Dans le cadre du programme d’expérimentation lancé par la société du Grand Paris et le STIF baptisé le « Grand Paris de la Mobilité », certaines villes de l’agglomération parisienne n’hésitent pas à prendre des initiatives fortes. C’est le cas d’Issy-Les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine, qui a lancé depuis le 6 mars le pilote « So Mobility » à travers plusieurs expérimentations pour améliorer le quotidien des habitants de la ville d’André Santini.

Issy-les-Moulineaux, ville avant-gardiste qui se projette déjà dans le grand Paris

André Santini, Député-maire d’Issy-les-Moulineaux a lancé le 6 mars 2017 le pilote So-Mobility dans sa ville

Parkings connectés, big data pour GPS, signalétique intelligente ou encore navette autonome, le pilote « So Mobility » développé en partenariat avec Cisco, Indigo, Colas et Transdev souhaite apporter des réponses concrètes et innovantes pour anticiper les complications en termes de stationnement ou de trafic que pourrait engendrer le chantier du Grand Paris Express.

Plus largement, ce pilote vise à mettre en place un véritable parcours multimodal en associant les infrastructures de la ville aux NTIC et sciences de la donnée.

Au-delà, de vouloir positionner la ville d’Issy-les-Moulineaux comme avant-gardiste en région parisienne, l’initiative se veut pragmatique et vise à atteindre des objectifs réalistes.

Des objectifs ambitieux pour mieux se déplacer en ville

L’enjeu majeur de ces expérimentations est de permettre aux populations de se déplacer avec facilité tout en favorisant des moyens de transport responsables et durables. Les objectifs à plus ou moins long terme sont multiples.

Un trafic plus fluide

La startup ParkingMap fait appel aux habitants pour héberger ses capteurs sur leur rebord de fenêtre et cartographier le stationnement en contrebas.

La fluidification du trafic en est un. Pour y arriver, la mise en place d’une signalétique intelligente est une option retenue par la ville. Cette dernière devrait installer sous peu des feux de signalisation permettant de s’adapter aux comportements et aux flux d’usagers. Le site somobility.fr évoque un possible gain de 15 à 20% de temps d’attente aux feux. La deuxième option envisagée est de travailler dans une logique d’effacement du trafic. Pour cela, il faut que les citoyens disposent de plus de flexibilité sur leurs heures de transport. La répartition du nombre d’usagers pourra ainsi se faire sur une plage horaire plus importante que celle de pointe. Pour y parvenir, la ville souhaite favoriser le télétravail et développer des espaces de co-working pouvant accueillir les salariés en attendant que le trafic se désengorge.

 

Un stationnement plus simple

Le deuxième objectif est de résoudre la problématique des automobilistes en recherche de places de stationnement. Le site annonce le chiffre de 20% d’automobilistes à la recherche d’une place. Faciliter le stationnement de ces derniers permettrait à la fois de fluidifier le trafic, de faire gagner un temps précieux aux automobilistes et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pour cela, une application mobile de gestion de la disponibilité des places de stationnement sur la voierie comme dans les parkings souterrains est mise en place. Pour disposer de l’information en temps réel, des capteurs seront alors installés sur la voierie. Développée en partenariat avec deux startups (ParkingMap et OPnGO), cette application propose également un parcours multimodal en exploitant les données fournies par les opérateurs de transport en commun et par Velib. Une meilleure coordination entre acteurs publics et privés pour faciliter une gestion dynamique des places de stationnement est également à l’étude.

De nouveaux modes de déplacement dans le quotidien des usagers

La Navette autonome CityMobyl2 mise en place à La Rochelle. Un modèle assez similaire à celle du pilote So Mobility en circulation à Issy-les-Moulineaux.

Le troisième objectif est d’intégrer les nouveaux modes de déplacement dans le quotidien des usagers et les articuler avec les solutions de transport déjà existantes. Certaines solutions d’autopartage sont notamment envisagées bien que l’offre disponible sur le marché reste fragmentée et très peu standardisée. En revanche, la Mairie mise d’ores et déjà sur le véhicule autonome avec la mise en circulation de sa navette autonome pour s’insérer dans le trajet domicile – bureau des usagers. L’objectif est d’inciter les automobilistes venant de banlieue plus lointaine à stationner leur véhicule sur l’île Saint-Germain et prendre les transports en commun pour se rendre à Paris. Par ailleurs, des réflexions sont entamées pour intégrer des acteurs du covoiturage courte distance pour ces mêmes trajets. Ce type de covoiturage reste encore peu utilisé mais pourrait s’avérer être une solution intéressante sur des trajets récurrents, notamment pour se rendre au travail. Enfin, seront également développés en collaboration avec les citoyens des parcours de cheminement plus sécurisés et pertinents. Ces parcours devront permettre de favoriser la multi-modalité sur des trajets en porte à porte.

