L’Airport Collaborative Decision Making ou A-CDM, le concept-phare qui permet des prises de décision collaboratives, se positionne au cœur des Smart Airports de demain et devient un puissant levier de performance pour les acteurs du milieu aéroportuaire.

Un esprit de collaboration et des échanges proactifs pour gagner en efficacité

L’A-CDM est basé sur un partage de données entre tous les acteurs d’une plateforme aéroportuaire pour améliorer la gestion des flux de trafic aérien et la capacité, en réduisant notamment les délais dans les opérations au sol, en améliorant la prédictibilité des évènements et en optimisant l’utilisation des ressources, dans une logique de gain de productivité et de maîtrise des coûts.

Exploitants d’aéroport, compagnies aériennes, gestionnaires de services au sol, navigation aérienne, police, douanes ou encore services météorologiques, tous mettent en commun et harmonisent leurs processus de fonctionnement, partagent des données fiables et précises sur leurs opérations, et collaborent étroitement pour apporter les meilleures réponses aux enjeux de l’exploitation (performance économique, qualité de service, sécurité) et faire face de manière efficiente aux situations en conditions dégradées (sûreté, conditions météorologiques…).

Grâce à l’A-CDM, chaque partie prenante peut optimiser sa prise de décision avec les autres acteurs impliqués en connaissant leurs préférences, leurs contraintes et la situation en temps réelle et à venir. Elle est facilitée par des procédures, mécanismes et outils adaptés.

Introduit et porté depuis une dizaine d’années par Eurocontrol (Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne), le concept s’est peu à peu mis en place au sein des grands aéroports européens et est aujourd’hui pleinement intégré et utilisé dans le fonctionnement de vingt-cinq aéroports alors que d’autres préparent son intégration (voir carte ci-dessous).

Source : EUROCONTROL / www.airportsinternational.com

Eurocontrol a défini dans son cahier des charges les six éléments conceptuels à prendre en compte dans l’implantation de la démarche A-CDM* et qui contribuent à atteindre les objectifs recherchés.

* Un aéroport est considéré A-CDM lorsque tous ces éléments sont appliqués au sein de l’aéroport mais il n’y a pas aujourd’hui de règlementation internationale relative à ce concept, ni même encore d’accréditation ou de label officiel. EUROCONTROL délivre une certification aux aéroports A-CDM qui communiquent dès lors avec leur centre des opérations aériennes.

En dehors de l’Europe, d’autres aéroports comme Singapour et Auckland ont d’ores et déjà mis en place des démarches similaires pour harmoniser leurs processus collaboratifs, largement basées sur les recommandations d’Eurocontrol.

Des bénéfices pour tous les acteurs de la chaîne aéroportuaire

L’étude menée en 2016 par Eurocontrol sur 17 aéroports européens ayant intégré complètement cette démarche permet de dégager de multiples bénéfices pour les opérations aéroportuaires grâce à une meilleure prédictibilité concernant les heures d’arrivée et de départ.

D’un point de vue opérationnel, l’A-CDM contribue notamment à réduire les temps de roulage des avions à l’arrivée et au départ, à une meilleure organisation dans l’attribution des aires de stationnement et des plages  de décollage, à fournir des informations plus précises sur les horaires de mise en route des moteurs, à réduire les temps d’attente des avions sur les aires de stationnement et  au niveau des voies de roulage ou des seuils de pistes. Les opérations au sol (traitement des bagages, approvisionnement en carburant et maintenance technique,…) sont également mieux planifiées et optimisées.

Cela signifie principalement une diminution de la consommation de carburant au sol, une optimisation des infrastructures et des capacités, des temps de rotations améliorés, un impact environnemental avec moins de nuisances sonores et d’émissions de gaz et une sécurité renforcée des opérations aéroportuaires. Sans compter la satisfaction des passagers, moins sujets aux retards de leurs vols ou aux correspondances manquées, et du personnel naviguant.

