Le 16 décembre dernier, l’équipe TransportShaker en association avec le chantier Mobilité Électrique est allée suivre en live les deuxièmes Rencontres Internationales de l’Automobile organisées par Business France et la Plateforme Automobile.

L’association de ces deux organisateurs ne s’est pas faite par hasard. Business France est une structure née de la fusion d’Ubifrance et de l’Agence Française pour les investissements internationaux, qui  aide les entreprises françaises à se développer à l’international et développe des relations avec des entreprises étrangères pour favoriser l’investissement sur le territoire français.
La Plateforme Automobile (PFA) est une entité qui rassemble les acteurs de la filière automobile en France afin de définir et mettre en œuvre les stratégies au nom de ses partenaires (constructeur, équipementiers, sous-traitants et acteurs de la mobilité) et en lien avec l’État français. La PFA représente 4 000 entreprises du secteur et plus de 400 000 emplois.

Ces rencontres se sont déroulées  autour de deux tables rondes qui avaient pour sujets la transition énergétique dans l’industrie automobile, ainsi que l’automobile et la transformation digitale. Ces sujets ont rassemblé des acteurs de l’industrie et plusieurs chargés d’affaires de Business France afin d’échanger sur l’état des différents marchés dans le monde et les opportunités pour la filière française à l’export.

La filière Automobile française fait face à des enjeux importants dans un contexte de transformation des mobilités

C’est lors d’un mot d’introduction que Luc Chatel, Président de la PFA, a  détaillé les enjeux actuels de l’industrie automobile ainsi que la trajectoire de la filière pour y répondre. La PFA existe pour porter la voix des industriels en se mobilisant et se synchronisant autour d’une stratégie de développement commune.

Ainsi, à l’heure où les ventes de véhicules neufs restent en croissance, les professionnels de la filière s’accordent pour dire que le principal bouleversement concerne l’évolution des business models et des modes d’utilisation.

Dans ce contexte, l’accompagnement de plus de 130 entreprises de la filière par Business France semble plus pertinent que jamais, l’automobile étant une industrie fonctionnant avec des partenariats public / privé[1]. L’enjeu pour la France est de rester un des leaders de l’industrie mondiale grâce à sa force de développement et d’innovation et la présence de marques historiques.

Avec un budget global de Recherche & Développement de plus de 220 milliards d’euros pour électrifier les véhicules, les constructeurs et équipementiers prennent au sérieux cette transition écologique et investissent massivement afin de créer des véhicules à faible empreinte environnementale. Nous assistons également à la création de partenariats  inédits (Daimler/BMW, le nouveau conglomérat d’entreprises européennes formant « un Airbus des batteries »…).

Thomas Chrétien (Directeur Véhicule Électrique chez Nissan West Europe) a résumé les multiples apports du véhicule électrique en mettant l’accent lors de sa keynote sur les différences d’utilisations par rapport au véhicule thermique comme le meilleur rendement énergétique ou l’utilisation du véhicule lors du temps de stationnement. En convaincu de l’avenir de la mobilité électrique, il a pu rassurer certains participants sur diverses problématiques comme l’usure des batteries.

 

 

Un état des lieux des marchés français et internationaux

La première table ronde a permis d’établir un état des lieux des marchés français et internationaux du véhicule électrique, tant au niveau des ventes de voitures que sur les investissements industriels et les aides publiques. La présence de J-L BROSSARD (Directeur R&D PFA), J. BERETTA (Président de l’AVERE France) et M. POPOVIC (Président de l’AFELIM) a permis une interaction avec les chargés d’affaires de Business France pour établir certains comparatifs entre les différents marchés concernant les véhicules électriques, à hydrogène et sur les batteries.

Alors que nous sommes encore assez loin des objectifs de l’État sur la mobilité électrique (un million de véhicules électriques en circulation), les observateurs ont noté la création d’un contexte favorable avec la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM).

Tant au niveau des restrictions que des encouragements, l’État pose les bases du développement de l’automobile électrique. L’interdiction de commercialiser des véhicules dégageant des gaz à effet de serre en 2040 ou l’obligation de l’électrification des flottes de véhicules sont autant de mesure qui vont obligatoirement favoriser les motorisations électriques ou alternatives (gaz naturel, biocarburants…).

Un des enjeux de ces rencontres de l’automobile était également de communiquer sur les aides de l’administration fiscale comme l’aide à la conversion afin de ne pas stopper net la tendance.

Véhicules à batteries ou à hydrogène, le choix reste d’actualité

Une question est revenue plusieurs fois de la part de l’assistance : « Le choix des batteries est-il pertinent ? Tant au niveau de la production que de l’usure».