Des données relatives aux moyens de transport et de stationnement ouvertes à tous

Enfin, le quatrième objectif est étroitement lié au trois précédents puisqu’il s’agit d’encourager l’ouverture des données relatives aux moyens de transport et de stationnement. Grace à cette ouverture et au passage à une logique d’open data, d’autres acteurs de la mobilité pourront exploiter ces informations. En mettant ses données à disposition (disponibilité en temps réel des places de parking, accessibilité des gares et stations de métro, comptage routier, travaux…) la ville d’Issy-Les-Moulineaux s’assure que les applications les plus populaires (Waze, Citymapper, Mappy etc…) s’en serviront, augmentant ainsi le nombre de personnes potentiellement impactées par l’expérimentation. Certaines de ces données sont déjà en libre accès via le portail open data de ville d’Issy-les-Moulineaux, le portail européen Open Transport Net, le portail du Département ou encore via le portail du STIF.

Ce projet, bien que très ambitieux, reste encore au stade de l’expérimentation. Nombre de mesures évoquées sur le site de SoMobility s’avèrent n’être pour le moment qu’au stade de l’idée. Cependant, ce premier pilote pourrait être un véritable tremplin pour mettre en place toutes les mesures évoquées, de façon standardisée, à Issy-Les-Moulineaux ou dans d’autres villes d’Île-de-France. En effet, certaines autres villes françaises s’avèrent être déjà beaucoup plus avancées dans la mise en place de ce type de politique pour la mobilité.

 

Lyon, l’exemple à suivre avec sa plateforme Optimod’

Classée par le Parlement Européen première ville intelligente de France en 2014, la ville de Lyon est particulièrement en avance sur le reste des métropoles françaises en termes de mobilité intelligente. Cette avancée peut s’illustrer notamment par la plateforme Optimod’ achevée depuis 2014. Cette plateforme intégrée d’innovation sur la mobilité urbaine est issue d’une coopération public-privé sur les systèmes de transport intelligents. Universitaires, collectivités territoriales, entreprises, établissements publics à caractère industriel ou commercial ce sont associés pour développer une mobilité nouvelle dans le cadre du Grand Lyon. En 3 ans, ils ont mis en place un système de collecte de données (capteurs fixes et mobiles, systèmes de gestion des aires de livraison et stationnement), crée un entrepôt de données sécurisé et proposé des services avancés autour de la mobilité dans la ville. C’est dire l’avance qu’ont les Lyonnais sur le sujet !

Parmi ces principaux services, la prédiction de trafic à 1h. Elle vise à optimiser les systèmes de pilotage des carrefours pour anticiper la congestion et informer les usagers de probables conditions de circulation.

Autre service, une interface multimodale proposant les informations nécessaires pour optimiser son trajet en fonction des différents modes de transport, le tout en temps réel.

Enfin, le troisième service est destiné à un public de professionnels. Il s’agit d’un navigateur pour le fret urbain afin d’optimiser les tournées de livraison en ville (information trafic, géométrie des voies, disponibilités des aires de livraison etc…). La plupart de ces services est disponible à travers l’application Optymod’Lyon sous Android et Ios.

À travers ces expérimentations, la ville d’Issy-les-Moulineaux se positionne comme une ville moderne, laboratoire de la mobilité durable et intelligente en Île-de-France. La gestion du trafic, les problèmes de stationnement, l’intégration des nouveaux modes de déplacement et de travail ainsi que l’ouverture des données de transport et d’emménagement de la voierie sont autant d’enjeux essentiels pour l’avenir du Grand Paris. Pour représenter un véritable succès, So Mobility devra dépasser le stade de l’expérimentation et élargir sa politique de ville intelligente à l’échelle de la région. Quoi qu’il en soit, cette expérimentation offrira assurément des pistes de travail intéressantes pour hisser l’Île-de-France au niveau de la métropole Lyonnaise et peut-être faire de Paris une candidate d’exception à l’organisation des jeux olympiques de 2024.