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Voiture électrique : et si attendre à la station-service devenait un plaisir en 2030 ?

« Répétition générale ! » ironisait l’humoriste Gaspard Proust la semaine dernière au micro d’Europe 1. Il réagissait à la crise de l’approvisionnement en carburant dans les stations-service en France. Selon lui, le passage généralisé à la mobilité électrique produira à son tour de longues files d’attente pour faire un plein d’électricité.

Même anticipation en juin dernier sur BFM Business : Luc Chatel, président de la PFA (Plateforme Française de l’Automobile), déclarait « Il faudrait 1 million de bornes de recharge d’ici 2030. […] Il faudrait environ 70 bornes ultra rapides par station-service pour que, lors d’un weekend de départ en vacances, l’on ait le débit suffisant. »

Voyons comment le secteur se transforme et comment les usages peuvent évoluer dans les prochaines années pour que le temps d’attente généré par la recharge se passe agréablement :

1. L’automobile vit un bouleversement énergétique

Le contexte d’interdiction des ventes de véhicules thermiques dans l’Union Européenne en 2035, couplé aux incitations et autres bonus sur les véhicules électriques, accélèrent la transformation du secteur. Un chiffre clé de la rentrée : en septembre, les ventes de véhicules 100% électriques ont dépassé pour la première fois celles des véhicules diesel. C’est un chassé-croisé impressionnant si l’on observe que l’on vendait, il y a encore 4 ans, 27 fois plus de véhicules diesel que de véhicules 100% électriques !

Pour nuancer la tendance forte de progression des ventes de véhicules électriques, il faut noter que le parc automobile va tout de même rester majoritairement thermique un certain temps (il faut compter 8 à 10 ans pour renouveler un parc). Il est d’ailleurs intéressant de souligner qu’aujourd’hui, le carburant le plus vendu en France reste encore très largement le Gazole : près de 75% (soit l’équivalent de la part des ventes de véhicules diesel il y a 20 ans). Ceci alors que les courbes de ventes se sont croisées en faveur de l’essence en 2017. La part de l’électrique dans le parc actuel est donc pour l’instant anecdotique (on peut l’estimer à environ 3% : près de 600 000 véhicules électriques sur plus de 22 millions depuis 2010).

Autre point important : le temps de recharge d’un véhicule électrique est plus long qu’un plein classique : dans le meilleur des cas, il faut compter 20 minutes de recharge sur une borne ultra-rapide pour retrouver environ 80% de batterie. Cela s’accompagne d’un besoin accru en places de stationnement et en temps passé sur le lieu de recharge. Au-delà du temps de recharge, il s’agira surtout de trouver une borne de libre. En octobre 2022, la barre des 70 000 points de charge publics était passée (Avere).

De nombreux acteurs se disputent l’envergure de leurs réseaux de bornes. Pour autant, un point doit être souligné : 80% de la recharge se fait à domicile ou au travail. Ce sont, dans les 20% restants, qu’il faut développer astucieusement les réseaux de bornes de recharge ultra-rapide sur les grands axes routiers, qui s’adressent à des personnes en itinérance, qui ont besoin de repartir relativement vite.

2. De station-service à lounge itinérant

La structure de marché des stations-service a déjà fait une première mue depuis les années 1980. D’une part, leur nombre a été divisé par 4 en 40 ans, pour atteindre environ 11 000 stations fin 2021. D’autre part, les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS), ont progressivement atteint 50% du marché face aux réseaux « traditionnels » (TotalEnergies, Avia, Esso, Shell, etc.).

Ce n’est pas un hasard si ces acteurs de la grande distribution sont arrivés : le PDG de TotalEnergies déclarait l’an dernier dans une interview que 40% des revenus des stations-services de la Compagnie provenaient des boutiques, et non de la vente de carburant. Un important potentiel de revenus est à explorer dans un contexte où les clients vont être amenés à rester plus longtemps pour leur recharge.

Mais tous les points de charge « stratégiques » pour les voyageurs ne seront pas dans les stations-service. Les contraintes d’installation étant fortement réduites par rapport à l’acheminement du carburant, d’autres acteurs ambitionnent de dominer le marché de la recharge. Exemples :

  • Les concessionnaires, comme le futur réseau Mobilize de Renault, qui prévoit d’installer des lounges dans les concessions, ou encore Audi avec ses hubs de recharge (notamment pour la clientèle premium) ;
  • Les chaînes de restauration comme Starbucks / McDonald’s, déjà présents sur les grands axes routiers ;
  • Les ERP (Etablissements Recevant du Public), avec lesquels les professionnels des réseaux de bornes pourront travailler afin d’inciter des voyageurs à faire un détour sur leur chemin ;
  • Plein d’autres services: cinémas, SPA, espaces de jeux, expositions…

Au-delà du lieu en lui-même, certains services peuvent également être proposés aux voyageurs souhaitant tout simplement rester à bord de leur véhicule. Les voitures vont continuer à devenir de plus en plus confortables (Netflix sur la tablette, siège chauffant à la demande, mode nuit, etc.). Les établissements recevant les voyageurs en itinérance pourront proposer d’autres services personnalisés, jusqu’à venir directement à la voiture. De nombreuses pistes existent pour améliorer l’expérience utilisateur… et restent à expérimenter.

En somme, la localisation des points de charge, ainsi que le type d’espace accueillant les voyageurs devront être bien choisis. Le voyage de demain se vivra de plus en plus par étapes, sur la longueur. On le voit d’ailleurs très bien avec le retour en grâce du train de nuit et le créneau des court et moyen-courriers à reprendre sur l’avion. Reste à ce que les pauses entre ces étapes se fassent le plus agréablement et sereinement possible pour les voyageurs.

Thomas VERSTREPEN

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