Évoquer le harcèlement dans l’espace public n’est pas aisé. Les documents et vidéos qui existent sur le sujet sur internet révèlent un phénomène de forte ampleur, relativement tabou et ce quel que soit le pays. Les transports en commun ne sont pas en reste et sont concernés par ce phénomène. En France 100% des utilisatrices des transports en commun déclarent avoir été victimes de harcèlement au moins une fois dans leur vie (selon les résultats des consultations menées par le HCEfh en mars 2015).

Qu’est-ce que le harcèlement dans l’espace public ? Quel état des lieux des initiatives pour la lutte contre ce phénomène en France ? Quelles sont les initiatives par ailleurs ?

Le harcèlement dans l’espace public selon le HCEfh

Le haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) définit le phénomène de harcèlement sexiste et des violences sexuelles dans l’espace public “comme étant des manifestations du sexisme qui affectent le droit à la sécurité et limitent l’occupation de l’espace public par les femmes et leurs déplacements en son sein”.

La harcèlement “se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement, à raison du sexe, de l’orientation ou de l’identité sexuelle supposée ou réelle d’une personne, qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offensante portant ainsi atteinte à la dignité de la personne. Le harcèlement sexiste peut prendre des formes diverses comme des sifflements ou des commentaires sur le physique, non punis par la loi, ou des injures, punies par la loi”.

L’état des lieux des initiatives pour lutter contre le harcèlement dans les transports publics en France

Des chiffres très éloquents ont été communiqués par le HCEfh sur ce phénomène en France : 2/3 des utilisateurs des transports publics en commun sont des femmes et 2/3 des victimes d’injures et insultes sont des femmes, tout comme l’écrasante majorité des victimes de violences sexuelles. Dans 50% des cas d’agression, ce sont des jeunes filles de moins de 18 ans qui sont concernées. Les violences sont commises plutôt dans la journée (entre 08h et 20h).

Le HCEfh a proposé un plan d’action en trois orientations pour lutter contre le harcèlement dans les transports.

La 1ère orientation consiste à définir et mesurer le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans l’espace public, en particulier dans les transports en commun.

La 2ème orientation propose d’agir au niveau des opérateurs de transports en actionnant quatre leviers : le premier levier consiste à  adapter et faire connaître les systèmes d’alerte (d’urgence et a posteriori) : à titre d’exemple, il a été proposé de généraliser le 3117 (numéro d’alerte de la SNCF) sur l’ensemble des réseaux de transports, en le complétant de la possibilité d’envoyer un sms et de télécharger une application. Le deuxième levier suggère d’outiller les professionnels pour réagir aux situations de harcèlement et orienter les victimes, dans ce cas, des modules de formation spécifiques seront dispensés aux professionnels. Le troisième levier préconise d’innover dans l’organisation des transports (arrêts à la demande, amplitude horaire, adaptation à la fréquentation des transports, etc.) et à expérimenter le programme « Entre deux arrêts » proposé aujourd’hui au Canada. Et enfin, un quatrième levier visant à réduire l’exposition de toutes et tous à des publicités sexistes (slogans et images).

Enfin, la 3ème orientation propose d’agir au niveau des pouvoirs publics afin de faire mieux connaitre, reconnaître et reculer le phénomène à travers des campagnes de sensibilisation nationales, une meilleure application de la loi, une intégration de cette lutte dans les politiques publiques…

Par ailleurs, des initiatives de la société civile ont été mises en place pour lutter contre le harcèlement de rue (et dans les transports). “Stop harcèlement de rue” a lancé plusieurs campagnes pour sensibiliser le public dont une campagne “anti-relou” dans le métro parisien et même une application (“hé”) qui simule le harcèlement de rue :

Les initiatives pour lutter contre le harcèlement dans l’espace public dans d’autres pays

Si vous avez eu l’occasion de voir le film de Mohamed Diab “Les femmes du bus 678”, vous comprenez bien qu’en Egypte, ce phénomène est largement répandu. “Harassmap” est une ONG qui a été créée pour proposer des actions concrètes pour lutter contre le harcèlement. Elle propose notamment de répertorier les actes de harcèlement à travers le signalement de ces actes sur leur site. Voici un exemple de carte répertoriant les agressions signalées sur l’ensemble du territoire :

harassmap

En Inde, au Liban ou encore aux États-Unis, plusieurs initiatives ont été mises en place à la fois pour sensibiliser le public et pour inciter les gouvernements à prendre des actions. Un certain nombre de documentaires sur le sujet sont disponibles sur ce site : http://www.stopstreetharassment.org/resources/video/

En France, un groupe de travail qui réunit le ministère de l’Intérieur, le secrétariat d’Etat chargé des Droits des femmes, le secrétariat d’Etat chargé des Transports, les opérateurs de transports ainsi que les représentants des autorités organisatrices des transports a été lancé fin 2014 et rendra ces conclusions pour la lutte contre le harcèlement à la fin du semestre 2015.