La Recherche et Développement se concentre particulièrement sur cette question avec l’amélioration des batteries (le cycle de vie des batteries est en train de quadrupler par rapport aux premières générations). Mais il reste important de respecter certaines conditions pour avoir un réel apport de la mobilité électrique. Deux points principaux ressortent :

  • L’utilisation d’une énergie décarbonée est primordiale et des solutions de recharge sont actuellement en pleine réflexion par l’utilisation de données RTE/EDF
  • Les batteries doivent pouvoir être recyclées afin de limiter l’impact environnemental, que ce soit pour une utilisation stationnaire (pour des immeubles par exemple) ou pour les réinstaller dans des véhicules moins énergivores.

L’avantage du véhicule électrique réside également dans son utilisation lors du stationnement avec le développement du Véhicule-To-Grid permettant de recharger les voitures électriques durant les heures creuses sur le réseau et de réinjecter l’énergie stockée si besoin lors des heures pleines.

Panorama de 6 marchés spécifiques

La suite de la matinée s’est déroulée avec les descriptions de 6 marchés principaux que sont :

  • L’Allemagne
  • La Norvège
  • Les Etats-Unis
  • La Chine
  • La Corée du Sud
  • L’Inde

Source: les Echos

Le marché allemand entre aides gouvernementales et constructeurs désireux de rattraper leur retard

En Allemagne, le gouvernement a identifié le frein majeur du développement des infrastructures et a décidé d’investir 3,2 milliards d’euros dans leur construction, le but étant de diminuer la peur de la panne qui est un des principaux freins à l’acquisition. L’objectif final a été évalué à 1 millions de points de recharge (dont 1000 bornes rapides) permettant de fournir en énergie 10 Millions de véhicules électriques.

L’Etat allemand a également pris la décision d’augmenter les subventions sur les véhicules électriques et sur les infrastructures (allocation de subventions aux supermarchés et parking publics pour installer des bornes de recharge).

De plus, les industriels et en particulier les constructeurs automobiles allemands sont en train d’investir massivement dans l’énergie électrique. Le groupe Volkswagen a par exemple décidé dans son nouveau plan stratégique d’allouer 60 milliards d’euros au développement de l’électromobilité (33 mds), et à l’hybridation et la digitalisation des véhicules (27 mds).

Les constructeurs désirent également contrôler l’ensemble de la chaine de production des batteries, d’où la création d’une Joint-Venture avec l’entreprise 9Volts pour créer une usine de production de cellule de batterie (malgré le retrait de Bosch qui considère la production de cellules comme un gouffre financier).

L’ensemble des industriels allemands font appel à leur force de frappe particulièrement importante pour mener de front le développement de véhicules électriques et l’amélioration de la technologie hydrogène.

Mais d’autres enjeux se posent également sur ce marché avec la volonté de développer des véhicules de niveau 4 et 5 d’autonomies en incluant la 5G avec Deutsch Telecom.

La Norvège, un marché en pleine accélération

Les pays du Nord sont reconnus comme précurseurs des mobilités douces et de la transition environnementale. A fin 2019, on recense 350 000 véhicules électriques pour 5 millions d’habitants seulement et une accélération nette avec 50 000 véhicules électriques neufs vendues en 6 mois sur 2019. A titre d’exemple, l’AVERE a annoncé début octobre 2019 que la France avait dépassé le seuil des 200 000 véhicules électrique pour 67 millions d’habitants. Certaines mesures incitatives ont été mises en place par l’État norvégien, mais il est nécessaire de noter une prise de conscience et une mobilisation des industries de l’énergie et du transport.

L’accent est actuellement mis sur le développement du Service Après-Vente qui doit être adapté par rapport à des voitures thermiques mais également sur l’installation de points de charge qui est trop faible par rapport à la taille du marché norvégien (seulement 12 500 points de charge).
Une question est ressortie lors des échanges concernant ce marché précurseur : « L’accélération observée en Norvège sur le véhicule électrique est-elle soutenable pour le gouvernement, le réseau électrique et les industriels ? ».

Sans réponse concrète, il est établi que ce marché se positionne comme un observatoire de l’évolution du marché mondial et la Norvège fait les efforts pour pouvoir suivre le mouvement, en témoigne son investissement avec la Suède dans l’Airbus des batteries et le recyclage de celles-ci.

Les États-Unis, un marché hétérogène s’appuyant sur de nouveaux entrants

Le marché américain se développe doucement mais peut s’appuyer sur sa marque superstar haut de gamme Tesla (63% des parts de marché) dont la valorisation en bourse vient récemment de dépasser celle du groupe Daimler. Pour 237 000 véhicules électriques vendus de janvier à septembre 2019, on compte environ 1,2 millions de VE ou VHR (véhicules hybrides rechargeables) présents sur le territoire américain.

