La décision prise par le Royaume Uni de quitter l’union européenne risque d’avoir de plus lourdes conséquences qu’attendues. Le domaine aérien n’en sort d’ailleurs pas indemne, puisque leur sortie de l’UE entraîne celui de l’accord de ciel unique européen. Les effets du brexit sont multiples et diffèrent selon la spécificité de la compagnie aérienne concernée. Le marché aérien est donc en cours de transformation. Les principales compagnies britanniques low cost et IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus) doivent donc trouver des solutions pour garder leur part de marché. Comment vont-elles survivre au Brexit?

 

Des conséquences sur l’ensemble des compagnies

Economiques

Au lendemain de l’annonce du Brexit, le cours de la livre sterling chute. En un an environ, la livre a perdu 10% de sa valeur. Parmi les effets qui suivent cet effondrement, on trouve un ralentissement de l’activité économique et une baisse du trafic aérien. En effet, l’association internationale du transport aérien (IATA) estime que d’ici 2020, le trafic entrant et sortant du Royaume-Uni sera entre 3 et 5% inférieur à ce qu’il aurait été sans le Brexit. Dès l’an dernier, les incertitudes sur le Brexit avaient fait baisser le nombre de réservations estivales, comme si le Royaume Uni ne faisait déjà plus partie de l’UE.

Toujours en lien avec la chute du livre sterling par rapport aux autres monnaies, le groupe IAG, Easy Jet, Ryanair ou Flybe, risquent de voir leur facture pétrolière s’alourdir. En effet, ces factures sont, comme les loyers ou les achats d’avions, payées en dollars.

 

Législatives

La sortie de l’UE et du ciel européen s’accompagne de contraintes législatives. En effet, pour pouvoir opérer au sein de l’UE, la compagnie doit être entre-autres, basée dans un pays membre.  Or, cette règle pourrait encourager les compagnies britanniques ayant un fort enjeu à rester dans l’Union Européenne, à accroître leur présence sur le continent. Leurs modes opératoires et leur structure financière en seraient fortement modifiés et l’activité en serait ainsi centrée en UE. On peut donc facilement imaginer une perte d’emploi considérable du côté britannique.

Les autres contraintes législatives concernent l’autorisation que les compagnies britanniques ont aujourd’hui, d’opérer des vols intra européens. Deux conditions devront être rassemblées d’ici 2019 pour avoir cette autorisation : la majorité de son capital doit être détenu par des citoyens de l’Union et les compagnies devront y être basées. Cela pose alors une problématique qui sera gérée différemment selon les compagnies et leurs besoins.

 

Communautés de réglementation

D’autre part, la Grande-Bretagne est aujourd’hui membre d’un accord d’aviation partagé entre 35 membres, d’un organisme commun de réglementation de l’Agence Européenne de Sécurité Aérienne et de la Cour européenne de justice (CEJ). Ces appartenances permettent aujourd’hui au Royaume Uni de participer à la législation communautaire.

Cependant, Theresa May, qui porte la décision du Brexit, souhaite faire retirer le Royaume Uni de la juridiction du CEJ. Le pays perdrait alors son influence dans le rôle clé qu’a la Cour dans l’arbitrage des conflits européens.

Les conséquences pour le pays et le secteur aérien sont donc importantes et chacune des principales compagnies du pays, comme celles d’IAG, Easyjet ou Ryanair, devra agir différemment selon la problématique qui se pose.

 

Conséquences et solutions: IAG, EasyJet et Ryanair

IAG: une majorité actionnariale obligatoire

La sortie annoncée du Royaume-Uni de l’Union européenne a fait plonger les cours de bourse des compagnies britanniques. Pour IAG (International Airlines Group), maison-mère de British Airways, Iberia, Aer Lingus et Vueling, la chute a été de 19%.

