectionnée par le client. Un prix de base est fixé pour chacune de ces catégories et se trouve majoré ou minoré selon le volume de la demande au moment de la commande. C’est cette méthode de fixation des prix qui explique notamment l’explosion des tarifs la nuit du 1er janvier dernier. Une estimation du prix est communiquée au client sur le point de commander sur l’application. Celui-ci est donc en mesure de l’accepter ou de renoncer à la course.

… avec des méthodes agressives…

Mais si Uber fait tellement parler de lui depuis quelques mois, c’est que parallèlement à son succès insolent, ses méthodes font débat. L’entreprise a sérieusement rajeuni le monde des taxis et des VTC et a le mérite de remettre le client au centre des considérations commerciales. Dans une industrie qui manquait de cette culture orientée client, difficile de se plaindre mais l’inflation permanente du service peut vite arriver. C’est le client qui note le chauffeur en fonction de sa prestation. Néanmoins, en retour le chauffeur se trouve à la merci de celui-ci qui dispose d’un moyen de pression considérable sur lui puisqu’un chauffeur mal noté plusieurs peut se voir refuser l’accès à l’application..

En revanche, on peut s’interroger sur le régime de travail qui s’applique aux chauffeurs. Considérés comme prestataires par Uber, ils ne bénéficient pas d’une protection et des bénéfices accordés aux salariés, comme les congés payés et peuvent être congédiés par l’entreprise à tout moment. Le remboursement de la voiture et son entretien sont également à leur charge. Enfin, leur situation non salariée ne leur permet pas de se constituer en syndicat. Sans porte-parole, il leur est donc difficile de faire entendre leur voix. C’est notamment ce qui permet à Uber d’augmenter son taux de commission du jour au lendemain. Si une telle situation présente plusieurs avantages (liberté d’horaire, volume d’heures travaillées par semaine adaptables…), elle a d’ores et déjà suscité des protestations de chauffeurs Uber de San Francisco qui se sont mis en grève en septembre dernier. Pour autant, une récente étude (commandé par Uber, ceci dit…) témoignait de la satisfaction générale des chauffeurs travaillant pour l’entreprise.

Aux États-Unis, les méthodes d’Uber vis-à-vis de ses concurrents ont été également critiquées. Par exemple, les pratiques douteuses de l’entreprise pour mettre des bâtons dans les roues de son rival Lyft sont récemment apparues au grand jour : débauche des chauffeurs Lyft en leur vendant les vertus d’Uber par rapport à Lyft (une équipe dédiée a été constituée en ce sens), multiplication des appels qui ont pour effet de surcharger le centre Lyft afin de ralentir le traitement des commandes…

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Une voiture arborant la moustache de Lyft, le principal concurrent d’Uber aux E.-U.

Le service UberPOP, dont nous avions évoqué l’interdiction imminente en France dans un précédent article, génère également de nombreux débats dans le monde. Interdit dans la région de New Delhi (à la suite d’une plainte pour viol d’une cliente), en Espagne et dans plusieurs autres pays, il met à mal le système instauré de régulation des taxis. En France, l’interdiction d’UberPOP n’a donné lieu à aucune action de la part d’Uber pour arrêter le service, qui est toujours disponible à ce jour. À noter cependant que les premiers chauffeurs UberPOP ont été verbalisés… D’une manière générale, l’attitude d’Uber face aux lois dénote une volonté de s’en affranchir : pour l’entreprise le marché doit créer des opportunités économiques, quitte à ce qu’elles contreviennent à l’ordre établi. Les lois devront par la suite s’adapter à la nouvelle donne. De son côté, Uber a récemment attaqué la France à la Cour Européenne de Justice sur la base d’une violation de la liberté d’entreprendre.

… mais que rien ne semble arrêter

Pour l’instant, ce comportement audacieux mais moralement discutable réussit à Uber et séduit les investisseurs. Sa valorisation a doublé en cinq mois : de 17 milliards de dollars en juin 2014, elle s’élève aujourd’hui à plus de 40 milliards de dollars. Si Uber ne communique pas officiellement ses résultats, certains experts estiment que la start-up pourrait dégager dix milliards de dollars de chiffre d’affaires sur 2015 et environ 300 millions de dollars de bénéfices.

Parti de San Francisco, Uber s’étend à présent sur toutes les métropoles mondiales. Fin novembre 2014, la responsable du développement international d’Uber déclarait à Business Week que l’entreprise était lancée dans une nouvelle ville tous les deux jours. Aujourd’hui, Uber privilégie le marché asiatique, où des concurrents locaux sont déjà solidement en place. Aujourd’hui, Uber est présent dans 51 pays et 253 villes dans le monde.

Sleepy KittenUber s’arrêtera-t-il aux VTC ? Certainement pas. Aux Etats-Unis, de nouvelles offres sont d’ores et déjà disponibles. UberFresh, par exemple, propose la livraison de produits frais. Dans un registre plus insolite, UberKITTEN est un service de livraison de chatons. Les chatons, qui viennent de refuges, peuvent être amenés par un chauffeur. Le client dispose alors de quinze minutes pour les câliner à l’envie. Autant dire qu’Uber ne manque pas d’idées pour se diversifier et n’hésite pas à mettre en pratique les innovations les plus originales pour générer de la communication !

Pour conclure, il est très facile de céder aux sirènes de la diabolisation au sujet d’Uber. Une partie de la réaction épidermique suscitée par la start-up californienne provient sans doute d’un certain conservatisme issu notamment des professions de taxi. Pour autant, cette grande modernité dont Uber veut se faire le héraut pourrait  une réalité plus sombre, voire une régression dans le droit du travail des salariés.

Retrouvez tous nos articles du dossier spécial Taxis vs. VTC :  

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