Faites-vous confiance aux véhicules autonomes ? Comme une partie des Français, il se pourrait que la réponse soit négative. Pourtant, ces véhicules nous promettent de réduire considérablement le nombre d’accidents sur les routes, de lutter contre la congestion en ville et donc de gagner un temps précieux.

Les acteurs du secteur ont là un important défi à relever : faire accepter la technologie auprès du grand public. Pourquoi le véhicule autonome a-t-il du mal à séduire les Français ? Quelles actions sont menées pour démontrer la fiabilité de ces véhicules ?

Une remise en doute de la capacité du véhicule à prendre la bonne décision

Les études menées récemment concernant les véhicules autonomes ne vont pas ravir les constructeurs automobiles. En effet, un sondage mené en janvier 2019 par l’American Automobile Association (AAA) aux Etats-Unis indique que 71% des Américains ont peur de monter à bord d’un véhicule autonome. Ce même sondage a régulièrement été réalisé aux Etats-Unis depuis 2016, et les résultats ne sont pas très encourageants pour les acteurs du marché, comme le montre la figure ci-dessous.

 Pourcentage de conducteurs américains effrayés à l’idée de monter à bord d’un véhicule autonome (AAA)

Après le déploiement de voitures autonomes dans quelques régions du pays en 2017, les Américains avaient commencé à apprivoiser la technologie. Mais leur confiance s’est rapidement envolée après l’implication de ces derniers dans des accidents, parfois mortels, en début d’année 2018.

En France, un sondage réalisé par OpinionWay au printemps 2017 nous indique que 56% des Français ne seraient pas prêts à utiliser un véhicule autonome. Cette méfiance repose principalement sur le côté « boîte noire » de l’objet. Cinq raisons sont évoquées : tout d’abord, 59% des Français ont des doutes sur la capacité du véhicule à prendre la bonne décision lors d’une collision imminente, 46% appréhendent le fait de n’avoir aucun contrôle sur leur moyen de transport, et 45% craignent l’accident à bord de ces véhicules.

On notera de plus que certains Français ne sont pas prêts à laisser tomber le plaisir de la conduite (41%), et redoutent que leurs véhicules soient piratés pendant un trajet (40%).

Quatre pistes pour séduire le grand public

  • Les expérimentations

L’expérimentation est un véritable levier pour faciliter l’adoption de la technologie. La courbe de diffusion de l’innovation (Rogers) nous le rappelle.

Les early adopters vont ainsi diffuser la confiance qu’ils ont engrangée suite à l’utilisation de cette nouvelle technologie. Bien que la voiture complètement autonome n’existe pas encore, des fonctionnalités comme le Park Assist ou le freinage automatique permettent au conducteur de s’habituer à lâcher le volant. Cette transition lente vers l’autonomie aide les utilisateurs à faire confiance à leur véhicule en leur laissant le contrôle dans certaines situations.

Par ailleurs, des tests de véhicules et navettes autonomes sont réalisés un peu partout en France (Paris, Lyon, Bordeaux…). Ces derniers se passent sans véritable accroc, ce qui permet de gagner la confiance des utilisateurs. Les observateurs, qui n’osent pas encore emprunter ces véhicules et préfèrent les regarder de loin pour le moment, peuvent aussi se laisser séduire en voyant ces tests grandeur nature. Transdev affirme que 95% des testeurs sortent rassurés de l’expérimentation et seraient enclins à utiliser des navettes autonomes sur des trajets réguliers. Il est ici évident que ce chiffre est à nuancer, puisque les essais s’effectuent avec des navettes autonomes qui circulent sur des espaces souvent aménagés.

 

  •  La pédagogie

Waymo, filiale d’Alphabet (Google), a bien compris l’enjeu d’acquérir la confiance du public et tente de rassurer ce dernier. C’est en tout cas l’objectif de leur vidéo publiée début 2018 et qui nous présente ce que « voit » le véhicule lorsqu’il se déplace en ville. L’expérience est assez impressionnante. Elle nous révèle toute l’intelligence de la voiture et sa vigilance sur les éléments extérieurs tout au long du trajet. Cette vidéo a pour objectif de casser la notion de « boîte noire » et nous permet d’appréhender la logique de fonctionnement de ces nouveaux objets.

De plus, nous pouvons noter dans la vidéo la présence d’un écran sur les sièges du véhicule, qui nous montre notamment la trajectoire que va suivre la voiture. Un dispositif rassurant pour les passagers qui peuvent s’assurer à tout moment des intentions de leur voiture, et des décisions prises. Ils auront donc l’impression de comprendre les choix de leur véhicule, et ne resteront pas dans l’incertitude suite à un comportement inhabituel.  Cet écran intégré participe ainsi à la communication interne, c’est-à-dire entre le véhicule et le passager.

 

  •  La communication du véhicule avec l’extérieur

Navette autonome Jaguar Land Rover équipée d’yeux

La communication externe, avec les piétons, cyclistes et autres usagers de l’espace urbain, est également essentielle pour connaître les intentions du véhicule autonome, et donc lui faire confiance. Plusieurs cas d’usage sont à étudier, comme celui des passages piétons. Comment les piétons peuvent être sûrs que la voiture les a bien « vus » ? Il faut trouver une alternative à l’échange de regard qui a lieu actuellement entre le conducteur et le piéton. Pour cette problématique, Jaguar Land Rover a décidé de donner des yeux à sa navette autonome. Ces derniers regarderont le piéton qui souhaite traverser pour lui indiquer qu’il a bien été repéré. Ford a de son côté imaginé des pictogrammes qui s’afficheraient sur le parebrise.

 

  •  La sécurité du système embarqué

Enfin, un point d’attention est également porté sur la sécurité des systèmes. Jean-Marie Letort, vice-président de la cybersécurité chez Thalès, affirme que l’adhésion du public aux véhicules autonomes viendra du fait qu’il y ait un tiers de confiance qui se porte garant. C’est pourquoi Thalès travaille en collaboration avec les constructeurs automobiles pour s’assurer de la sécurité des systèmes embarqués (protection des données personnelles, failles de sécurité, …). Cette intervention débute dès le prototypage du véhicule, et perdure après la mise en circulation afin d’effectuer des mises à jour des systèmes de sécurité. Voilà qui devrait rassurer 40% des Français qui craignent un piratage de leur véhicule.

 

Pour gagner l’entière confiance du grand public, les acteurs du secteur doivent continuer à prouver la fiabilité de leur produit et démontrer qu’il ne présente aucun risque pour ses passagers. Cette confiance s’acquiert au fil du temps avec les expériences réalisées sur les routes françaises et le développement de l’interface homme-machine. Mais comme nous le rappelle Dieter Zetsche, l’actuel patron de Daimler : « Même si la voiture autonome est 10 fois plus sûre que celle conduite par des êtres humains, il suffit d’un seul accident spectaculaire pour impacter l’accueil du public ».

 

Bibliographie

« Many Americans Remain Afraid of Fully Self Driving Vehicles », AAA, Janvier 2019

« Plus d’un Français sur deux a peur des voitures autonomes », Les Echos, Août 2017

« Atelier : L’acceptabilité du Véhicule Autonome : défi technologique et sociétal » Pole Mov’eo, Octobre 2017

« Waymo : Google Montre Qu’Il Ne Faut Pas Avoir Peur Des Véhicules Autonomes », Forbes, Mars 2018

« Pourquoi Jaguar Land Rover a donné des yeux à cette voiture autonome », BFM TV Auto, Août 2018

« Thalès veut renforcer la confiance sur la voiture autonome », Capital, Septembre 2018