Si aujourd’hui 3,6 milliards de passagers prennent chaque année l’avion sur près de 40 millions de vols commerciaux, la rentabilité des compagnies aériennes, bien que désormais positive, n’en demeure pas moins fragile. Cela est lié aux nombreux aléas peu prévisibles, comme l’évolution du coût du carburant, ainsi qu’à la congestion des principaux aéroports mondiaux.
Dans ce contexte, l’avion connecté apparaît comme le prochain développement majeur du secteur aérien : le nombre d’avions connectés doit être multiplié par 4,5 dans les 10 prochaines années, passant de 5,300 en 2015 à 23100 en 2025.
Appelé à révolutionner le secteur aérien, le développement de l’avion connecté est conditionné par l’amélioration de sa sécurité.

De la connexion des passagers

A première vue, la facette la plus évidente et la plus médiatisée de l’avion connecté est le développement de connexions haut-débit à bord pour les passagers.

S’appuyant sur le développement des technologies satellites permettant un accès haut-débit, que ce soit les satellites bande-ka ou les satellites bande S connectés à un réseau terrestre, de nombreuses compagnies se sont déjà engagées sur cette voie, avec des offres gratuites ou payantes de connexion en vol. Et d’ici 2021, plus de 50% des avions devraient proposer ce service.
Ce développement est devenu fondamental dans un environnement fortement concurrentiel : près de 92% des passagers veulent pouvoir se connecter en vol et plus de 50% des passagers font de la connectivité à bord désormais un facteur dans le choix de la compagnie aérienne.

A la révolution numérique du monde aérien

Néanmoins, l’avion connecté ne se réduit pas à une simple connexion wifi embarquée. Plus qu’une simple évolution technologique, il s’inscrit dans une changement plus globale consistant à « passer d’un système papier – où l’avion est un point – à un système numérique où il devient une trajectoire ».
Dans cette optique, l’échange de données entre l’avion et les centres de contrôle aérien (air-sol) ou entre avions (air-air) est voué à augmenter de manière fulgurante. Si aujourd’hui un avion génère 3 gigabytes de données par mois envoyées, communiquées par radio par l’Aircraft Communication Addressing and Reporting System (ACARS) notamment, un avion connecté du type Boeing 787 génère déjà plus 30 terabytes de données par mois.

 

Cette démultiplication des échanges de données implique donc une révolution du secteur aérien du fait de la mutation de 3 espaces :

  • Transformation au sol des centres et des tours de contrôle
  • Transformation dans le ciel des avions de ligne avec par exemple des sacoches de vol électronique (ou Electronic Flight Bag) et de nouveaux cockpits.
  • Transformation dans l’espace avec de nouveaux satellites (satellites bande-ka, satellites bande S,…)

Un levier d’optimisation des coûts

L’avion connecté, en mettant à profit les technologies de l’Internet des Objets (IoT) et du Big Data, doit permettre aux compagnies d’aériennes d’optimiser la gestion de leurs avions tout en améliorant sensiblement l’expérience client.

En effet, grâce à la présence de capteurs mesurant de nombreuses variables comme la pression de l’huile ou l’état du moteur, les compagnies peuvent recueillir de nouvelles données leur permettant d’anticiper les incidents, notamment, les accidents de sortie de piste et développer la maintenance prédictive.
Cette dernière leur permet de réduire les coûts de maintenance en anticipant les réparations de leur flotte avant qu’un incident n’ait eu lieu en se basant sur l’analyse des données recueillies.
A cela s’ajoute l’amélioration des communications en temps réel air-air et air-sol (météo, informations de parking…), facilitant la prise de bonnes décisions par les pilotes et réduisant les retards dont le coût est évalué à 8 milliards de dollars par an.

Une amélioration du service client

A ces progrès dans la gestion de la flotte, l’avion connecté doit aussi permettre d’améliorer l’expérience client de deux façons :

  • D’une part, ces améliorations en termes de maintenance et de communications ont pour conséquences une réduction du temps de retard et de meilleures conditions de vol.
  • D’autre part, l’exploitation des données clients doit permettre aux compagnies de fournir aux passagers des contenus personnalisés et adaptés à leurs goûts, qu’il s’agisse du repas à bord ou des choix de divertissement (films, musiques…) sur leur écran. A terme, il parait possible d’intégrer ces données à celles collectées au préalable dans les aéroports intelligents permettant de suivre le passager de l’achat du billet à son arrivée à destination.

Ces progrès attendus tant dans la gestion que dans le service proposé doivent permettre aux compagnies aériennes d’augmenter sensiblement leur rentabilité.  En effet, les économies potentielles générées par l’avion connecté sont évaluées à près de 1 milliards de dollars d’économie par an. En d’autres termes, ces économies impliquent le doublement du revenu moyen annuel par avion commercial (ARPA en Anglais) de 130 000 à 300 000 dollars.

La cybersécurité : un enjeu prioritaire

A l’instar des voitures connectés, victimes de plusieurs piratages, et de l’ensemble des objets connectés plus généralement, l’avion connecté présente un risque accru envers les cyberattaques. Comme le notait Tony Tyler, directeur général de l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA en anglais), « l’aviation dépend fortement des systèmes informatiques […] et nous savons que nous sommes un cible ». Le péril que représentent ces attaques informatiques est d’autant plus important dans un secteur où la sécurité est la priorité n°1 et dans un contexte de menaces terroristes et de cyberattaques plus nombreuses.
Cette affirmation est confirmée dans les faits puisque l’aviation est déjà la cible de plus de 1000 cyberattaques par mois en moyenne. De plus, l’épisode médiatisé du piratage du système informatique de plusieurs avions par un passager en 2005, dernier en date d’une suite de mises en garde, illustre les craintes que laisse planer un avion plus connecté.
Ces menaces sont prises très au sérieux par l’industrie aéronautique et les pouvoirs publics, en témoigne le rapport du Government Accountability Office[1],  qui indiquait que « les problèmes de cyber sécurité menaçaient la capacité de la FAA d’assurer un fonctionnement sûr et sans interruption du système de l’espace aérien du pays ».

De nouvelles institutions pour y faire face

 D’un point de vue institutionnel, cela s’est traduit aux Etats-Unis à la création d’un Centre d’analyse et de partage des informations en matière d’aviation (A-ISAC) réunissant des compagnies aériennes (majoritairement américaines), Boeing et Airbus ainsi que les agences de renseignement (FBI, CIA). Le but est de partager des informations sensibles concernant des incidents et des cyberattaques.
En Europe, l’Agence Européenne de de la Sécurité Aérienne (AESA) a créé début 2017 le Centre Européen de Cybersécurité dans l’aviation (ECCSA), visant à regrouper constructeurs et compagnies aériennes pour partager leurs informations.
Aujourd’hui, le principal défi de ces nouvelles institutions est d’améliorer la coopération entre des acteurs qui préfèrent ne pas communiquer leurs données sensibles.

D’un point de vue technique, la séparation entre les systèmes de contrôle aérien et les systèmes de divertissement ainsi que le cryptage des communications par exemple, sont autant de chantiers sur lesquels se sont déjà engagés les grands groupes de l’aéronautique (Airbus, Thales, Safran…).

 

Ainsi, malgré quelques turbulences liées à sa sécurité et les enjeux de coopération que cela implique, les opportunités qu’offre l’avion connecté, tant pour les passagers que pour les compagnies aériennes, semblent lui assurer un décollage imminent.

[1] Le GAO est l’organisme d’audit, d’évaluation et d’investigation du Congrès des Etats-Unis aux Etats-Unis.