Lorsque l’on entend « mobilité collaborative », on pense immédiatement à la génération Y, ces millenials ultra-connectés qui louent leurs voitures à des particuliers et préfèrent le covoiturage au train. Et en effet, chez Blablacar les moins de 25 ans représentent 27% des membres, tandis que les plus de 55 ans ne comptent que pour 5% des inscrits. Cependant, depuis 5 ans, c’est cette dernière catégorie qui connait la croissance la plus rapide parmi les membres, tendant ainsi à montrer que le covoiturage, et par extension la mobilité collaborative, n’est plus l’apanage des étudiants.

Les déplacements des seniors ont augmenté ces dernières années

La mobilité des seniors, aussi appelée silver mobility, est un enjeu fort pour les transporteurs. En effet, les plus de 60 ans sont augarejourd’hui 15 millions, et ils représenteront près d’un tiers de la population française en 2050, soit un marché conséquent. De plus, contrairement aux idées reçues, les seniors continuent à se déplacer régulièrement. Ainsi, chez les seniors de moins de 75 ans en Ile-de-France, le temps quotidien de déplacement est de 86 minutes, avec près de 4 déplacements par jour, et cette tendance est à la hausse depuis 10 ans. TNS Sofres nous apprend par ailleurs qu’une personne de 70 ans et plus sur deux a effectué un trajet de plus de 100 km (2011).

Parmi les moyens de locomotion les plus plébiscités par nos aînés, on retrouve notamment le bus, mais surtout la voiture : 6 seniors sur 10 conduisent, dont 91% au moins une fois par semaine.

Ces chiffres ont de quoi attiser l’appétit des entreprises de mobilité, qui voient là un nouveau marché à conquérir après s’être mis les jeunes dans la poche. Tout d’abord, la Caisse des Dépôts (CDC) a expérimenté des offres de mobilité collaborative à destination des seniors résidant en EHPA (établissements d’hébergement pour personnes âgées). Ainsi, sa filiale Transdev met à disposition un système de transport au départ des EHPA et avec des destinations pré-définies (marché, thalasso…). Chaque navette ne part que si au moins 3 seniors se sont inscrits au plus tard la veille au soir. D’autre part, la start-up Automobilité en partenariat avec la CDC met à disposition des résidents de chaque EHPA de l’expérimentation un système d’autopartage via les véhicules électriques Zoé.

Ensuite, d’autres acteurs s’intéressent également à cette problématique. Le pôle Mov’eo, très actif dans la silver économie, cherche notamment à faire émerger des réseaux de covoiturage entre les seniors et les aidants.

La connectivité, un point à améliorer pour permettre l’accès des seniors à la mobilité collaborative

Malgré ces innovations émergentes, certains freins subsistent à l’intégration des seniors dans la mobilité collaborative. Le premier est l’accès de cette catégorie de la population à Internet et aux technologies mobiles. En effet, si 56% des 65 ans et plus surfent régulièrement sur Internet, cela reste faible par rapport à la moyenne des autres tranches d’âge (88%). En outre, bien que 89% de seniors soient équipés d’un téléphone portable, seuls 39% d’entre eux possèdent un smartphone. Enfin, 51% des personnes âgées sont réticentes à entrer leurs données personnelles sur des sites web, un chiffre élevé quand on sait que les services de mobilité collaborative requièrent ce type d’informations.

D’autre part, bien que les seniors se déplacent, les plus âgés d’entre eux restent très sédentaires, et leurs déplacements les plus fréquents restent cantonnés à un périmètres de 500 mètres autour de leur domicile. Cependant, cette proximité s’explique sans doute par un système de transports en commun pas toujours adapté à leurs difficultés physiques.hands-walking-stick-elderly-old-person

 

À l’image de la silver économie qui crée de nouvelles opportunités économiques, la mobilité des seniors pourrait connaître également un bond, avec de plus en plus d’entreprises qui développent des offres de transport à destination de cette cible. Gageons que la mobilité collaborative ne tardera pas non plus à s’emparer de ce marché !