Dans le monde futuriste et légèrement inquiétant de Blake et Mortimer, des engins volants et sans pilote pointent et abattent  l’ennemi à distance avec des rayons lasers. L’usage militaire de tels appareils est dorénavant bien d’actualité et ses effets font régulièrement l’objet d’articles sur la technologie employée, leur efficacité réelle et leurs conséquences.

Et à titre civil, qu’en est-il de l’usage des drones ? Verra-t-on prochainement, des ballets d’engins automatisés livrant pizzas ou colis achetés quelques heures auparavant sur internet pour… le meilleur des mondes ? À quelles échéances, et pour quels services ?

Un marché ayant encore un fort potentiel de croissance

Le début des années 2010 promettait un avenir à court terme radieux qui ne s’avère pas encore tout à fait d’actualité. Si ce marché a su dégager, en 2015 et en France, un CA de 150 M€, il est en fait, pour le moment, porté à plus de 60% par les activités dits de Loisirs : médias, cinéma, aéromodélisme, … Au cœur de ces applications, le pilotage dédié est nécessaire, soit parce qu’il est lui-même la source du plaisir lié à l’utilisation du drone, soit parce qu’il est l’élément différenciateur qui permet de tirer le meilleur parti d’une situation : amener l’appareil à l’endroit et au moment opportun est un facteur clé de différenciation dans le cadre de la réalisation d’un reportage photographique.

L’enjeu du véritable essor promis et attendu se situe au niveau de la capacité du drone à voler sans pilote. Or dans ce contexte, le monde du drone civil se trouve confronté à deux problématiques : la réglementation et la technologie. Or l’une et l’autre sont intimement liées : la technologie nécessite à un moment donné l’expérimentation in situ, et donc l’autorisation ; le droit requiert de cerner au mieux et le plus exhaustivement les usages à venir, afin de les réglementer et d’en prévenir les abus.

Une réglementation en cours de structuration pour encadrer les usages à venir

Les législations et autorités nationales sont seules compétentes pour les drones de moins de 150 kg. Et elles sont actuellement fermes sur un point : les drones civils sont assujettis à avoir leur propre pilote.

En France, précurseur dans ce domaine depuis 2012, six catégories d’appareil ont été définies. Et pour prendre un exemple concret, seule la première catégorie des aéronefs de moins de 25 kg sans dispositif de photo, ne nécessite ni formation de l’opérateur, ni autorisation, ni installation spécifique… à la condition expresse que le vol s’effectue toujours à la vue directe du télépilote, à moins de 150 m de hauteur et hors de proximité d’une zone dangereuse ou interdite. C’est d’ailleurs à ce titre que sont commercialisés la grande majorité des drones aujourd’hui en France.

En Europe, le Parlement européen a adopté fin 2015 une résolution destinée à poser les bases d’une réforme de la réglementation applicable à l’utilisation des drones civils, qui inclut notamment la volonté d’un encadrement spécifique pour les “vols hors vue”. L’Europe dans son ensemble est donc en attente d’une proposition de loi qui s’avère encore en cours d’élaboration…

Aux USA, l’agence fédérale de l’aviation civile américaine (FAA) a proposé, en février 2015, des règles pour encadrer l’usage des drones commerciaux. Celles-ci font l’objet de consultations publiques et seront votées, selon un processus qui devrait durer jusqu’en 2017.

Des freins technologies restent à lever pour exploiter pleinement le potentiel des drones

La technologie a plusieurs fers au feu : en voici quelques-uns…

Drone colis

Au niveau du vol, faire voler un aéronef à des centaines – voire des milliers – de mètres d’altitude comme pour les drones militaires est une chose. Mais les faire voler à titre commercial, nécessite de disposer notamment de moyens très affinés pour les rendre aptes à détecter et éviter les collisions avec des objets volants ou d’autres obstacles, ce que le jargon appelle le « sense and avoid ».

Ensuite, l’ouverture au monde urbain – et sa constante mouvance du fait des travaux, accidents, imprévus, toutes ces diversités de conjonctures inhérentes à une ville – nécessite des moyens de localisation très précis, de l’ordre du décimètre et des fréquences de mises à jour qui s’avèrent bien au-delà des possibilités cartographiques actuelles.

Plus prosaïquement également, la fiabilité, l’autonomie, les coûts de fonctionnement, bien qu’acceptables au niveau de prototypes, constituent autant de barrières qui ne permettent pas encore d’envisager des déploiements en grandeur réelle.

En synthèse, les drones ont un avenir… A venir!

Le marché des drones est en pleine effervescence à l’échelle mondiale et avec le potentiel de créativité que reflètent d’autres domaines tels le digital, les communications, ….

Pourtant il reste une étape majeure à franchir, qui est celle du vol sans pilote et pour laquelle de nombreux défis technologiques restent à résoudre.
Ce domaine est également en attente de règles et de lois qui lui donnent un cadre réglementaire à la fois propice et régulateur, sans nuire à l’émergence d’un marché qui recèle, selon une mention de l’UE « un potentiel de croissance économique immense ».

Dans ce contexte, les futurs promoteurs de service via drone – tel Amazon, n’hésitent pas à utiliser les effets d’annonce les plus à même de marquer les esprits et espérer placer petit à petit leurs pions afin de faire bouger les murs législatifs.

Bref, de quoi écrire encore de passionnants scénarios de Game of Drones !