En novembre dernier, Blablacar, leader mondial du covoiturage, rachetait Ouibus, filiale de la SNCF. Ce mouvement, inédit dans le monde des mobilités, n’est pas uniquement une étape importante dans le développement de la licorne européenne.

C’est également un grand coup d’accélérateur pour la SNCF. Au-delà de son investissement dans Blablacar, l’entreprise publique s’est donnée pour objectif d’assembler de bout-en-bout les différents modes mis à disposition sur sa plateforme de réservation Oui.SNCF. En fin d’année 2018, la plateforme a rajouté les trajets Blablacar pour permettre aux voyageurs de comparer directement les offres avec les autres moyens de transports (train et bus).

La SNCF dit finalement Oui au covoiturage longue distance : un bond en avant pour la plateforme touristique n°1 en France

De premier site de vente en ligne de billets de train en France en 2000, Oui.SNCF (anciennement Voyages-SNCF.com), n’a cessé d’innover et de se diversifier pour devenir aujourd’hui le leader du e-commerce et du e-tourisme dans l’hexagone.

La SNCF a développé durant ces 18 années une véritable plateforme multimodale, allant même au-delà du seul transport, en accompagnant les voyageurs jusqu’à leur chambre d’hôtel (avec Expedia).

Train, bus, mais aussi avion, ou encore location de voiture, la plateforme se veut ouverte aux opérateurs extérieurs. Oui.SNCF constitue une agence touristique agnostique : elle distribue aussi bien les moyens de transports de la SNCF que d’autres opérateurs, via des partenariats. Il n’est donc pas étonnant de voir la plateforme continuer à s’élargir à de nouveaux modes qu’elle n’exploite pas elle-même.

Mais l’autre défi majeur qui attend Oui.SNCF, au-delà d’ajouter de plus en plus de modes de transport, est bien de les relier entre eux et de proposer un parcours sans couture aux voyageurs.

Une expérience voyageur augmentée grâce à l’intégration de plus en plus poussée des différents modes

L’intégration du covoiturage Blablacar sur la plateforme Oui.SNCF sera réalisée par étapes successives.

Depuis la fin d’année 2018, la plateforme propose des offres dites « augmentées ». Concrètement, la recherche d’un trajet Origine-Destination renvoie des offres trains, des offres Ouibus mais également des offres de trajets en covoiturage Blablacar. Dans un second temps, avant l’été 2019 selon Oui.SNCF, des offres Car + Train seront intégrées de bout en bout. Dans un troisième temps, à horizon 2020, il devrait être possible de réserver un voyage incluant des correspondances Train + Car, Train + Covoiturage, Car + Covoiturage ou Train + Car + Covoiturage.

La combinaison du covoiturage avec les autres modes de transport permettra une meilleure desserte bout-en-bout de destinations.

Le covoiturage se révèle être une solution complémentaire à l’offre actuelle, permettant de couvrir des itinéraires Origine-Destination non couverts par l’offre ferroviaire. Il s’agit là d’une opportunité forte pour la SNCF et pour Ouibus de récupérer du trafic de passagers au-delà des dessertes actuelles. Par exemple, l’une des cibles de ces nouvelles offres sera le voyageur qui jusqu’alors privilégiait son véhicule personnel à cause de l’éloignement de la gare de départ ou d’arrivée.

La dimension multimodale que va apporter Oui.SNCF peut changer la donne au niveau du plan de transport. Des plans de transport sont à imaginer comme des bus en étoile autour des grandes gares (par exemple : Paris-Marseille) en Ouigo, puis un bus ou un covoiturage ensuite.

La souplesse offerte par le covoiturage est toutefois à modérer par la dépendance aux volontés du conducteur. Si certains seront prêts à effectuer des détours pour aller chercher ou déposer un covoitureur au plus près de son point de départ ou d’arrivée, d’autres ne souhaiteront pas dévier de leur parcours initial. La gestion de la flexibilité des conducteurs sera un enjeu important pour la plateforme Oui.SNCF lorsqu’elle intégrera le covoiturage Blablacar.

La combinaison du train, du car et du covoiturage étoffera la diversité d’offres de voyages sur Oui.SNCF

Chaque voyageur dispose de ses propres critères de choix d’un trajet plutôt que d’un autre, depuis le profil d’un chef d’entreprise favorisant un temps de trajet court, jusqu’à celui de l’étudiant à la recherche de petits prix. En ce sens, l’intégration de correspondances avec du covoiturage engendrera une multiplication des possibilités de parcours pour aller d’un point A à un point B. Ces parcours auront chacun des caractéristiques différentes (durée, prix, confort, etc.). Cette diversification de l’offre répondra de façon plus exhaustive au large panel d’utilisateurs de la plateforme Oui.SNCF.

