L’équipe de Transport Shaker s’est rendue au salon inOut 2018 à Rennes le 15 mars dernier. Le thème des mobilités numériques fut l’occasion pour nous de rencontrer et d’échanger avec des professionnels sur les évolutions techniques, sociales et environnementales actuelles du secteur des transports.

Les nombreuses conférences, ateliers et stands nous ont permis de faire un tour d’horizon de l’écosystème pour comprendre les enjeux et les actions prises par les acteurs traditionnels et les startups. Nous en avons retenu deux grands enseignements :

De nouvelles mobilités viennent bousculer les équilibres traditionnels et démultiplier les usages

Les nouvelles mobilités évoluent dans un environnement marqué par le développement de l’intelligence artificielle et la transition énergétique.

D’une part, l’intelligence artificielle va redéfinir notre rapport aux véhicules. Elle va notamment permettre de rendre la conduite autonome et d’assurer une sécurité routière renforcée. Cela va impacter à la fois les personnes et les entreprises. C’est par exemple le cas des usagers des transports en commun qui bénéficieront de nouveaux services à bord ; des conducteurs qui pourront lâcher le volant et se concentrer sur d’autres activités ; des constructeurs automobiles qui pourront proposer de nouvelles solutions permettant d’éviter les collisions et des nouveaux acteurs qui pourront produire et vendre leur technologie de prise de décision.

Pour autant, Orange Labs considère que l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses prémices et estime qu’elle serait aujourd’hui comprise entre l’intelligence d’une fourmi et d’une grenouille. Néanmoins, elle progresse fortement dans la reconnaissance visuelle par ordinateur (computer vision) : en 2012, elle présentait un pourcentage d’erreur de 25%, contre seulement 3% aujourd’hui, devenant ainsi plus fiable que celle de l’Homme.

C’est pourquoi les acteurs de la mobilité envisagent déjà que l’intelligence artificielle soit dans quelques années en mesure d’apporter des solutions concrètes aux autorités publiques, en minimisant les embouteillages et en proposant aux usagers des trajet optimaux et une signalisation ajustée en temps réel.

 

D’autre part, la transition énergétique prend elle aussi une importance croissante dans le secteur des transports. Avec l’arrivée des véhicules hybrides ou totalement électriques, l’unique utilisation d’essence est révolue. Au-delà de simplement proposer des alternatives à l’utilisation de pétrole, les énergies vertes se développent intelligemment en proposant des solutions de plus en plus adaptées.

Par exemple, les services d’autopartage urbains électriques se développent en ville grâce au déploiement de bornes de recharge ainsi qu’à de technologies plus efficientes, avec par exemple la création de batteries solides recyclables, moins chères et plus durables.

La composition de flottes de bus des opérateurs de transport est également à la croisée des chemins : le récent partenariat entre Enedis et la RATP va par exemple mener à la conversion des deux tiers de ses centres bus à l’électrique.

Enfin, pour répondre aux exigences du mode de transport des poids lourds, de nouvelles solutions plus écologiques se développent, notamment à travers l’utilisation de GNV (Gaz Naturel Véhicule), moins contraignant que l’électrique sur les longues distances.

Le développement de nouvelles offres grand public :

De nouvelles offres émergent et viennent concurrencer les transports traditionnels, basés souvent sur des infrastructures lourdes et coûteuses. Les usagers ont aujourd’hui à disposition un large éventail de choix sur lesquels ils doivent arbitrer. On retrouve notamment parmi ces nouvelles offres : covoiturage quotidien, VTC partagé, free floating (véhicules en libre-service et sans borne), ou même plus récemment des démonstrations de navettes autonomes et robo-taxis.

De plus en plus d’acteurs se positionnent sur le créneau du covoiturage quotidien domicile-travail. C’est par exemple le cas de Karos, IDVroom, BlablaLines, ou encore Klaxit. Nous avons pu rencontrer ces derniers à leur stand. La startup vient de lever 3 millions d’euros, la RATP faisant partie des investisseurs majeurs. Leur partenariat avec Ile-de-France Mobilités durant les grèves permet (comme ses concurrents) de proposer 2 courses gratuites par jour aux usagers et de rembourser les conducteurs.

