Depuis le mardi 3 avril, un type de grève peu commun a été lancé par les syndicats SNCF : 2 jours de grèves tous les 5 jours pendant 3 mois. Ce format oblige les “commuters” et les voyageurs à s’organiser et à inclure de nouveaux moyens de transport dans leurs habitudes.

Dès les premiers jours de grèves, les moyens de transport en commun sur lesquels les voyageurs pouvaient se rabattre ont été clairement identifiés : les cars et le covoiturage. La demande a grimpé en flèche sur les sites et applications de réservation. On observe une forte hausse du nombre de covoiturages effectués. « Pour les premiers jours de grève SNCF, la demande de covoiturage a été multipliée par 6 par rapport à un mardi normal sur Blablacar » d’après l’entreprise.

Face à cette très forte hausse de la demande, Blablacar a même mis en place des lignes de car réservables directement sur ses fronts à prix fixe et signé un accord avec Ouibus pour certains trajets.

Parmi ces différentes solutions, le covoiturage semble être une alternative particulièrement intéressante pour aller travailler. La grève peut-elle entraîner une modification profonde du comportement des “commuters” en faveur du covoiturage ou représentera-t-elle simplement un coup de boost ?

 

L’offre de covoiturage domicile-travail face à la grève

Dans ce contexte, IdF Mobilités souhaite encourager la pratique du covoiturage et offre les trajets domicile-travail aux franciliens pendant la grève via 8 plateformes partenaires : BlaBlaLines, Clem’, Covoit’ici, IDVROOM, Karos, Klaxit, Ouihop, Roulez Malin. Les passagers bénéficient de trajets gratuits dans la limite de 2 par jours de 20km maximum. Les conducteurs sont remboursés à hauteur de 10 centimes par km.

D’autres métropoles encouragent également le covoiturage en période de grève pour décongestionner le réseau routier et pour donner un nouveau réflexe aux voyageurs sur les trajets domicile-travail. Orléans métropole a notamment signé un partenariat avec la startup de covoiturage Klaxit et subventionne les trajets pendant les grèves. Lille, Paris, Orléans, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon et Grenoble intègrent des offres de covoiturage dans leur pass de transport avec Klaxit et avec son concurrent Karos.

L’effet de la grève et des trajets remboursés est très net. D’après IDF Mobilités, « entre 2 et 4 fois plus de trajets en covoiturage ont été effectués par rapport à la semaine précédente » lors de la première semaine de grève. Dans une interview le 8 mai sur franceinfo, Olivier Binet, co-fondateur de la plateforme Karos explique que les effets se ressentent également au-delà des jours de grèves. « Ce que je trouve intéressant dans la grève, c’est qu’on voit que 68% des utilisateurs qui viennent covoiturer pour la première fois sur Karos un jour de grève restent covoitureurs ensuite. » déclare-t-il.

 

Zoom sur Klaxit, leader du covoiturage domicile-travail

Klaxit se détache comme un leader du covoiturage courte-distance. Il mérite que l’on s’attarde sur son offre et sa vision du marché qui sont caractéristiques de la proposition de covoiturage domicile-travail actuelle.

Voici ce que déclare Julien Honnart, CEO de Klaxit en réponse à la grève SNCF dans un communiqué : « Nous allons permettre aux usagers de la SNCF de découvrir une nouvelle alternative sur leur trajet domicile-travail, dans une logique de complémentarité entre le train et le covoiturage. Mais nous nous adressons également à tous les automobilistes pour réduire les embouteillages ! Ils pourront en effet covoiturer gratuitement s’ils laissent leur voiture au garage. »

Pendant les grèves, Klaxit propose du covoiturage gratuit sur toute la France dans la limite de 2 trajets par jours et de 20 km par trajet. Le conducteur est indemnisé par Klaxit à hauteur de 4€ par jour pour un aller-retour de 20km. En région île de France et à Orléans, ces chiffres sont doublés grâce à la participation des collectivités. Klaxit souhaiterait s’associer à plus de collectivités car ils « [pensent] que le covoiturage domicile-travail doit être considéré comme un transport en commun [et] à ce titre bénéficier des mêmes modes de financement » nous dit Julien Honnart.

La stratégie de Klaxit est surtout de viser les entreprises. Klaxit signe des partenariats pour déployer sa solution de covoiturage au sein des entreprise qui cherchent à aider leurs salariés pendant les grèves et à améliorer leur Plan de Mobilité. Actuellement Klaxit est partenaire de 130 entreprises dont ¼ du CAC 40. La start-up a signé avec une vingtaine d’entreprises depuis le début de la grève dont BNP Paribas, Valeo, CNP Assurance. « Pendant les grèves, Klaxit s’engage ainsi à lancer sa solution de covoiturage en 48h seulement, me tant à disposition de l’entreprise un kit de communication spécifiquement adapté au contexte de grève » nous expliquent-ils dans leur communiqué de presse du 10 avril 2018.

 

La vision de Klaxit sur le covoiturage et ses perspectives

Julien Honnart a répondu à quelques unes de nos questions autour de sa vision du covoiturage en général et sur les perspectives du secteur après la grève.

Quelle vision du covoiturage avez-vous ? Est-ce que c’est plutôt un transport d’appoint ou est ce qu’il peut se présenter comme un concurrent du transport ferré ?

« Le réseau Klaxit est parfaitement complémentaire au réseau ferré structurant. En Ile-de-France, pratiquement tous nos trajets impliquent la 2ème couronne. Nous apportons une solution complémentaire lorsque le transport en commun n’est pas assez développé pour répondre de manière satisfaisante à la demande. »

Est-ce que ce mouvement de grève peut entrainer une modification profonde du comportement des “commuters” ou est-ce que cela sera simplement un coup de boost pour le covoiturage ? Les habitudes vont-elles changer ?

« Plus de la moitié des utilisateurs nous ayant rejoint à l’occasion des grèves continuent à covoiturer avec Klaxit aujourd’hui, y compris les jours de non grève. Ces utilisateurs ont donc trouvé avec le covoiturage une solution plus pratique pour aller travailler, avec à la clé une réduction importante de leur temps de transport. Un passager Klaxit gagne en moyenne 30 minutes sur chacun de ses trajets ! »

 

Un autre point mérite de retenir notre attention. Klaxit a finalisé en février dernier une levée de fonds de 3M d’€ dont la RATP est l’un des principaux investisseurs. Les deux entreprises laissent entendre que ce partenariat pourrait donner lieu à une offre multimodale combinant métro et covoiturage.

Malgré ces quelques pistes, l’avenir du covoiturage domicile-travail ne semble pas tracé. La grève de la SNCF sera-t-elle l’événement qui permettra à ce secteur de réellement décoller ? Les habitudes de voyage changeront-elles durablement ? Affaire à suivre.