En ce qui concerne British Airways, le problème de l’interdiction des vols intra Européens pour les compagnies non européennes prévu pour mars 2019 ne se pose pas. En effet, la compagnie n’opère pas ce type de vol aujourd’hui. De plus, les autres compagnies d’IAG comprennent Iberia et Vueling toutes deux basées en Espagne, ainsi que l’Irlandaise Aer Lingus, ce qui signifie que la partie la plus large du groupe possède déjà l’autorisation de voler au sein de l’Europe.

En ce qui concerne les capitaux du groupe, l’entité est inscrite et se négocie aux bourses de Londres et de Madrid grâce à son siège social espagnol. IAG a refusé de fournir une ventilation par nationalité de ses actionnaires, tout en assurant qu’il ferait le nécessaire pour être conforme aux réglementations requises par l’UE. Cette question est d’autant plus sensible que si les règles n’étaient pas respectées, le groupe perdrait la propriété et le contrôle de ses compagnies originaires des pays membres de l’UE. En perdant les espagnoles Iberia, Vueling, Aer Lingus mais aussi la filiale française Openskies, le groupe éclaterait.

Or, Qatar Airways possède aujourd’hui 20% d’AIG, par l’intermédiaire de sa société basée au Luxembourg. Le groupe peut donc compter déjà sur cette partie avant de désinvestir certains de leurs actionnaires, pour avoir les 51% d’entre eux basés eu UE nécessaires à la poursuite de son activité.

 

Easyjet, la paneuropéenne qui doit survivre au brexit

Au lendemain de l’annonce du brexit : le cours de la bourse d’Easyjet plonge de 17%.

Le 22 mars dernier, The Guardian publie un article relatant une rencontre avec la Brexit Task Force de l’Union européenne et des représentants des low cost easyJet et Ryanair. Ces derniers y auraient reçu l’avertissement que pour pouvoir opérer des routes entre des aéroports de l’Union européenne, toute compagnie aérienne doit y être basée, et ses actionnaires devront être en majorité des citoyens européens.

Or, EasyJet revendique depuis sa création, le caractère paneuropéen de ses activités. La compagnie n’hésite pas non plus à afficher sa volonté d’acquérir une licence européenne si les négociations du Brexit se passaient mal. Cet avertissement pourrait donc conduire à une vente forcée de ses actions même si actuellement, EasyJet concentre déjà 49% de ses actionnaires en UE.

De plus, pour ce qui est du siège de la compagnie, ses représentants ont déjà annoncé qu’il resterait à Luton. L’enjeu serait donc d’obtenir un certificat de transport aérien (CTA) depuis un des pays membres pour y créer une filiale et maintenir son accès au marché de l’UE. L’Irlande, évoquée dans la presse britannique, permettrait de bénéficier du faible coût du travail en vigueur dans ce pays.

Une autre des solutions pour EasyJet serait de suivre l’exemple de Norwegian Air, qui n’appartient pas à l’Union Européenne mais qui bénéficie d’une dérogation sur sa licence (CTA) lui permettant d’opérer à l’intérieur de ces frontières. Cependant, il est important de noter que la Norvège appartient à l’espace économique européen (qui comprend tous les pays de l’UE ainsi que l’Islande, Liechtenstein et la Norvège) et qu’il est de plus en plus improbable que le Royaume-Uni soit un membre du marché unique après le Brexit.

Une chose est sûre, pour EasyJet, il est primordial que les négociations concernant le Brexit se passent bien. Dans le cas contraire, des concessions devront être faites afin de conserver son activité concentrée en UE.

 

Ryanair, prête à faire le nécessaire

Au lendemain de l’annonce du brexit : le cours de la bourse de Ryanair plonge de 12%.

Ryanair reçoit les mêmes avertissements que son concurrent EasyJet. Cependant, les conséquences du Brexit et les réponses que devront trouver le groupe seront différentes.