Les services en free floating de voitures, scooters ou vélos permettent quant à eux aux usagers de personnaliser leurs parcours et de ne plus dépendre de stations fixes. Nous avons pu à cette occasion discuter avec Coup, l’un des principaux acteurs des scooters en libre-service, qui apporte une réponse efficace au manque de places de parking, au trafic saturé et polluant ou encore aux transports en commun surchargés.

Le développement de nouvelles offres pour les entreprises :

L’ensemble des nouvelles offres de mobilité ne sont pas uniquement destinées aux particuliers, bien au contraire. Elles répondent à des enjeux importants pour les entreprises et leurs salariés. Cela s’explique en partie par les Plans de Mobilité, qui deviennent obligatoires cette année. Cela veut dire que les entreprises doivent pouvoir proposer différentes alternatives de transport pour leurs salariés. Pour répondre à cela, deux acteurs présents au salon nous ont particulièrement intéressés :

La Poste propose, à travers sa filiale Bemobi, la mise à disposition de flottes de Vélos à Assistance Electrique. Elle dispose elle-même de la plus grande flotte au monde. Son activité originelle d’opérateur de services postaux lui permet en effet de connaître la réalité du terrain et d’anticiper les problématiques de maintenance des flottes.

PSA, propose de son côté Free2Move, dont une offre spécialement destinée aux professionnels. Les entreprises peuvent choisir entre trois solutions « clés en main » :

  • Lease (location longue durée)
  • Fleet Sharing (partage de flotte)
  • Connect Fleet (connecter ses propres flottes)

Avec l’émergence de ces nouvelles mobilités, les transports traditionnels tels que les métros, bus, tram sont bousculés. Nous nous sommes donc interrogés sur la manière dont les opérateurs de transport ainsi que les autorités organisatrices des transports pouvaient réagir.

Des offres intégrées et plus intelligentes deviennent urgentes à déployer pour répondre aux attentes des usagers

La résilience des modes traditionnels : c’est l’une des convictions qui ressort de ce salon. Elle consiste à dire que les nouvelles mobilités ne vont pas pour autant éclipser tous les modes de transport traditionnels. Il est important de garder à l’esprit que sur une seule rame, le RER A parisien peut transporter jusqu’à 2600 personnes. Les grandes métropoles ne peuvent pas se passer des transports de masse. Néanmoins, la coexistence avec des mobilités plus légères peut permettre de désengorger certains tronçons et donner plus d’alternatives aux voyageurs, tout en leur laissant du choix.

Il convient donc de réfléchir à la manière d’articuler les offres entre elles au service des voyageurs afin d’obtenir un trajet porte-à-porte le plus rapide et confortable possible.

L’exemple présenté par Alain Kornhauser : un trajet complexe optimisé en Californie

Cependant, le passage d’un mode de transport à l’autre peut s’avérer bien plus compliqué que prévu. Pour y remédier, des start-ups proposent des tickets dématérialisés accessibles depuis leur smartphone. Nous avons notamment rencontré l’équipe de MyBus qui propose une application mobile intégrant le m-ticket. Désormais, il suffira de flasher le QR-code à son arrêt de bus, par exemple, pour se munir du titre de transport adéquat.

Par ailleurs, l’intermodalité se doit aussi d’assurer la fiabilité des temps de trajets et repose pour cela sur l’open data. Néanmoins, constructeurs et plateformes souhaitent dorénavant approfondir l’analyse de leurs données pour en tirer tous les bénéfices et améliorer l’expérience client à leur niveau.

Par exemple, Uber souhaite partager ses données avec d’autres acteurs telles que les collectivités ou plateformes pour mieux s’interconnecter avec les offres existantes et simplifier la mobilité. Ce partage de données promet aussi des progrès sociaux comme le démontre la collaboration avec S.A.U.V. Life qui a permis d’identifier les chauffeurs formés au premier secours afin qu’ils soient alertés et fournissent les premiers soins en cas d’arrêt cardiaque en fonction de leur géolocalisation.

