Vers le nouveau marché de l’hydrogène-énergie

Historiquement, l’hydrogène est utilisé à l’échelle mondiale au profit des industries pétrolières et chimiques qui consomment plus de 60 mégatonnes d’hydrogène issu à 90% d’origine fossile. Cependant, depuis quelques années, un nouveau marché autour de « l’hydrogène-énergie » fait surface en proposant de nouvelles applications où l’hydrogène s’apparente à un vecteur énergétique. Ces nouveaux business impactent l’ensemble de la chaîne de valeur de l’hydrogène, de la production jusqu’aux applications finales, en mobilisant de nouvelles typologies d’acteurs qui se positionnent sur la filière. 

 

L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) identifie également l’hydrogène comme un vecteur permettant de faire le pont entre des sources d’énergie primaires et des usages finaux. Le secteur de la mobilité a rapidement été mis en avant pour son potentiel d’intégration de solutions utilisant l’hydrogène, notamment avec le déploiement de piles à combustibles au profit de divers matériels roulants : véhicules légers, bus, trains, etc. Des études menées par l’Hydrogen Council, McKinsey et l’AFHYPAC, prévoient un développement massif des véhicules légers et des transports en commun (en particulier les bus) propulsés grâce à l’hydrogène à l’horizon 2030. Cette vision semble être partagée par les nouveaux acteurs de la filière hydrogène-énergie qui se mobilisent pour créer de nouvelles solutions de mobilité hydrogène : les constructeurs automobiles (Toyota, BMW, etc.), les sociétés de transports en commun (Transdev, Ratp, etc.) ou encore les écosystèmes innovants spécialisés dans la mobilité hydrogène (Symbio, McPhy, etc.).

La France fait confiance aux bus à hydrogène

Comme pressenti par les divers organismes en charge de l’analyse du marché de l’hydrogène, de nombreuses villes ou régions ont fait le pari de miser sur le déploiement de bus à hydrogène dans leurs agglomérations. Cette dynamique est aujourd’hui portée en France par le lancement de nombreux projets structurants :

Il est clair que la France, à travers la mobilisation de ses territoires, souhaite mettre en avant son potentiel pour intégrer l’hydrogène dans les nouvelles solutions de mobilité. En 2018, le Plan national hydrogène porté par Nicolas HULOT prévoyait un objectif de 200 véhicules lourds (bus, camions, etc.) à l’horizon 2023. Cette ambition a désormais été revue à la hausse avec le Plan 1000 bus hydrogène (toujours à l’horizon 2023) porté par Mobilités Hydrogène France (consortium d’acteurs de la mobilité hydrogène hébergé au sein de l’AFHYPAC). De plus, l’UGAP (Union des Groupements d’Achats Publics), s’est proposée pour apporter son soutien à ce plan lors des Journées hydrogènes dans les territoires (Marseille, Juillet 2019). En effet, comme elle l’a déjà effectué pour les véhicules légers électriques, l’UGAP souhaite participer au développement de nouvelles offres de bus à hydrogène. Cette démarche est fondée sur le principe de co-préscription visant à créer de nouveaux marchés innovants en collaboration avec des partenaires publics pour des objectifs communs.

De nombreux atouts pour les bus à hydrogène

Les bus à hydrogène séduisent aujourd’hui les collectivités territoriales car ils permettent de s’affranchir des contraintes de stockage des réservoirs d’hydrogène que rencontrent par exemple les véhicules légers. En effet, les taxis à hydrogène (par exemple ceux déployés par la société Hype à Paris), nécessitent 5 kg d’hydrogène comprimé sous 700 bars pour pouvoir parcourir 500 km, ce qui représente un investissement financier lourd. Il serait moins coûteux d’avoir recours à des réservoirs sous 350 bars mais ces derniers, plus volumineux, monopoliseraient une partie de l’espace des voyageurs et des bagages. A l’inverse, les bus à hydrogène (notamment ceux de l’entreprise SAFRA) n’ont pas cette contrainte car ils permettent aisément de stocker 4 bonbonnes d’hydrogène comprimé sous 350 bars sur leur toit.

Par ailleurs, pour effectuer une comparaison avec les bus 100% électriques, un bus à hydrogène requiert seulement 15 minutes de recharge, contre 5 à 6 heures pour un bus électrique. Les bus à hydrogène se composent d’une pile à combustible (alimentée par les réservoirs) qui permet la transformation d’hydrogène en énergie électrique et offre une autonomie de 300 km par jour à chaque bus.

L’hydrogène n’a pas encore tout pour convaincre

Dans le cas des 6 bus à hydrogène déployés par le Syndicat Mixte des Transports Artois-Gohelle (en collaboration avec SAFRA, Symbio, etc.), l’avantage écologique est non négligeable car les bus ne rejettent que de l’eau et permettraient d’éviter l’émission de 530 tonnes de CO2 par an selon les estimations.

Cependant, la majorité de l’hydrogène produit aujourd’hui est d’origine fossile et notamment responsable de l’émission de plus de 11 millions de tonnes de CO2 par an. Afin d’obtenir un cercle vertueux d’utilisation de l’hydrogène, le recours à une production d’hydrogène à partir d’électricité est de plus en plus valorisé, à travers le procédé d’électrolyse de l’eau. Pour répondre aux enjeux d’une filière décarbonée de l’hydrogène, les acteurs du marché de l’hydrogène-énergie se mobilisent pour verdir la production et limiter les émissions de CO2. A titre d’exemple, le projet de déploiement des 6 bus à hydrogène dans le Pas-de-Calais a nécessité 12,9 millions d’euros d’investissements et fait appel à diverses entreprises françaises reconnues pour leur expertise sur l’hydrogène (SAFRA, Engie, McPhy, etc.). Sur ce même projet, afin de garantir la production d’hydrogène décarboné (ensuite comprimé et stocké dans la station d’avitaillement de Houdain), la société Engie s’est engagée à fournir de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables.

Ainsi, la France a aujourd’hui l’ambition de devenir un des leaders de la mobilité hydrogène même si d’autres pays comme le Japon connaissent une croissance encore plus marquée sur la filière. La France souhaite révéler son potentiel, en s’appuyant sur les ressources de ses territoires et l’expertise de nombreux acteurs de la filière, pour lancer de nouveaux projets structurants fondés sur l’hydrogène décarboné. De plus, avec des objectifs de 20 à 40% d’hydrogène décarboné à l’horizon 2030, la Loi Energie et Climat récemment passée au Sénat apporte un soutien aux nombreux plans lancés pour créer une filière décarbonée. L’AFHYPAC (Association Française de l’Hydrogène et des Piles à Combustible), et notamment Philippe BOUCLY son directeur, soulignent que le marché de l’hydrogène-énergie est dans une bonne dynamique :

« Il faut aller vers de l’hydrogène renouvelable et bas carbone afin de décarboner les systèmes énergétiques en général et la mobilité en particulier.

Et puis ce qui est important, c’est que l’hydrogène va rentrer dans le code de l’énergie. C’est un vecteur énergétique qui sera considéré au même titre que l’électricité, le gaz naturel ou la chaleur. »

Déclarations de Philippe BOUCLY, Journées hydrogène dans les territoires, Marseille, Juillet 2019