Ces dernières années, de nombreuses villes ont entamé des initiatives s’inscrivant dans la démarche « Smart City ». Singapour, cité-état de plus de cinq millions d’habitants, s’est démarquée en lançant un nouveau plan de développement appelé « Smart Nation ». Ce plan, lancé en 2014, a pour ambition de répondre aux défis émergents et complexes que la ville rencontre : accroissement de la densité de la population et urbanisation massive, vieillissement de la population et transition énergétique. Pour ce faire, la National Research Foundation (NRF) de Singapour s’est associé à Dassault Systèmes afin de créer une plateforme digitale en 3D de Singapour nommée « Virtual Singapore ». Le projet devrait arriver à son terme d’ici la fin de l’année.

« Virtual Singapore », une plateforme de données en 3D

Pour vous représenter « Virtual Singapore », imaginez Google Maps encore plus tridimensionnel, plus navigable et enrichie de données. Je vous invite à regarder la vidéo de présentation ci-dessous.

Selon George Loh, directeur du Conseil d’Administration des programmes de la NRF, le projet « Virtual Singapore » se décompose en trois grandes étapes : Virtualiser, Visualiser et s’Aventurer (Virtual, Visual and Venture). Dans un premier temps, l’objectif est de virtualiser les données et les connaissances de la ville de Singapour, quels que soient leur format et leur source. Il est ensuite question de retranscrire visuellement les données virtualisées en s’appuyant sur la technologie 3D. Enfin, il s’agit d’encourager les différentes parties prenantes, citoyens, agences gouvernementales, entreprises et chercheurs à s’appuyer sur la multitude de données mises à disposition par la plateforme pour explorer de nouvelles solutions, applications et de nouveaux outils pour répondre aux enjeux de la ville.

Quelles sont les possibilités offertes par la plateforme ?

La NRF a identifié quatre actions majeures rendues possibles par le projet « Virtual Singapore » :

Explorer numériquement l’impact de l’urbanisation sur la cité-état et développer des solutions permettant d’optimiser la logistique mais aussi la gouvernance et les opérations liées à la gestion de l’environnement et aux catastrophes. Par exemple, la plateforme offrirait un accès aux flux de circulation en temps réel et proposerait des itinéraires alternatifs. Il serait également possible de géolocaliser les transports en commun et d’être informé en temps réel des horaires et retards.

Tester des concepts et des services. « Virtual Singapore » peut être utilisée comme une plateforme de test pour valider des prestations de services. S’il était question de construire un nouveau complexe sportif, le modèle 3D pourrait être sollicité pour tester son impact sur le trafic et la pollution et simuler la dispersion des foules afin d’établir des procédures d’évacuation en cas d’urgence.

Aider à la planification ou la prise de décision. « Virtual Singapore » est une plateforme intégrée pour développer des applications analytiques. Ainsi, la mise en place d’une application serait envisageable pour analyser les flux de transport et les mouvements de piétons.

Rechercher de nouvelles fonctionnalités et favoriser la collaboration au sein de la communauté. Les données de la plateforme doivent servir aux différentes partie-prenantes de source d’innovation et de développement de nouvelles technologies ou applications. Les habitants de Singapour seront eux aussi mis à contribution.

Ces opportunités touchent l’ensemble des services de la ville : les services de santé ou sociaux, les services publics, la mobilité, la sécurité publique, mais aussi la gestion des infrastructures et la planification environnementale.

 

Les points forts de cette plateforme

« Virtual Singapore » se distingue des autres initiatives de Smart Cities par sa modélisation 3D, son approche intégrée, son accessibilité et son niveau de détail.

La 3D : La technologie 3D offerte par Dassault Système est la dernière tentative et la plus sophistiquée de créer un « tableau de bord urbain », au regard de son caractère intuitif et tridimensionnel, par rapport aux autres initiatives observées.

Une approche intégrée : Singapour souhaite capitaliser sur les données existantes et les synergies possibles entre les différentes agences gouvernementales mais aussi entre les chercheurs, citoyens et entreprises pour mettre en avant les liens et les tendances pouvant exister. De plus, la plateforme intègre tous les services et industries d’une ville et a donc le mérite d’avoir une vision holistique.

Une plateforme accessible par tous : une fois lancée, les membres de la communauté auront accès à la plateforme via leur téléphone, leur ordinateur ou encore leur tablette et pourront s’en servir comme un navigateur dans la ville.

Une plateforme à plusieurs niveaux. Les données récoltées et la 3D sont à la fois à grande et petite échelle. Par exemple il est possible de zoomer sur un immeuble d’habitation pour afficher sa taille, sa consommation d’énergie, les matériaux de construction, spécifications techniques, prix unitaires, le nombre de résidents et le nombre de places de stationnement. En effectuant un zoom arrière, il est possible d’explorer les liaisons de transports en commun et les conditions de circulation.

Quels sont les freins et limites d’un tel projet ?

Le premier enjeu majeur réside dans le changement des mentalités. En effet, les questions de protection de la vie privée, confidentialité et sécurité constituent encore un frein au développement de telles plateformes. Les citoyens sont souvent réfractaires à l’ouverture des données et sensibles aux questions concernant leur protection et leur utilisation.

La législation concernant la protection des libertés individuelles ainsi que l’organisation des gouvernements (autorités locales vs. nationales / cauchemar bureaucratique) constituent un second enjeu majeur pour un tel projet. Si Singapour, avec son statut de ville-état, peut être réactive pour adapter sa législation aux nouvelles initiatives, ce n’est pas le cas des villes européennes. En effet, elles se heurtent à la lenteur des gouvernements à prendre les mesures nécessaires face à l’émergence des « Smart Cities ».

L’utilisation d’une telle plateforme sous-entend également qu’elle doit pouvoir être mise à jour en temps réel, ce qui, malgré l’inter-connectivité et les solutions actuelles est possible mais reste un défi à surmonter.

Cependant, le démarche de Singapour intrigue et fait parler d’elle. Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, s’est rendue à Singapour le 10 février dernier pour parler des enjeux de Singapour et des domaines de coopération possibles. Cette visite a notamment permis de discuter du projet “Virtual Singapore” de Dassault Systèmes.