Source : EUROCONTROL – A-CDM Impact Assessment Report 2016

Mise en œuvre : un défi comportemental et sécuritaire

L’A-CDM fonctionne par la mise en place de canaux de communication rapides au sein d’un centre commun des opérations, l’Airport Operations Center (APOC). Déjà existant au sein de la plupart des aéroports mais principalement pour des opérations en situation d’urgence, ce lieu de travail commun s’intègre désormais totalement dans les opérations courantes de la plateforme aéroportuaire, avec des acteurs qui travaillent physiquement côte à côte, communiquent plus efficacement et bénéficient d’une interface applicative commune avec des processus, outils et systèmes d’informations mutualisés.

Bien plus qu’un outil technologique et un SI lié à la  combinaison de processus différents, l’A-CDM est avant tout une nouvelle philosophie de travail qui place les relations humaines au cœur de son fonctionnement. Un impact organisationnel et un changement de méthodes de travail qui nécessitent une implication forte et très en amont de toutes les parties prenantes, travaillant trop souvent de manière indépendante et cloisonnée.

Communication, collaboration, confiance, confidentialité, prise en compte des préférences et contraintes de chacun, absences de conflits d’intérêts constituent les clés du succès de la démarche.

Une conduite du changement et de nouvelles mentalités qui peuvent s’interpréter comme un changement de paradigme au sein des opérations aéroportuaires, où le traditionnel « first come, first served » laisse place au « best planned, best served ».

Le challenge réside également dans la réussite de l’intégration aux systèmes actuels via une interface idoine, dans l’accessibilité pour tous et dans la qualité des données échangées.

La plupart des outils et des systèmes existent déjà et le succès tient dès lors à la capacité d’adaptation, à la performance de la mutualisation des données et processus et le renforcement de la cyber-sécurité.

Enfin, la création d’un Airport Operation Center ad hoc nécessite une transformation du cœur opérationnel des aéroports, imposant un pilotage robuste des acteurs impliqués et une forte structure de gouvernance.

Un choix concerté, clair et précis d’indicateurs de mesure de la performance de la démarche et des évaluations régulières des bénéfices permettent également d’anticiper les désaccords et conflits éventuels entre les parties prenantes de l’A-CDM.

Un retour sur investissement en quelques années

D’après l’étude d’Eurocontrol, bien que dépendant du niveau d’efficience de l’aéroport et du degré d’intégration de l’A-CDM, un investissement moyen de 2,5 m€ (+ 150 000 € de coûts annuels) se rentabilise en 18 mois environ, avec un ratio bénéfices/coûts de sept après dix ans pour les compagnies aériennes (principalement bénéficiaires sur le temps écoulé entre la sortie de l’aire de stationnement et le décollage réel –  taxi-out time – et le temps écoulé entre la dernière demande de décollage et l’attribution réelle d’une plage de décollage – ATFM delays -).

La majorité des bénéfices est en effet attribuée aux compagnies aériennes pour des coûts d’installation principalement supportés par les exploitants de l’aéroport et les prestataires de navigation aérienne.

Pour l’ICAO (Organisation de l’aviation civile internationale), l’A-CDM est considéré comme une des mesures d’optimisation les plus prometteuses pour les aéroports dans le monde, avec des investissements cinq à dix fois inférieurs aux bénéfices associés.

D’autres perspectives à exploiter

Pour répondre à la demande d’un secteur aérien en forte croissance et compte tenu des options limitées pour la plupart des aéroports dans le renouvellement de leurs infrastructures, un concept comme l’A-CDM s’apparente à un passage indispensable pour gagner en efficacité opérationnelle.

L’amélioration continue du concept et l’ouverture à d’autres aéroports permettront également une amélioration des flux de trafic aérien sur l’ensemble du réseau mondial et une meilleure intégration des aéroports à ce réseau.

Au-delà de la pérennisation du concept sur la durée, l’enjeu est également d’élargir l’utilisation des données pour optimiser d’autres processus aéroportuaires,  tels que le traitement des bagages et les flux passagers, afin d’asseoir pleinement l’A-CDM comme le fil conducteur du smart airport de demain.