Depuis la seconde guerre mondiale, les modes de consommation ont considérablement évolué. Les produits «exotiques » sont notamment devenus accessibles au plus grand nombre et rythment notre quotidien : thé de Chine, épices d’Inde, lait de coco de Thaïlande, … L’attractivité des Français pour ces produits a ainsi contribué à hisser le transport à la première place des secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, avec 36,5 % des émissions de CO2 et 27,3 % des émissions de gaz à effet de serre émis en France Métropolitaine en 2010. En particulier, le transport de marchandises émet 10% des émissions mondiales de CO2. Les prévisions d’augmentation du trafic routier de marchandises (78% entre 2000 et 2030 dans l’Union Européenne), ne peuvent que faire augmenter la part du transport de marchandises dans les émissions de gaz à effet de serre.

Mais aujourd’hui, la société commence à prendre conscience de la nécessité d’inverser cette tendance (qui est également néfaste pour l’économie française) et cherche à consommer local. Les initiatives allant dans ce sens fleurissent (laruchequiditoui, les AMAP, …). Nous ne sommes cependant pas prêts à trop reculer vers la situation d’avant-guerre : consommer plus local d’accord, mais à condition d’avoir toujours accès à certains produits !

Alors pour continuer à consommer nos petits plaisirs, des moyens de transports alternatifs, plus respectueux de l’environnement, se développent petit à petit. Parmi eux, le transport de marchandises par voilier tente de trouver sa place. Saura-t-il éviter de devenir une simple mode passagère qui surfe sur le développement des consciences écologiques ?

Le transport à la voile en pratique

Afin d’apporter des éléments de réponse à cette question, examinons le cas de l’entreprise bretonne de transport à la voile TransOceanic Wind Transport (TOWT), créée en 2009. Elle a créé le label « transporté à la voile », dont le principe est une navigation sans aucun moteur. Une  étiquette est collée sur chaque produit transporté par TOWT. Cette dernière contient un code numérique permettant de connaître l’itinéraire maritime du produit acheté : dates de départ, conditions de navigation, nombre de miles parcourus, etc.

TOWT

Label “transporté à la voile” (source : towt.eu)

Pour la foire aux vins du mois de septembre, l’enseigne Biocoop a fait appel à TOWT pour acheminer 800 000 bouteilles de vin en provenance du Portugal. La cargaison Biocoop de 10 tonnes aurait permis une réduction des émissions de CO2 entre 15 et 20 tonnes d’après l’enseigne. Outre l’avantage écologique, le transport sans motorisation offre une indépendance au pétrole, non négligeable dans le schéma géopolitique actuel. Cependant, les délais de livraison de ce mode de transport sont fortement liés aux aléas climatiques et on ne peut donc pas prévoir avec certitude le moment de livraison. De plus, son coût est supérieur aux autres modes de transport. Pour Biocoop, ce fût un surcoût du 10 à 20 cents par bouteille, accepté par ses clients, réceptifs à ce type de démarche.

Face à ce constat, le transport à la voile s’adresserait donc à une certaine catégorie de consommateurs, prête à payer plus dans l’optique d’une démarche écologique. Mais elle est également plus adaptée à une certaine catégorie de produits : des produits de luxe, permettant de rentabiliser le coût d’acheminement ; et des produits non frais, ne subissant pas de dégradation si le délai de livraison s’allonge. On retrouve dans cette catégorie des produits comme le chocolat ou les alcools, un marché déjà adressé par TOWT.

Et qu’en est-il des derniers kilomètres ?

Mais une fois acheminée à bon port, ces produits ne sont pas encore dans nos foyers. Toutes les villes françaises ne sont pas traversées par un fleuve comme cela peut être le cas à Paris, où le transport fluvial est déjà développé.

L’acheminement de la marchandise dans « les terres » peut se faire notamment par voie ferrée ou transport routier. Le transport ferroviaire peut fortement diminuer son impact carbone en fonction de l’énergie choisie. En effet, pour 10 tonnes de marchandises, le transport ferroviaire au gazole non routier aura un impact de 23,4 g CO2 / t.km, alors que s’il se fait à l’électricité européenne l’impact sera de 11,7 g CO2 / t.km, et même de 1,47 g CO2 / t.km grâce à une électricité française. La meilleure manière de réduire les émissions de gaz à effet de serre est donc de trouver la bonne combinaison des moyens de transport par rapport à la typologie de la zone géographique à livrer.

Pour assurer leur pérennité, une piste serait donc de trouver les bons partenaires pour les entreprises de transport de marchandises « alternatives ». En effet, raisonner en termes d’expérience client de bout en bout, et s’associer avec des initiatives pour le transport des derniers kilomètres permettrait de minimiser l’impact carbone total tout en garantissant la satisfaction client.

De nombreuses start-up se positionnent déjà sur la livraison de repas à vélo (take eat easy, deliveroo, foodora, …) dans des temps record. Nous attendons celles qui permettront de compléter le panorama d’initiatives actuelles, et minimiserons notre impact carbone !