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La location de voiture entre particuliers, nouveau modèle économique ou simple feu de paille ?

A l’instar de ce qui a pu avoir lieu sur le marché hôtelier ou des services de transport de personnes, le marché de la location automobile semble être à l’orée de bouleversements majeurs. En effet, certains sites proposent depuis quelques années déjà à tout un chacun de mettre en location sa voiture personnelle comme on peut le faire avec son logement sur Airbnb.

Dans cette catégorie, des acteurs tels que Ouicar ou Drivy font l’actualité grâce à des rachats par des grands groupes français ou par des levées de fond impressionnantes.

Mais qu’en est-il réellement du marché et de ses  perspectives d’avenir ? Comment ces nouveaux acteurs se démarquent des entreprises déjà en place ?

Un marché en plein boom

Encore inexistant il y a 5 ans, le segment de la location de voitures entre particuliers se développe à un rythme soutenu. Selon une enquête annuelle menée par les loueurs classiques, cette activité a représenté 3 % du total des locations en 2015, contre 1 % l’année précédente (en volume de location), et 5 % des détenteurs de permis y ont déjà eu recours.

La recette est la même que les grands acteurs de l’économie du partage (Airbnb, BlablaCar …) : proposer un service à prix cassé (30% moins cher que les loueurs traditionnels) grâce au partage entre particuliers. Pour se rémunérer, l’entreprise prélève une commission sur chaque réservation (environ 15%). Mais ce n’est pas le seul argument de ces jeunes pousses, un des autres moteurs de leur développement est la proximité. Grâce à elles, des particuliers peuvent désormais accéder à un véhicule de location dans les petites agglomérations, ce qui n’était jusqu’à présent pas le cas, faute d’agence de loueurs.

En France, le marché est partagé entre plusieurs start-ups qui ont séduit les grands acteurs du marché :

– Drivy, leader européen du secteur avec plus de 850 000 utilisateurs (en hausse de 70% en 1 an) et 36 000 véhicules répertoriés, a réalisé la plus grosse levée de fond pour une start-up en 2016 avec 31 millions d’euros. Cet argent frais lui a permis d’absorber deux concurrents français (notamment Buzzcar) et le numéro un en Allemagne (Autonetzer). Pour se distinguer de ses concurrents, elle s’appuie sur une innovation technologique baptisée Drivy Open qui permet d’ouvrir certaines voitures à l’aide de son smartphone sans rencontrer le propriétaire du véhicule

https://youtu.be/Ih1mYby8fxI

– OuiCar a été sur le devant de la scène il y a maintenant 1 an lorsque SNCF a investi 28 millions d’euros en échange de 75% du capital. La start-up s’inscrit dans une stratégie globale de la SNCF visant à proposer à ses clients toutes les solutions de mobilité à ses clients. Elle revendique 20.000 véhicules en autopartage et 400.000 membres en France.

– Koolicar fait désormais route avec Peugeot qui a investi 18 millions d’euros pour faire partie des investisseurs de l’entreprise. Déjà partenaire du groupe MAIF depuis 2010, Koolicar compte plus de 60 000 inscrits dans 40 agglomérations françaises et met également à disposition un service de libre-service via un boitier installé dans les véhicules.

– On peut également noter l’initiative récente du groupe Europcar qui a racheté Bluemove, leader sur le marché espagnol de l’autopartage entre particuliers. Ce rachat traduit l’ambition d’Europcar de devenir la référence de la mobilité urbaine via sa nouvelle plateforme Ubeequo. Celle-ci agrège des services de VTC, location de voiture en agence et entre particulier.

Qui sont les adeptes de ces nouveaux services?

D’après une enquête menée par le Centre National des Professions de l’Automobile (CNPA), les utilisateurs de la location entre particuliers sont jeunes (44 % ont moins de 35 ans), moins souvent dans la vie active que les clients des agences traditionnelles (70 % contre 83 %), et moins argentés : 47 % font partie des catégories socio-professionnelles supérieures, soit 10 points de moins que ceux qui ont recours à la location traditionnelle.

Un marché jeune déjà confronté à plusieurs freins

Mais ce marché qui semble si prometteur et sur lequel les entreprises historiques investissent beaucoup n’est pour l’instant pas si fleurissant et déjà quelques freins apparaissent.

Selon une étude d’étudiants de l’Ensae à partir des données publiques des principaux acteurs du secteur, la location d’un véhicule entre particuliers est un faux bon plan. L’étude montre qu’un véhicule sur deux n’a jamais été loué et 47% des véhicules proposés rapportent 350 euros par mois (soit le coût moyen d’un véhicule que l’on possède). Au final, seul 2% des véhicules présents sur ces sites permettent à leur propriétaire d’obtenir un complément de revenu.


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Une des autres menaces pesant sur le secteur est légale. Comme Airbnb ou Uber, ces start-up vont devoir rapidement s’harmoniser sur les pratiques des historiques du secteur en matière de fiscalité et de TVA si elles ne souhaitent pas se lancer dans des batailles judiciaires couteuse en argent et en temps.

En bref, ce marché est toujours en mutation. Des acteurs de référence se sont imposés et des liens se nouent avec les leaders du marché (Europcar, SNCF et Peugeot par exemple)  qui n’ont aucune envie de regretter un choix d’investissement qui pourrait s’avérer payant. Des campagnes de communication importante ont lieu en ce moment pour faire connaitre le service au maximum. Une fois les vacances d’été passées, il sera intéressant de voir si les investissements consentis commencent déjà à porter leur fruit, mais cela ne sera surement qu’une question de temps.

Edouard LONG

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