A plus long terme, l’open data pourrait améliorer la sécurité routière comme l’illustre la coopération entre Renault et Sanef qui, en améliorant les communications entre voitures autonomes et infrastructures, permettra de faire remonter les incidents rencontrés sur l’autoroute de manière à intervenir plus rapidement.

Cependant, l’arrivée de nouvelles offres de mobilité laisse place à un besoin de gérer les flottes et leur trafic. Ce pilotage des flottes est un véritable métier qui demande une expertise stratégique et de gestion que les plateformes doivent maitriser pour assurer la pérennité de leurs services.

D’une part, les plateformes propriétaires de leur flotte telles que COUP ou bien Gobee.bike doivent par exemple assurer la maintenance ou la recharge des batteries mais doivent d’autre part aussi s’assurer de la répartition de leur flotte sur le territoire.

En revanche, dans le cadre de plateformes telles que Blablacar ou Uber, qui ne sont pas propriétaires de leurs flottes, assurer un service sur tout le territoire désiré et tout au long de l’année en s’adaptant à la variabilité de la demande au cours de l’année devient d’autant plus complexe. Pour cela, elles ont dû développer une grande expertise stratégique et de communication envers leurs conducteurs. Mais, ce mode de pilotage éprouvé risque de bientôt basculer avec l’arrivée des voitures autonomes.

En effet, ce nouveau mode de transport nécessite de repenser le système et de définir qui des conducteurs actuels, des plateformes et des constructeurs automobiles deviendra propriétaire de ces flottes : les chauffeurs deviendront-ils loueurs de véhicules, les plateformes prendront-elles l’opportunité de monter en compétence et de devenir propriétaires de leurs flottes ou bien les constructeurs se positionneront-ils comme loueur de flotte ? A ce jour, personne n’est en mesure de se prononcer, c’est pourquoi les plateformes développent dès maintenant des partenariats avec des constructeurs automobiles pour anticiper toutes les issues possibles.

Capture d’écran d’une présentation de la startup BestMile

Par ailleurs, au-delà de vouloir gérer au mieux les flottes uniquement, un des enjeux prédominants consiste à mieux gérer le trafic. Pour cela, les collectivités et plateformes veulent collaborer et analyser les données pour mieux comprendre le fonctionnement de leurs villes et ainsi mieux régir le trafic. Dans cette démarche, Uber a lancé Uber Movement, un site en open data qui collecte les données de sa plateforme afin d’estimer au mieux le temps qu’il faut pour se rendre d’un point A à un point B. Les données collectées ont d’ores et déjà été en partie utilisées pour prédire l’impact de la fermeture des voies sur berge à paris. A terme, la collaboration a pour but de mieux prédire le trafic notamment prévoir les embouteillages et visualiser l’impact de travaux. Ces nuisances au trafic pourraient d’ailleurs être d’ici quelques années beaucoup plus simples à atténuer avec l’arrivée des voitures autonomes.

Effectivement, même si les véhicules autonomes ne sont pas encore véritablement sur nos routes, les acteurs de la mobilité réfléchissent déjà à comment les faire rouler en réseau et ont mis au point un tout nouveau mode de pilotage qui répond mieux aux préoccupations des villes. Par exemple, Bestmile vient de développer une toute nouvelle plateforme qui intègre les fonctionnalités habituelles de système de paiement, de prise en charge des utilisateurs et d’optimisation du trajet en fonction de la congestion du trafic mais permet d’aller au-delà en dispatchant au mieux la flotte dans la ville en fonction des heures de pointes et de la demande en temps réel.

Cas d’étude sur la métropole de Rennes

Conclusion

La mobilité est ainsi à un tournant de son histoire au vu de l’ampleur de l’émergence de nouvelles offres plus respectueuses de l’environnement, plus intelligentes et plus connectées qui viennent bousculer les modèles jusque-là établis. Il est donc nécessaire de prendre les bonnes décisions et de redistribuer les rôles afin d’intégrer ces ruptures d’usages et d’assurer la mise en place d’une offre intermodale attractive et pertinente.