Néanmoins,  la concentration particulière du marché sur la côte Ouest des États-Unis et en particulier en Californie est à souligner. Cette performance s’explique par la pression législative mise en place avec des quotas de ventes de voitures électriques par rapport aux voitures à essence. Les USA n’ayant pas encore mis en place de loi fédérale pour encadrer les différentes motorisations.

Cependant, l’hydrogène reste relativement absent des développements, les efforts restent focalisés sur la motorisation électrique et l’hybride rechargeable.

La présence d’entreprises chinoises (ou soutenues par des capitaux chinois) est également à noter. Ces nouveaux entrants sur le marché sont davantage ouverts à de nouvelles technologies et de nouveaux fournisseurs.

La Chine, une superpuissance qui investit massivement dans le véhicule électrique

Depuis 2009 la Chine représente le premier marché automobile mondial mais connait actuellement une vraie crise. La profonde mutation technologique oblige les constructeurs à investir massivement dans les nouvelles technologies et les nouvelles motorisations. On dénombre plus d’un million de véhicules électriques et à hydrogène vendus entre janvier et novembre 2019.

La stratégie du gouvernement chinois a été de supporter le développement de ces nouvelles motorisations mais ces aides ont récemment été considérablement réduites et cette baisse a impacté négativement les ventes. En effet, l’encouragement fiscal de l’État chinois était basé sur l’autonomie des véhicules mais a entrainé un phénomène de surproduction important. Les subventions régionales ont donc été  supprimées en 2019 pour les constructeurs et seront apportées aux installateurs et opérateurs d’infrastructures.

L’État essaye également de développer le recyclage des batteries avec l’installation de 3 000 points de recyclage mais le coût reste très important et nécessite des améliorations technologiques.

Les industriels ont décidé de développer en parallèle les technologies de motorisation électrique et la motorisation à pile à combustible (utilisant de l’hydrogène). Le véhicule électrique étant ciblé pour les véhicules dits légers (véhicules personnels) et l’hydrogène pour le transport de marchandises et de passagers (autocar, camion…).

La Corée du Sud et le Japon, une centralisation des acteurs des nouvelles technologies motrice

La présence de leader historique sur le marché tant au niveau des constructeurs (KIA et Hyundai) ou des batteries (LG Chem, Samsung…) facilite grandement de développement de nouvelle technologie et l’effort croissant porté sur la mobilité électrique.

La Corée du Sud se positionne comme le 5ème marché mondial. On associe également le marché Japonais qui est en plein développement dans le contexte des JO de Tokyo.

L’importance des acteurs technologiques en Corée du Sud impacte le véhicule électrique mais aussi la transformation digitale et le véhicule connecté qui est en plein développement. Les infrastructures sont déjà développées (5G active) et l’objectif est d’avoir un niveau 4 d’autonomie en 2024 en Corée et en 2025 au Japon sur autoroute.

Marché Indien

Le gouvernement indien a publié la 2ème phase de la politique de développement de l’électromobilité et a décidé d’y investir plus d’un milliard de dollars.

Cette politique se concentre sur l’installation d’infrastructures de recharge et la création de cellules pour les batteries de stockage.

En termes de ventes, les véhicules électriques ne représentent pas plus de 3% du marché mais les industriels se préparent pour créer une industrie complète entre 2020 et 2023.

En conclusion, ces différents marchés en sont à des stades variés dans leur développement. Néanmoins, on note une volonté globale d’encourager fortement la mobilité électrique et parfois l’hydrogène (qui reste controversé selon l’utilisation et l’énergie utilisée pour sa création).

Dans les pays où les ventes de véhicules électriques décollent, l’accent est maintenant mis sur l’installation d’infrastructures afin de mailler convenablement le territoire et de permettre des déplacements plus importants. Le développement technologique suit son cours et, comme l’atteste le graphique ci-dessous, il devrait permettre d’améliorer les performances des véhicules qui deviendront une alternative de plus en plus pertinente aux motorisations thermiques.

Source: l’Usine Nouvelle

[1] Investissements de l’Etat il y a une dizaine d’années pour sauver l’industrie automobile française

 

Retrouvez nos articles en lien avec celui-ci:

Salon Autonomy 2019 : quel futur pour la mobilité ?

Véhicules électriques : quelles incitations en France et en Europe ?

Quel carburant pour le futur ? 1ère partie – le GNV

Quel carburant pour le futur ? 2ème partie – le GPL

Quel carburant pour le futur ? 3ème partie – l’Hydrogène