Le monde est entré dans une ère digitale nous permettant via les outils et données disponibles aujourd’hui d’imaginer et concevoir nos villes différemment. Notre gestion de l’écosystème urbain est plus efficiente, faisant de la ville un lieu plus sûr et plus respectueux de l’environnement. La mobilité est au cœur des opportunités ouvertes par cette nouvelle ère. Dans les quatre coins du monde depuis quelques années, les gouvernements et grands groupes mettent en place des initiatives pour faciliter et encourager la mobilité urbaine. Une mobilité intelligente, qui se veut verte et de plus en plus collaborative : les villes ont vu apparaître des acteurs comme Uber ou Blablacar qui ont changé notre façon de prendre les transports.

Qu’en est-il de l’Afrique ? Quelles sont les initiatives mises en place sur ce continent qui modifient le paysage des villes et les habitudes de leurs populations ?

Transport Shaker vous propose la mise en lumière de quelques acteurs qui, par leurs actions, prouvent que les choses changent également au sein du berceau de l’humanité.

1/ Boom de l’Afrique : les grands groupes se jettent à l’eau

Selon des estimations récentes, la population urbaine de l’Afrique passera de 472 millions actuellement à environ 660 millions d’ici 2025, et à 1 milliard d’ici 2040.

Le continent est à l’aube d’une croissance sans précédent qui rend nécessaire le développement des secteurs de l’énergie, de l’agriculture, de l’urbanisme et de la mobilité urbaine. Pour ce dernier secteur en particulier, les prédictions de croissance démographique et économique du continent africain n’ont pas laissé les grands groupes mondiaux du domaine des transports indifférents.

Decision-Fotolia-81586925A titre d’exemple, Bombardier Transport, constructeur aéronautique et ferroviaire canadien, a inauguré son nouveau siège social en Afrique du Sud le 25 Août 2016. Cette inauguration fut également celle d’une usine qui produira des systèmes de propulsion destinés aux locomotives. Cet investissement démontre l’intérêt et l’engagement de Bombardier dans la modernisation du transport ferroviaire du pays.

Toujours en Afrique du Sud, Alstom a lancé la construction d’un nouveau site destiné à produire 580 trains de banlieue pour les villes sud-africaines. Il en sortira 3480 voitures sur les 10 prochaines années. Le premier train de cette commande, la plus grosse de l’histoire du constructeur, sortira fin 2017.

Plus au Nord, la filiale internationale de la RATP, RATP Dev est également très impliquée dans le développement de la mobilité dans le continent au travers de projets d’envergure dont le métro et le tramway d’Alger en Algérie ou le tramway de Casablanca au Maroc.

Autre acteur du domaine et pas des moindres, le groupe Bolloré investit massivement dans les bus électriques pour le continent. Expérimentés lors des jeux africains de 2015, les BlueBus sont officiellement mis en circulation à Brazaville depuis Septembre 2016. Ces bus 100% électriques circulent désormais dans la capitale congolaise comme dans plusieurs pays africains dont la Cote d’Ivoire et le Cameroun.

2/ Les gouvernements favorisent la mise en place d’un écosystème mobility-friendly 

Au-delà des initiatives des grands groupes internationaux, les gouvernements travaillent sur le développement d’un éco-système favorable à l’émergence de la mobilité urbaine, rapide et respectueux de l’environnement.

Référence en matière de développement vert sur le continent, le Maroc a une longueur d’avance sur les autres pays africains à l’image de l’AMEE (l’Agence Marocaine de l’Efficacité Énergétique) qui lance un projet pilote de vélos à assistance électrique dans le but d’améliorer la mobilité des citoyens.

Evènement symbolique, la première course de formule « E » (compétition de monospaces électriques) organisée en Afrique a eu lieu à Marrakech cette année. Dans la même ville et suite à la COP22, conférence internationale sur le climat, des initiatives concrètes ont été mises en place concernant la mobilité urbaine : une trentaine de bus 100% électriques servant de navettes aux participants de la conférence continuent de circuler et intègrent désormais le réseau de transport local.

Néanmoins, un enjeu majeur attend l’Afrique et ses gouvernements. Il s’agit de pallier au manque d’infrastructures pour envisager un développement pérenne de la mobilité dans le continent. Face à ce constat, des acteurs locaux ou internationaux font avancer les choses et se lancent déjà dans l’entrepreneuriat pour offrir aux populations locales une mobilité urbaine sur mesure.

3/ Les start-ups pour faire bouger les choses

Le continent a vu apparaître ces derniers mois des initiatives de mobilité qui s’inspirent de modèles apparus aux Etats-Unis et en Europe. Réserver un véhicule avec chauffeur à partir d’une application mobile est aujourd’hui chose commune. L’Uberisation de l’occident n’a pas laissé l’Afrique indifférente.

Easy Taxi, start-up lancée par Rocket Internet (fondateur de Zalando) via Africa Internet Group – aujourd’hui Jumia, première licorne africaine – se voit proposer un service similaire à Uber. La différence étant l’ancrage de Jumia en Afrique : le groupe dispose de plusieurs sociétés de e-commerce dans des domaines variés (vente en ligne, voyages, livraison de repas…) bénéficiant d’une présence sur une dizaine de pays du continent, ce qui confère à Easy Taxi une force de frappe que n’ont pas ses concurrents en termes de connaissance du consommateur africain.

Dans le même esprit, d’autres acteurs locaux se sont largement inspirés du business model du géant américain Uber, tout en y incluant des fonctionnalités spécifiques aux habitudes locales. C’est le cas de Maramoja à Nairobi au Kenya. Le problème de la sécurité urbaine étant un point clé dans tout le continent et au Kenya spécifiquement, la start-up lancée en 2015 par Jason Eisen met en avant la confiance des clients en ses chauffeurs, permettant ainsi aux utilisateurs de recommander des chauffeurs à leurs amis. C’est la première application du genre à être orientée autour d’une communauté de confiance.

Néanmoins, ces initiatives n’ont pas empêché Uber de s’implanter au Kenya, en Egypte, au Nigeria, au Maroc ou encore en Afrique du Sud.

Autre initiative à souligner, Careem, start-up basée à Dubai et spécialisée dans le transport particulier s’est rapprochée de Next Future Transportation (spécialisée dans l’élaboration de solutions de transport autonomes) pour le développement d’un service de véhicules hybrides. Des véhicules hybrides et sans chauffeur qui seront destinés au marché Nord-africain. Cela dans le but de contribuer à l’intégration des nouvelles technologies dans le quotidien des individus à travers des modes de transport en commun efficaces et écologiques.

Le changement est aujourd’hui palpable. Des gouvernements prennent des initiatives facilitant la mise en place d’un écosystème favorable au développement de la mobilité urbaine. De grands acteurs économiques investissent en masse. Et des start-ups, qu’elles soient locales ou internationales, favorisent cette mobilité en adaptant des business models qui ont fait leurs preuves ailleurs aux habitudes et pratiques africaines. La population africaine augmente, le continent se développe, favorisant une mobilité urbaine dans l’ère du temps : plus intelligente et plus respectueuse de l’environnement.