L’expérience des voyageurs est depuis longtemps la priorité des opérateurs de transport. Elle est mise en œuvre notamment via des politiques de fluidification du trafic, d’amélioration de la qualité de service, de digitalisation des solutions, de diversification et verdissement de l’offre de transport, etc. Néanmoins, la pandémie que nous vivons aujourd’hui a chamboulé les priorités d’hier.

La sécurité des passagers : le nouveau défi des opérateurs de transports

La sécurité des voyageurs est aujourd’hui LA priorité absolue. Condition sine qua non pour relancer les transports publics, elle a impliqué une multitude de changements pour les opérateurs et les voyageurs (désinfection des matériels roulants, messages de prévention sur les réseaux, équipes de propreté renforcées, espacements imposés entre les voyageurs, incitations à éviter les heures de pointe, bornes de gel hydroalcoolique, etc.). Les opérateurs, pressés par la dégradation de la situation sanitaire globale et les directives gouvernementales pour lutter contre la pandémie, ont dû adapter leur offre de transport. C’est le cas par exemple de la RATP qui a, dès les premières instructions du gouvernement, mis en œuvre un plan d’actions pour lutter contre le virus (balisage d’un siège sur deux, rappels de prévention, l’incitation à opter pour des « achats sans contact », etc.).

Pourtant, bien qu’elle ait fait chuter les niveaux de fréquentation des transports publics comme jamais auparavant (la fréquentation plafonnait à 60% de son niveau habituel en septembre 2020 dans les transports franciliens), cette crise sanitaire n’a pas empêché les opérateurs de transport d’innover. Au contraire, elle a donné un coup d’accélérateur aux transformations du secteur, au plus grand bénéfice des voyageurs. Innover, c’est précisément trouver des opportunités dans l’adversité. Alors comment les opérateurs de transport pourront-ils (hors période de confinement) faire revenir les voyageurs grâce à l’innovation ?

Le taux de remplissage en taux réel : une réponse pour éviter l’affluence

Qui n’a jamais effectué un trajet en bus ou en métro serré à ne plus pouvoir respirer alors que le véhicule d’après s’avérait à peine rempli ? Nous en rigolions hier mais cette situation n’est aujourd’hui plus envisageable.

L’information en temps réel du niveau de remplissage des véhicules (bus, métro, tramway, etc.) est devenue un critère dans la façon d’utiliser les transports publics. Nous voulions hier éviter la foule pour notre confort, nous l’évitons aujourd’hui pour notre santé et notre sécurité.

Les outils et systèmes de comptage des passagers à bord existent. Les plus répandus sont ceux utilisant des cellules compteuses avec la technologie 3D et infrarouges. Plusieurs entreprises françaises, utilisant différentes technologiques, se sont positionnées sur ce segment et offrent des systèmes de comptage indoor et outdoor (Acorel, Exatelys, Webreathe, Engie Solutions, etc.). Toutefois, la technologie de comptage automatique de personnes fait face à un enjeu : la fiabilisation des données.

Quels outils pour compter les voyageurs ?

En matière de partage du niveau d’affluence en temps réel par les voyageurs (ou crowdsourcing d’affluence voyageurs), la RATP a lancé en mai 2020 une fonctionnalité collaborative et anonyme permettant à ses voyageurs de renseigner eux-mêmes cette information dans l’application RATP. Parmi toutes les technologies disponibles en matière de comptage voyageurs, il s’agit de la plus « simple » à appliquer car elle ne nécessite aucun investissement lourd en matériels, seulement quelques lignes de codes pour développer la nouvelle fonctionnalité. Toutefois, la donnée remontée n’est pas des plus fiables car tous les voyageurs ne renseignent pas nécessairement d’informations concernant l’affluence.

Autre fonctionnalité notable utilisant le crowdsourcing, celle de Google Maps qui cherche à prédire les niveaux d’affluence via des algorithmes entraînés par les utilisateurs de l’application. Peu importe les technologies utilisées, l’intérêt grandissant des acteurs des transports publics pour le sujet démontre l’importance que revêt désormais le sujet de l’affluence avec la crise sanitaire que nous vivons.

Des expérimentations en cours en Île-de-France

Ile-de-France Mobilités mène actuellement des projets expérimentaux avec les opérateurs Keolis et Transdev afin de fournir aux voyageurs le niveau d’affluence en temps réel dans les bus. Cette fonctionnalité, prévue pour la fin de l’année 2021, devrait être intégrée dans la recherche d’itinéraire. A terme, au-delà d’informer sur le taux de remplissage, l’ambition est de développer un algorithme d’intelligence artificielle permettant, sur la base des données collectées et traitées, de prévoir le taux d’occupation sur les lignes. Cette fonctionnalité participerait notamment à l’objectif de lissage des heures de pointe que poursuit Ile-de-France Mobilités.

Focus sur le réseau de Dunkerque

DK’Bus, le nouveau réseau de bus de Dunkerque, a été lancé en 2018. Parce qu’il est alors devenu gratuit, il a immédiatement été question de mesurer les variations de fréquentation. L’enjeu était de connaitre l’impact de la gratuité et de l’instauration des nouvelles lignes de bus sur les déplacements. Dans cet objectif, 400 cellules compteuses ont été déployées dans tous les véhicules du réseau DK’Bus, enregistrant ainsi les montées et descentes de tous les voyageurs.

Ces données sont disponibles sur l’application DK’Bus, sur le site ainsi que sur les girouettes frontales et latérales de chaque véhicule. Les utilisateurs du réseau peuvent alors suivre en temps réel le niveau de remplissage de chaque bus et adapter leurs trajets en fonction des niveaux affichés s’ils le souhaitent.

Conclusion

Autrefois uniquement accessible par l’opérateur, l’information du niveau de remplissages des véhicules est de plus en plus partagée avec les voyageurs. Cette fonctionnalité s’inscrit dans les transformations en cours dans le secteur des transports publics afin de sécuriser les réseaux face à la pandémie toujours active. Elle pourrait se généraliser sur d’autres réseaux compte tenu de la résistance du virus et des règles de distanciation sociale toujours plus nécessaires. De plus, au-delà des réseaux de bus, cette fonctionnalité pourra, peut-être, demain être généralisée aux réseaux de métros, RER, etc. Les systèmes de comptage de passagers ont un bel avenir devant eux…

Pour en savoir plus sur…

Les différentes solutions de comptage des voyageurs

La fonctionnalité de crowdsourcing affluence voyageurs développée par la RATP

La fonctionnalité de Google Maps en matière d’affluence voyageurs

Les projets de comptage des voyageurs actuellement menés par IDFM avec Keolis et Transdev

La technologie de comptage des voyageurs développée sur le réseau DK’Bus