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Campagne présidentielle 2022 : les grands thèmes Transport des candidats débattus au club VRT

La campagne présidentielle se termine et il s’en fallait de peu pour que le sujet des transports, longtemps occulté des débats, ne fasse irruption. La guerre à l’Est de l’Europe a généré une crise dans la crise : zones aériennes désertées, envol du prix des carburants, pénuries de composants pour la voiture électrique… comme avec la crise COVID, ou même à l’époque du choc pétrolier de 1973, la perturbation des transports impacte très concrètement le cœur du fonctionnement de la société et du quotidien des français.

Les candidats à l’élection présidentielle n’en sont pas en reste : certains proposent de nombreuses mesures dans ce domaine. Leurs porte-paroles Transport étaient présents au club VRT du 15 mars 2022 auquel nous avons participé.

Les porte-paroles suivants étaient présents :

  • Jacques Baudrier (Fabien Roussel – PCF)
  • Paulin Dementhon (Emmanuel Macron – LREM)
  • Vincent Dubail (Yannick Jadot – EELV)
  • Nicolas Mayer-Rossignol (Anne Hidalgo – PS)
  • Emilie Marche (Jean-Luc Mélenchon – LFI)
  • François Durovray (Valérie Pécresse – LR)
  • par vidéo – Franck Briffaut (Marine le Pen – RN)

Les candidats suivants n’étaient pas représentés : Eric Zemmour (REC), Jean Lassalle (RES), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Nathalie Arthaud (LO), Philippe Poutou (NPA). Leurs propositions n’ont ainsi pas été traitées dans cet article. Cette publication reflète une teneur générale de la rencontre et n’a pas vocation à être exhaustive.

Nous vous proposons ainsi de revenir sur les principaux enseignements que nous retenons de cette rencontre. Sans revenir en détail sur toutes les mesures, nous avons distingué deux grands axes : 1) Le dénominateur commun des émissions carbone ; 2) L’Etat et le rôle des territoires dans l’offre de transport.

1. Le dénominateur commun des émissions carbone

Un objectif quasi unanimement partagé préfigure de nombreuses propositions : décarboner la mobilité. Le mot a de nombreuses fois été prononcé, en partant notamment de l’usage de la voiture.

C’est la manière de mener cette décarbonation qui diffère selon les candidats : encourager les français à convertir leur voiture thermique en électrique, à utiliser des modes alternatifs plus « légers », vélo en tête, mais aussi en développant le train ou tout simplement en limitant les déplacements (« démobilité« ).

Au-delà des solutions, beaucoup de mesures incitatives/désincitatives ont été esquissées :

  • Pénaliser les émissions carbonées : zones à faibles émissions (ZFE – généralisées aux métropoles depuis la Loi d’Orientation des Mobilités), zones à trafic limité (ZTL – en préparation à Paris pour limiter la circulation des véhicules non-résidents), taxes multiples (kérosène, carbone, poids des véhicules, etc.).
  • Encourager l’usage des nouvelles mobilités, dans la continuité des mesures actuelles : coup de pouce vélo, prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule électrique, développement des réseaux de bornes de recharge pour véhicules électriques, développement des pistes cyclables, etc.

La question des énergies alternatives utilisées pour nos déplacements était alors incontournable :

  • L’électrique fait globalement consensus pour (avec ou sans nucléaire)
  • L’hydrogène est encore peu plébiscité par les candidats à court terme : les porte-paroles ont souligné l’intérêt de développer la recherche pour bénéficier réellement d’une énergie décarbonée et respectueuse de l’environnement de bout-en-bout. Un cas d’usage a été soutenu : le remplacement des locomotives diesel.
  • Les carburants de synthèse ont également été cités : ils peuvent permettre d’utiliser une énergie décarbonée dans des moteurs thermiques et ainsi éviter le remplacement complet d’un véhicule. Reste le sujet du passage à l’échelle et des externalités sur l’environnement (sur l’agriculture par exemple).

