La connectivité à bord (ou InFlight Connectivity) serait un des nouveaux arguments des compagnies aériennes pour répondre aux nouvelles attentes des passagers liés aux évolutions technologiques. Selon une étude réalisée en 2018 auprès des passagers, 84% des personnes interrogées seraient tentées de réserver à nouveau auprès d’une compagnie proposant un service de connectivité à bord. C’est un service que les passagers sont susceptibles d’apprécier durant leur vol et éliminant ainsi l’un des derniers lieux où Internet n’avait pas encore fait son entrée.

De son côté, la compagnie Air France s’est engagée à équiper la totalité de sa flotte de systèmes de connectivité d’ici 2020. Le temps pour elle d’adapter l’ensemble de ses appareils déjà en service avec un investissement à hauteur de 90 millions d’euros. Aujourd’hui sur l’ensemble des compagnies aériennes, 7 400 appareils sont équipés d’un dispositif de connectivité soit environ 30% de la flotte mondiale. Si la prolifération de la connectivité a timidement commencé, le cabinet Euroconsult a tout de même noté une accélération de son développement ces dernières années notamment auprès des compagnies indiennes et chinoises.

De nouvelles sources de revenus pour les compagnies aériennes

Le développement de la connectivité à bord donne la possibilité d’augmenter les revenus annexes des compagnies. En effet, une étude publiée par la London School of Economics (LSE) identifie quatre sources de revenus.

Pour Alexander Grous, professeur au département Media et Communication de la LSE, les revenus issus du paiement des passagers pour l’accès à la connectivité est aujourd’hui la forme la plus répandue. Effectivement, rare sont les compagnies aériennes proposant ce service à leurs passagers gratuitement. La majorité exige en effet un paiement lié à la prise en charge des frais liés à l’utilisation du réseau. Même si toutefois, plusieurs compagnies proposent ce service sur la base du modèle Freemium en permettant ainsi aux passagers de tester gratuitement la connexion.

Si les forfaits reposant sur un volume limité de Data sont jugés peu pratiques et chers, certaines compagnies comme Air France, Lufthansa et Eurowings, proposent ce service selon l’utilisation choisit par le passager. Ainsi, sur les vols Air France qui en sont équipés, les passagers peuvent utiliser gratuitement la connectivité pour échanger des messages via les services de messagerie instantanée (Messenger, WhatsApp, iMessage, Skype…). En revanche, pour les options utilisant beaucoup de data comme le streaming, le service est payant et peut coûter jusqu’à 30€.

Sources : Sites compagnies

Pour les voyageurs les plus réguliers, certaines compagnies comme American Airlines, proposent déjà des abonnements mensuels permettant ainsi aux voyageurs de profiter d’un service de connectivité au meilleur prix. La connectivité à bord est sans doute un élément clé permettant aux compagnies de se différencier de leurs concurrents notamment pour les voyageurs d’affaires.

Toujours selon l’étude de la LSE, d’ici 2035, les revenus issus du e-commerce à bord pourraient atteindre 6,8 milliards de dollars alors qu’ils ne représentent que 36 millions aujourd’hui. Les revenus tirés de la publicité en vol devraient eux aussi considérablement augmenter, passant de 26 millions à 6 milliards en 2035. En effet, avec les achats de contenu de divertissement premium, la somme des revenus issus de l’augmentation de la connectivité à bord porterait le bénéfice net par passager à 21$ en 2035 au lieu de 17$ à l’heure actuelle, soit une augmentation de 24%.

 

Les différents fournisseurs et les chiffres du marché

Pour équiper un appareil d’un système de connectivité, une compagnie doit investir jusqu’à 300 000 dollars par appareil en fonction de la technologie employée. Plusieurs acteurs se partagent ce marché afin d’équiper les compagnies. Certains d’entre eux ont déjà fait leurs preuves sur le marché des systèmes de divertissements à bord (InFlight Entertainment) comme Panasonic et Global Eagle. GoGo est le leader du marché. L’entreprise fournit au total 16 compagnies aériennes dont American Airlines, British Airways et Japan Airlines.

Part de marché mondial des fournisseurs de connectivité des avions commerciaux en 2016

 

Les technologies employées et la qualité du réseau

Différentes technologies sont employées pour permettre de connecter un avion à Internet. La première technique se nomme DA2GC (Direct Air-To Ground Communication). Elle se base sur un réseau d’antennes téléphoniques disposées au sol et permettant aux avions de recevoir le signal de ces dernières. La seconde technique, MSS (Mobile Satellite Service) se base sur un réseau satellitaire. Les niveaux de latence et de perte de données sont moins élevés avec un dispositif Direct Air-To Ground Communication (latence : 200 ms | perte : 3,3%) qu’avec un réseau satellitaire Mobile Satellite Service (latence : 750 ms | perte : 6%).

Fournir Internet à des appareils en vol, à une altitude de 9 000 km et ayant une vitesse moyenne de 800 km/h est un réel défi à relever. C’est pourquoi les différents acteurs du marché s’activent afin d’améliorer la qualité de la connexion avec le développement de nouvelles technologies.

Ainsi, les nouvelles antennes de GoGo nommées 2Ku, devraient permettre de multiplier par deux la vitesse de connexion par satellite grâce à un système de double antenne.

Même si la totalité de sa flotte n’est pas entièrement équipée de système de connectivité, la compagnie Air France teste déjà la technologie Light Fidelity (ou Li-Fi) qui pourrait être employée à bord des avions et remplacer le Wi-Fi à terme. Cette technologie permettra notamment d’augmenter la vitesse de connexion (100 fois supérieure au Wi-Fi classique) et la sécurité dans les échanges de données, en plus de réduire le poids de l’avion. Faisant ainsi d’Air France l’une des compagnies pionnières du Li-Fi dans les airs.

Pour conclure, la connectivité ne doit pas être vue comme une finalité mais bien comme une étape transitoire vers de nouvelles opportunités économiques pour les compagnies et des défis technologiques pour les fournisseurs de connectivité.