Après s’être attaqué aux déplacements urbains multimodaux dans plus de quarante villes via son application, Citymapper a expérimenté les 9 et 10 mai derniers un service de bus intelligents à Londres. La capitale britannique est la ville natale de cette start-up fondée en 2011 par Azmat Yusuf, un ancien de Google. Selon ce dernier, si les diverses applications existantes deviennent toujours plus intelligentes et efficaces, il n’en est rien pour les bus qui ont peu évolué depuis leur introduction au XIXème siècle !

Mais à quoi ressemble ce bus et en quoi est-il « smart ? »

Citymapper a mis au point deux tailles de bus, l’un classique, l’autre plus petit que les bus londoniens traditionnels, doté de 30 places pour des trajets courts. C’est cette ligne courte, nommée CMX1, qui a été expérimentée ce mois-ci en plein cœur de Londres, en partenariat avec Transport For London, l’opérateur de transport de la ville.

Source photo : https://medium.com/citymapper/smartbus-7b6848241526 (DR)

Sur le plan expérience voyageur, le CMX1 propose un habitacle classique. Les sièges sont tout de même équipés de chargeurs USB (comme dans certains bus londoniens, singapouriens et new-yorkais, ainsi que dans les abribus parisiens depuis mars 2015), et une carte communique en temps réel la position du bus sur son trajet, le logiciel de tracking étant intégré avec l’application. Rien de particulièrement innovant à ce niveau.

C’est pour le chauffeur qu’il y a du nouveau. En effet, celui-ci se voit équipé d’une tablette lui recommandant d’accélérer ou ralentir en fonction du trafic, et le notifiant du taux d’occupation du véhicule grâce aux nombreux capteurs embarqués. Ces fonctionnalités font partie d’une plateforme logicielle centralisée de gestion de ligne de bus développée par Citymapper, et mise en avant au travers de cette expérimentation. Cette brique technologique complète est nouvelle sur le marché.

A terme, Citymapper souhaite permettre aux bus de s’adapter en temps réel au trafic et à la demande grâce à l’analyse de données.  Pour cela, la start-up a développé un outil de simulation, Simcity, intégré à sa plateforme logicielle. Nourri par la multitude de données récoltées par l’application, il permet aux bus de modifier leur itinéraire en fonction du trafic, tout en respectant les points d’arrêts. Simcity permet également d’évaluer la performance des lignes existantes et d’identifier la pertinence d’itinéraires alternatifs à ces dernières. Il peut même suggérer des nouvelles lignes et en analyser les impacts en fournissant des données comportementales (estimation du nombre de passagers pour ce type de trajet, du nombre de bus nécessaires pour satisfaire ce trajet, du revenu).

Quel business model pour la start-up ?

Cette expérimentation interroge sur le business model de la start-up, qui a levé cinquante millions d’euros depuis sa création mais ne génère que de maigres revenus, issus des commissions touchées sur les réservations de services de VTC. Discret sur son business model, son fondateur a affirmé fin décembre que son entreprise générerait des revenus à partir de 2017, mais il parait peu probable qu’elle mise à terme sur le développement de son propre réseau de bus privés. Pour cause, l’existence de deux contraintes, d’ordre économique d’une part, avec un potentiel de scalabilité faible (coûts d’achat des bus et frais de personnel), et d’ordre réglementaire d’autre part, car l’autorisation de développement de compagnies privées est très encadrée dans certaines villes. Malgré cela, la start-up affirme qu’elle se réserve le droit de développer des lignes payantes dans les zones détectées comme mal desservies. Le pari semble peu rentable, à moins de recevoir des subventions des collectivités, à l’instar d’Uber et Lyft qui remplacent depuis l’été 2016 certaines lignes de transport public déficitaires car peu utilisées dans le Colorado et en Floride. En revanche, une brique d’un business model plus viable se dessine : la vente de sa plateforme logicielle de gestion de ligne de bus aux villes et transporteurs afin de leur faire profiter des bénéfices évoqués plus hauts.

Ce business s’inscrit pleinement dans l’essor des logiciels de gestion de mobilité urbaine, un marché notamment investi par Google qui a créé, via son labo de Smart City, « Flow » un logiciel de gestion globale de mobilité dans le cloud, dont l’ambition est de fluidifier le trafic en ville. La mobilité urbaine est en effet un terrain de jeux fertile au vu des 21 % de taux de croissance annuel moyen sur le segment du traffic management (plus de cinquante milliards d’euros de chiffre d’affaire dans le monde en 2022). Cela en fait le deuxième segment en plus forte croissance (derrière le segment du passenger information system) parmi les six segments du marché de la Smart Transportation, qui devrait représenter au total deux cent milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2021 (25% de taux de croissance annuel moyen).