Exemples de mesures :

  • Prime à la conversion de 10 000€ pour l’achat d’un véhicule électrique (Fabien Roussel – PCF)
  • 1 million de bornes de recharge pour véhicules électriques (Anne Hidalgo – PS)
  • Un ticket liberté climat de 50€ à 100€ par mois pour que les jeunes puissent se déplacer en illimité (Yannick Jadot – EELV)
  • Atteindre 100 000 km de pistes cyclables (Fabien Roussel – PCF)
  • Taxe kérosène (Jean-Luc Mélenchon – LFI)
  • Taxe carbone aux frontières de l’Europe (portée par Emmanuel Macron suite à la Convention Citoyenne sur le Climat)

2. L’Etat et le rôle des territoires dans l’offre de transport

Les débats sont revenus – entre autres – sur 2 lois importantes du quinquennat : la Loi d’Orientation des Mobilités « LOM » et le Nouveau Pacte Ferroviaire (transformation de la SNCF et ouverture à la concurrence).

Concernant l’application de la LOM, dont l’objectif était de favoriser la mobilité du quotidien, grâce à l’avènement des Autorités Organisatrices de la Mobilité au sein de collectivités (élargissement des compétences des anciennes AOT), plusieurs points ont été soulevés :

  • L’évolution en AOM a fait ressortir des difficultés de mise en œuvre concrète selon les territoires, à fois au niveau technique et économique
  • La continuité des aménagements et l’intermodalité restent des chantiers importants à développer. Plusieurs candidats s’interrogent alors sur la mise en place d’un pass transport national pour circuler facilement dans tout le pays, du centre-ville aux zones rurales.
  • Les nouvelles mobilités doivent être davantage développées, avec en premier lieu une augmentation de la part modale du vélo (jusqu’à un ambitieux 15% promis par le candidat écologiste à horizon 2030 – contre 3% aujourd’hui)

Dans le sillon du sujet du Nouveau Pacte Ferroviaire, les porte-paroles ont souligné la nécessité d’avoir plus de transports :

  • Augmenter la fréquence, voire doubler le nombre de trains pour certains, embaucher davantage de personnel, développer les Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) permettant de s’adapter à son environnement et à forte capacité d’affluence, en fonction des territoires.
  • Le sujet de l’ouverture à la concurrence n’est pas dogmatique : la candidate du Rassemblement National est majoritairement pour, quant aux avis sur de nouveaux opérateurs comme RailCoop (voir notre focus récent sur cet opérateur), ils divergent au sein de la gauche. Certains y voient un bénéfice en matière de maillage territorial, d’autres y voient une baisse de la qualité de service.

Enfin, le financement des mesures en faveur des transports et des mobilités reste évidemment un sujet épineux, à imbriquer intelligemment entre l’Etat et les collectivités : certains candidats proposent des solutions inspirées de ce qui a déjà pu être fait : par exemple pour le Grand Paris Express en Ile-de-France appliquant des taxes dans les zones de bureaux, payées par les entreprises. D’autres préconisent des économies d’échelle via les AOM en mutualisant leurs investissements, ou encore à travers des crédits d’impôt ciblés.

Exemples de mesures :

  • Mutualiser les actions de certaines AOM en élargissant leur périmètre géographique (Valérie Pécresse – LR)
  • Garantir 1 train par heure minimum dans les zones peu denses (Yannick Jadot – EELV)
  • TER Roussel – remboursement à 100% des trajets domicile-travail en TER (Fabien Roussel – PCF)
  • Baisser la TVA des transports à 5,5% (Anne Hidalgo – PS)
  • Bénéficier de transports en commun gratuits avec un billet grande ligne SNCF (Jean-Luc Mélenchon – LFI)

Compagnon malheureux des crises climatiques, énergétiques, sanitaires ou diplomatiques, le sujet des transports sera longtemps resté en retrait de la campagne. Le club VRT aura permis de faire entendre les orientations et les différences entre les candidats sur ce thème pourtant incontournable, faisant ressortir des problématiques profondes en termes de politique sociale, économique et écologique : vous pouvez retrouver le contenu complet du club VRT du 15/03 ici (textes, photos, vidéos)

Thomas VERSTREPEN

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