Transport Shaker a trois ans ! Trois années passées à décortiquer les actualités et les grands bouleversements d’un secteur dynamique, en pleine révolution depuis notre premier article qui analysait (souvenons-nous !) la guerre entre taxis et VTC.

Nous saisissons l’occasion pour regarder vers le futur. Guillaume Durand, Partner Transport chez Wavestone, a accepté de répondre à quelques questions sur les perspectives du transport sur les prochaines années.

Tout d’abord, quels sont pour vous les événements marquants pour le secteur transport sur les trois dernières années ?

Sur les trois dernières années, le secteur transport a été marqué par plusieurs mouvements de fond qui ont redistribué les cartes entre ses différents acteurs. Je citerai en premier lieu le développement des modes de transport alternatifs comme le covoiturage ou l’autopartage, le foisonnement de start-ups autour des nouvelles mobilités et le développement du transport low-cost avec entre autres l’ouverture à la concurrence les trajets longue distance en autocar au travers de la loi Macron en 2015. Ces nouveaux entrants dans le paysage de la mobilité ont conduit à une resegmentation des offres avec par exemple Air France qui lance une offre dédiée aux millenials (Joon), ou Ouigo qui se donne l’ambition d’occuper 25% du marché de la longue distance en 2020 en complément d’une nouvelle gamme TGV inOUI à plus forte valeur ajoutée. Les offres se sont spécialisées et précisées pour s’adapter aux différentes populations et besoins de voyage.

Dans le même temps, les acteurs du transport tendent à diversifier leur porte-feuille d’offre, afin de capter le client au plus tôt et d’être en capacité de gérer l’expérience voyageur de bout en bout. C’est par exemple le cas de la SNCF qui se positionne désormais en opérateur de toutes les mobilités et propose des services avant, pendant et après le voyage. Ce nouveau positionnement reflète un contexte concurrentiel accru entre les différents modes de transport ; l’enjeu des opérateurs consiste à proposer des services différenciants, en se démarquant de cette concurrence grandissante, que ce soit celle des autres transporteurs ou bien celle des géants de l’internet proposant chaque jour de nouveaux services digitaux, rendus possibles par l’essor du mobile et de l’open data. La question clé est de savoir qui va devenir le compagnon de voyage privilégié de l’utilisateur : son application de réservation ? l’application de son (ou ses…) transporteur(s) ? le site de sa ville ou de son aéroport ? Google Maps+Trips ? Cette consolidation ne s’est pas encore complètement opérée, chaque acteur cherche évidemment à avoir une place de choix dans ce paysage. Le mouvement récent de Voyages-SNCF.com vers Oui.sncf en est une excellente illustration.

Dans le même temps, les opérateurs de transport ont dû faire face ces dernières années à des enjeux majeurs de modernisation de leurs infrastructures – en témoignent les incidents récents de SNCF à la gare Montparnasse – et de fiabilisation de la sécurité des voyageurs, tant en termes de sécurité des circulations que de maîtrise du risque terroriste malheureusement décuplé ces dernières années. Le tout en diminuant les dépenses !

Enfin, le quotidien des agents et salariés s’est trouvé bouleversé par l’arrivée du digital dans toutes les entités. Chez nos clients, la majorité des populations dites « col bleu » sont désormais équipées de smartphones ou de tablettes leur permettant de proposer de nouveaux services, ou d’améliorer les processus métier au quotidien.

 Quels sont les mouvements de fond auxquels nous devrions assister dans les prochaines années ?

Sur des échéances courtes, on va voir arriver la dématérialisation complète de la billettique en Ile de France, avec les projets en cours pour mettre en place des titres de transport directement via smartphone ou carte bleue grâce aux technologies sans contact.

Du point de vue de la maintenance et de la gestion des infrastructures, nous en sommes arrivés à un point où le niveau de maturité sur les objets connectés et leur potentiel permet d’avoir des premiers retours d’expérience intéressants pour envisager une industrialisation à une assez large échelle. L’IoT appliqué au transport a permis de beaucoup gagner en acuité ces dernières années. Combinées aux avancées de l’intelligence artificielle, ces technologies permettront une meilleure maîtrise des coûts de maintenance et une plus grande efficacité opérationnelle.

Dans le secteur ferroviaire, l’ouverture à la concurrence sur les transports régionaux et la longue distance conduira sans doute à l’arrivée de nouveaux acteurs sur le marché français. Sans doute assistera-t-on à une séparation plus forte entre le gestionnaire d’infrastructure, l’opérateur de transport et le gestionnaire de gares.

Dans le secteur aérien, les offres devraient continuer à se diversifier et la concurrence restera rude, en témoigne le développement des offres low-cost long courrier.

A des échéances plus éloignées (quoique !), les JO de 2024 et le Grand Paris vont fortement secouer l’écosystème des transports franciliens. Ce sont des opportunités de créer de nouvelles infrastructures tenant compte des dernières innovations. Enfin une autre révolution se profile : celle du véhicule autonome, qui viendra complètement recomposer le marché, voire plus largement la société.