L’autopartage (à ne pas confondre avec le covoiturage) se développe rapidement chez les particuliers. Ce marché est promis à un bel avenir sur notre continent, puisqu’une étude récente du BCG estime à 14 millions le nombre d’inscrits à un service d’autopartage en Europe à l’horizon 2021. Les constructeurs eux-mêmes commencent à s’y intéresser, à l’image de Citroën qui s’est associé à Tripndrive à Paris pour encourager les particuliers à mettre leur véhicule personnel en location, venant ainsi bousculer les acteurs « historiques » comme l’incontournable Autolib, ou encore le puissant Zipcar. Le leader mondial de l’autopartage a d’ailleurs lancé l’an dernier Zipcar Pro, afin de répondre aux besoins de mobilité des professionnels, preuve s’il en est que le segment B2B de l’autopartage a lui aussi de beaux jours devant lui.

L’autopartage en entreprise, un marché en pleine expansion

Au sein des entreprises, l’autopartage consiste à permettre aux employés d’emprunter selon leurs besoins de déplacements professionnels l’un des véhicules de la société, en ayant au préalable réservé le créneau souhaité, via par exemple l’intranet de l’entreprise ou une application dédiée. Le véhicule s’ouvre ensuite non pas au moyen d’une clé traditionnelle, mais via un badge (type RFID) distribué aux employés autorisés, ou encore par smartphone. L’autopartage vient ainsi se substituer aux voitures de services, ou bien compléter les solutions de mobilité existantes à destination des employés.

Une étude du cabinet Frost & Sullivan menée en 2014 évaluait à 1 900 la flotte de véhicules d’entreprise en autopartage en Europe à cette époque, mais prévoyait que ce chiffre s’élèverait à 84 000 d’ici 5 ans. Le nombre d’entreprises ayant recours à ce système passerait quant à lui de 200 actuellement, à 4 000 en 2020.

 Flairant le succès de ce dispositif, constructeurs et loueurs ont pratiquement tous cherché à se doter d’un tel service à destination des entreprises. Les exemples les plus frappants du côté des loueurs longue et courte durées sont Avis qui a acheté l’américain Zipcar en 2013 et l’a récemment doté d’une offre réservée aux pros, ou encore Europcar qui est entré au capital du leader B2B Ubeeqo (ex-Carbox) en 2015. Chez les constructeurs, BMW s’appuie sur sa filiale Alphabet pour proposer Alphacity sur ses modèles destinés aux pros, tandis que Nissan avait initié le mouvement avec son service Nissan car sharing. Mais des opérateurs indépendants viennent également les concurrencer sur ce créneau porteur. Ainsi le prometteur Mobility Tech Green a lancé l’an dernier une offre d’auto-partage clé en main dédiée aux TPE et PME. Pas en reste, le groupe Bolloré a quant à lui déployé son service MyCar – Autolib version entreprises – dès 2012 chez Atos.

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Les gains potentiels liés à l’autopartage séduisent les entreprises

Plébiscitées par ces différents acteurs, de grandes entreprises ont d’ores et déjà sauté le pas. Parmi les plus citées, on retrouve le Groupe Safran qui a déployé la solution Bettercar Sharing d’Ubeeqo dans 3 de ses entités, tandis qu’Orange dédie depuis quelques années déjà une partie de sa flotte automobile à l’autopartage. Engie a également lancé mi-2015 un projet pilote d’autopartage basé sur une solution développée en interne.

A la clé pour ces entreprises ? D’une part une réduction du nombre de voitures de services (jusqu’à 40% de véhicules en moins) et de fait de l’empreinte carbone (d’autant plus que les véhicules d’autopartage sont souvent électriques), mais aussi des économies hors flotte, sur les frais de taxis et de locations courte durée. Emmanuel Nedelec, DG d’Ubeeqo France et Benelux estime que “l’autopartage permet de réduire d’au moins 30 % les frais de déplacement pour un employeur”, une économie non négligeable sur ce qui est le second poste de dépense des entreprises. Mobility Green Tech estime en outre que le prix de revient kilométrique global serait divisé par deux, grâce à la rationalisation des déplacements.

Ce système peut même être un facteur de revenus pour les entreprises, puisque certaines ont choisi de proposer la location des véhicules à leur salariés les soirs et week-ends, moyennant des prix attractifs par rapport à des locations « classiques », par exemple 3 euros + 30 centimes du km le soir, 25 euros + 30 centimes du km le week-end.

Une étude menée par Zipcar en Amérique du Nord en 2014 a d’ailleurs montré que 2 utilisateurs sur 5 ont vendu ou renoncé à l’achat d’un véhicule après avoir rejoint son programme pour professionnels.

Le « tout autopartage » n’est pas encore là

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La souplesse induite par l’autopartage au sein de l’entreprise nécessite une organisation bien définie et un service utilisateur performant. La logistique associée au service (parking, personnel, bornes de recharge) induit également des contraintes et une certaine charge pour l’entreprise. Cependant, la gestion opérationnelle étant souvent externalisée avec les packs clé en main, ce frein n’est pas le principal à l’adoption de ce système.

En effet, malgré la flexibilité apportée par ce service, l’autopartage n’est pas adapté à toutes les populations de l’entreprise. En particulier, les commerciaux ou salariés itinérants effectuant des déplacements multiples au quotidien peuvent difficilement se passer d’un véhicule leur étant dédié. D’autre part, la suppression du véhicule dédié est vécu par certains comme une disparition d’un avantage en nature souvent plébiscité au sein des entreprises.

Si pour l’heure le véhicule de fonction perd du terrain mais ne cède pas, l’arrivée des véhicules autonomes devrait doper encore davantage l’activité d’autopartage, assénant probablement un coup fatal à la possession d’un véhicule personnel.