Pour Blablacar, le rachat de Ouibus ouvre la porte à une adaptation de l’offre à la demande

L’analyse des demandes de covoiturage sur un trajet A-B pourrait permettre à Blablacar de faire circuler un car Ouibus sur ce trajet en cas de forte demande. Cette adaptation de l’offre à la demande pourrait être ponctuelle (ex : au moment de fortes demandes liées aux départs en vacances) ou durable (ex : identification d’une forte demande liée à un trajet Domicile-Travail). Pour un même nombre de passagers transportés, l’utilisation d’un car permet une réduction par 2 de la consommation de carburant par passager et contribue à limiter les embouteillages.

Cela peut également marcher dans l’autre sens, en garantissant, via le covoiturage, une desserte sur une destination aller-retour donnée. Si la fréquentation est trop faible pour le bus, cela peut notamment éviter de maintenir des dessertes bus peu rentables.

La question de la responsabilité en cas de manquement de correspondance pour cause de retard du covoiturage se posera néanmoins. Vers quel interlocuteur le voyageur pourra-t-il se tourner pour être dédommagé : Oui.SNCF, le conducteur du covoiturage ou bien Blablacar ? La réponse dépendra de l’acteur qui fera la vente effective au client.

Des défis technologiques impliquant toutes les parties prenantes du parcours utilisateur

L’intégration de nouveaux modes de transports, couplée à l’interconnexion entre les systèmes de réservation est un processus extrêmement complexe. De nombreux défis se présentent en termes de systèmes d’information (moteurs d’itinéraires, offres, référentiels tarifaires, inventaires, paiement, canaux de distribution, bases clients, fidélité, etc.).

La démarche engagée par Oui.SNCF se veut d’abord être une vitrine vers les offres de covoiturage Blablacar, permettant à court terme aux voyageurs de comparer les prix avec le train ou le car.

Mais tout l’enjeu à terme est bien de permettre à ces voyageurs de pouvoir à la fois réserver, payer et créer des itinéraires personnalisés directement sur la plateforme. Ainsi, les conditions d’intégration et l’exhaustivité des informations transmises d’un système de réservation à l’autre (et notamment d’un acteur à l’autre) demandent une attention très particulière. Qu’il s’agisse de la sécurité du paiement ou bien de la concordance des prix entre une plateforme ou une autre (présenter les mêmes prix sur Blablacar et sur Oui.SNCF), la cohérence des informations ne peut pas être remise en cause. La gestion des après-ventes (annulation ou remplacement d’un trajet) pour des trajets multimodaux sera aussi un challenge pour garantir une expérience utilisateur fluide.

Cette complexité explique d’ailleurs un premier report du calendrier d’intégration bout-en-bout à horizon 2020.

Le Covoiturage Blablacar est proposé sur l’itinéraire Lille-Paris sur la plateforme Oui.SNCF.

Des questions subsistent en effet concernant le niveau niveau d’intégration prévu dans l’offre finale : quelle continuité dans les comptes utilisateurs ? Par exemple : pourra-t-on utiliser Blablacar sans compte ? Ou alors, pourra-t-on utiliser son compte Oui.SNCF ? Aussi, pourra-t-on retrouver son voyage une fois connecté à son compte Blablacar et noter son conducteur ?

Des arbitrages seront probablement pris pour adapter à la marge l’offre originale de Blablacar. Dès aujourd’hui, dans l’intégration initiale de fin d’année 2018, seuls les horaires, prix et modèles de voitures sont affichés. Qu’en sera-t-il demain ? Sera-t-il possible de choisir son conducteur ? De même, sera-t-il possible pour le conducteur de valider ses passagers ? Un mode validation automatique existe déjà sur Blablacar : cela devrait logiquement être la seule option possible pour des offres bout-en-bout, pour éviter quelconque rupture de parcours après coup.

Conclusion

Avec l’arrivée de Blablacar sur Oui.SNCF, de nouvelles possibilités s’ouvrent pour les voyageurs. Non seulement, des itinéraires plus complets et adaptables seront disponibles, mais aussi, des offres multimodales réellement intégrées et vendues de bout en bout pourront être proposées. Comme nous l’avons vu, l’atteinte d’une telle offre est complexe. Mais la réussite de cette transformation d’une offre silotée en réelle offre intermodale est une réelle avancée majeure dans la mobilité de demain. Peu d’acteurs sont capables de capter une demande aussi énorme que le train, le car, le covoiturage, et toutes les autres nouvelles pratiques de mobilité (sans oublier l’avion). Oui.SNCF fait partie de ces rares plateformes pressenties pour relever ce défi. Réponse dans les mois et années à venir.