En effet, la grande différence entre les deux réside dans le fait que Ryanair est une compagnie Irlandaise. La compagnie ne semble donc pas concernée par la sortie de son voisin de l’UE et sa position était claire sur le sujet : elle était anti-brexit. Elle a d’ailleurs déjà gelé les embauches au Royaume Uni où elle a 13 bases

Cela étant dit, une grande partie de la flotte de Ryanair est basée eu Royaume Uni puisque 40 des 400 avions opèrent des vols depuis et vers 19 aéroports britanniques (tels que Stansted, Glasgow et Belfast). De plus, la question pour elle de rassembler la majorité de ses actionnaires dans l’Union se pose. Une grande partie de son actionnariat est composée d’institutions basées au Royaume-Uni. Alors, une fois que le Royaume-Uni quittera l’Union européenne, le pourcentage de propriétaires basés dans l’UE au registre de Ryanair pourrait chuter.

L’irlandaise aurait alors tout intérêt à ce que les avantages de l’accord de ciel ouvert soient maintenus. Sinon, elle pourrait avoir besoin de s’implanter juridiquement dans le territoire britannique et y demander un certificat de transport aérien. Pour ce qui concerne les actionnaires, la compagnie pourra contourner ce problème en transférant les gestionnaires de fonds détenant le stock domiciliées au RU, dans l’un de leurs équivalent Luxembourgeois ou Irlandais.

Au 6 avril, The Guardian interviewe Neil Sorahan, le directeur financier de Ryanair. Celui-ci prévient qu’ils n’hésiteront pas à stopper les vols en provenance du Royaume-Uni pour « plusieurs semaines ou mois » si Theresa May ne scelle pas rapidement d’accord de Brexit bilatéral relatif à l’aviation internationale. La compagnie se dit alors prête à passer d’une demande de CTA au Royaume Uni à l’abandon de ce marché, qui ne représente finalement que 2% de ses opérations. Sorahan ajoute que si Ryanair ne peut pas continuer ses activités au Royaume-Uni au cours des semaines et mois après Brexit, en avril 2019, il poursuivrait les opportunités de croissance en Italie – où il a dit est aujourd’hui le transporteur numéro un – en Espagne et en Europe de l’est. L’irlandaise aurait alors tout intérêt à ce que les avantages de l’accord de ciel ouvert soient maintenus. Sinon, elle pourrait avoir besoin de s’implanter juridiquement dans le territoire britannique et y demander un certificat de transport aérien. Pour ce qui concerne les actionnaires, la compagnie pourra contourner ce problème en transférant les gestionnaires de fonds détenant le stock domiciliées au RU, dans l’un de leurs équivalent Luxembourgeois ou Irlandais.

De même que pour EasyJet, une prise de décisions rapide concernant les régulations aériennes liées au Brexit est donc cruciale aujourd’hui pour la compagnie.

 

Et ensuite ?

Le 29 mars 2017, le gouvernement britannique déclenche le début formel des négociations sur la sortie de l’Union Européenne par l’article 50 du traité de Lisbonne, qui durera 2 ans.

Pour IAG, EasyJet et Ryanair, le Brexit pose aujourd’hui de vraies questions. Peut-être celles-ci voudront suivre les exemples des compagnies suisses ou norvégiennes ?

Pour ces pays, le fait de ne pas faire partie de l’Union européenne n’est pas un élément bloquant. Grâce notamment, à leur appartenance à l’espace économique européen, les compagnies norvégiennes ont un accès total au marché unique du transport aérien européen. En ce qui concerne la Suisse, la signature d’un accord avec l’Union européenne permet à leurs compagnies de bénéficier des mêmes avantages que les transporteurs européens, si toutefois elles respectent les règles européennes.

Mais les pays de l’UE accepteront-ils cette proposition, tout en sachant qu’un refus de leur part pourrait affaiblir la concurrence de leurs compagnies nationales ?

Enfin, il faudra toutefois prendre en compte le côté britannique de la négociation. En effet, le pays sortant, mené par Theresa May, pourrait adopter une ligne toute aussi dure que celle que l’UE souhaite prendre. Il pourra ainsi instaurer des règles spécifiques de circulation dans son territoire aérien en fonction de la nationalité de la compagnie entrante…