TransportShaker

Le blog Transport des consultants de Wavestone

Quelle place sur la voirie pour les mobilités actives ?

Depuis quelques années, pistes cyclables et vélos en libre-service fleurissent dans les villes françaises. Mais si le vélo est aujourd’hui accepté comme un mode de transport à part entière, d’autres mobilités actives de type rollers, skates ou trottinettes peinent encore à trouver leur place sur la voirie. Véritables moyens de transport ou objets de loisir, ces derniers sont en forte croissance mais demeurent encore très peu encadrés par la législation.

De nouveaux aménagements pour les mobilités actives qui se limitent encore trop aux vélos

Ces dernières années ont été marquées par la montée en puissance d’une volonté de développement durable des agglomérations. De nombreuses villes françaises comme Strasbourg ou Grenoble ont ainsi redoublé d’efforts pour diminuer l’utilisation de la voiture individuelle, au profit de moyens de déplacement plus écologiques et durables. Cet effort est caractérisé d’une part par le développement des transports en commun, mais aussi par le réaménagement des espaces publics pour favoriser l’utilisation de mobilités actives comme le vélo. Plusieurs espaces parisiens comme la place de la République sont ainsi en phase de réaménagement pour accorder plus d’espaces aux piétons et faciliter les circulations douces.

photo 1Par ailleurs, le développement de pistes cyclables et de systèmes de vélos en libre-service dans beaucoup de villes françaises a permis à l’hexagone de rattraper son léger retard face à ses voisins européens comme l’Allemagne ou la Belgique en termes de développement des aménagements pour cyclistes. Par ailleurs, de nouvelles infrastructures urbaines réservées aux modes de transport doux ont vu le jour, à l’instar du tunnel d’1,8 kilomètres de long construit à Lyon, exclusivement réservés aux bus, vélos et piétons. Le vélo s’impose ainsi désormais comme une véritable alternative à d’autres moyens de transport à l’échelle urbaine, avec des infrastructures aménagées pour faciliter sa circulation.

Toutefois, ces nombreux aménagements sont encore majoritairement réservés aux déplacements en vélo, et restent peu accessibles aux autres formes de mobilités actives comme le roller, le skate ou la trottinette, ne pouvant circuler que sur des routes lisses et entretenues.

Pourtant, ces déplacements actifs présentent bien des avantages. Légers et portables, ils se combinent facilement aux autres modes de transports en commun, permettant aux usagers un transport jusqu’au dernier kilomètre. Un point très positif alors que la tendance est à la multimodalité, comme mis en avant lors du dernier Plan d’Actions pour les Mobilités Actives (PAMA) en 2016. Par ailleurs, ils sont moins couteux (environ 100€ pour une trottinette contre 350 € pour un VTT) et peuvent aisément être stockés aussi bien dans un studio que dans un bureau.

Une législation encore très vague pour encadrer ces nouvelles mobilités actives

photo 2Si beaucoup utilisent déjà roller, skate ou trottinette pour se déplacer au quotidien, les services de l’État ne considèrent pas ces mobilités comme étant des moyens de transport à part entière. En effet, pour ceux-ci comme pour le code de la route, les utilisateurs de ces mobilités sont aujourd’hui encore des « piétons sur roues ». Pour Jean-Marc Ayrault, « Aucun texte spécifique national ne réglemente spécifiquement la circulation des engins à roulettes (rollers, trottinettes, skateboards, planches ou patins à roulettes). Cette activité n’est pas assimilée à un moyen de transport, mais à un jeu, y compris si les engins à roulettes sont mus par l’énergie électrique. » Les utilisateurs sont ainsi tenus de circuler sur les trottoirs, comme tout piéton le ferait, et ne sont pas autorisés à circuler sur la chaussée, les pistes cyclables ou les voies de bus.

Par ailleurs, ce flou juridique suppose également une capacité limitée à imposer des sanctions à ces usagers. Ainsi, en de-là des dispositions relatives aux piétons, aucune disposition n’existe pour verbaliser un usager en skateboard qui serait en infraction. Si le PAMA de 2014 était censé apporter une définition claire pour ces nouvelles mobilités, aucun consensus n’a pour l’instant abouti, laissant ces mobilités sans statut approprié à leurs spécificités particulières.

Les espaces de circulations restants pour les utilisateurs de ces mobilités sont alors limités. Circuler sur les trottoirs n’est clairement optimal pour ces usagers, qui sont alors contraints de rouler à des vitesses limitées pour ne pas porter danger aux autres piétons. Et même en bravant les lois pour circuler sur les routes, les autres véhicules leur restent souvent hostiles, et les infrastructures sont souvent mal aménagées pour leur permettre de se déplacer facilement.

 

Si les besoins de tous les usagers de la voirie doivent être pris en compte, les particularités de chacune des mobilités y circulant aussi. Créer un statut particulier pour les mobilités actives que sont le roller, le skate et la trottinette semble plus à même de répondre aux besoins de tous, que de tenter de les assimiler à d’autres modes de transport comme le vélo, ou de les traiter comme des piétons. Ces mobilités sont encore très controversées dans la majeure partie des villes mondiales, mais certaines comme Portland ou San Diego aux États-Unis les reconnaissent déjà comme modes de transport à part entière, et des infrastructures dédiées ont été mises en place pour faciliter leur circulation. L’acceptation de ces mobilités semble être un premier pas vers la création d’infrastructures et de législations adaptées, pour peut-être en faire demain un mode de transport de choix pour les courtes distances urbaines. En attendant, ces mobilités cherchent toujours leur place sur la voirie française…

Chloé Laganier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.