Paris, 15 décembre 2014. En cette pluvieuse soirée d’hiver, me voilà à rentrer du travail à pied, une rupture de canalisation ayant noyé ma ligne de métro. Arrivée près de mon appartement, j’échappe au conducteur énergique décidé à garer sa fourgonnette sur le passage piéton que je traverse. Passée la frayeur, je regarde autour de moi et constate qu’aucun autre bout de trottoir n’est libre, tout envahis qu’ils sont par les voitures. Je philosophe pêle-mêle :
–   Les années 70, ça devait être sympa quand même ! J’aurais pu me promener tranquillement sur des trottoirs dégagés…
–     Si les trottoirs sont déjà saturés aujourd’hui, qu’en sera-t-il dans 20 ans ?
Fort heureusement, je découvrais peu après une issue ne nécessitant aucun voyage dans le temps : le parking partagé !

Vous avez dit parking partagé ?

Le parking partagé consiste pour un propriétaire à mettre à disposition sa place de parking lorsqu’il ne l’utilise pas, contre rétribution.  Il permet en conséquence a des automobilistes en recherche de stationnement de trouver une place dans des lieux habituellement non accessibles. Les deux parties sont donc gagnantes, les premières en rentabilisant leurs emplacements, les secondes en économisant un temps précieux (et souvent des sous, par la même occasion).

Stadtverkehr im RegenLes agglomérations et leurs habitants en bénéficient tout autant. Le parking partagé offre en effet une solution concrète aux problématiques de congestionnement des centres ville qui engendre pollution et stationnement sur trottoir, diminuant la qualité de vie de la population. Lorsque l’on sait que la voiture est responsable d’une partie non négligeable de la pollution en CO2 et particules fines (1) des villes, et que la difficulté de stationnement est la cause de 5 à 10 % du trafic urbain minimum (2), on perçoit mieux les enjeux entourant l’émergence de ce modèle.

Le parking partagé, un marché émergent

Les sites de mise en relation de particuliers cherchant ou proposant une place de parking ont fleuri sur internet et sur les sites de téléchargement d’applications mobiles ces dernières années, en France comme à l’étranger. Surfant sur la vague de l’éco-mobilité et les usages grandissants de consommation collaborative, ils proposent des services plus ou moins étendus, de la publication d’annonce à la vente d’offres packagées, du service de recherche asynchrone à la localisation en temps réel de places disponibles.

ParkadomDe nombreux sites sont à la croisée du site de covoiturage et du site d’annonces locatives, proposant à la location pour des durées variables des box et autres places de parking. Une simple inscription permet alors d’accéder gratuitement au listing des places offertes (ou demandées) et de visualiser les emplacements proposés grâce à des marqueurs sur une carte Google Maps. Citons par exemple en France parkadom, shared parking, optionparking ou encore monsieurparking. Les plus avancés proposent des fonctionnalités sociales de base comme le commentaire ou la notation de l’offreur.

Mais le parking partagé s’est également développé sur les marchés de niche que sont les aéroports. Carking propose par exemple aux voyageurs un forfait associant location d’une place de parking et transport en navette jusqu’au terminal de départ. En pratique, le voyageur se gare chez un particulier partenaire dans une commune avoisinant l’aéroport avant d’être transféré jusqu’à son avion. Il y gagne des tarifs plus compétitifs que sur les parkings des aéroports. Le particulier rentabilise quant à lui son emplacement. Une solution gagnant – gagnant.

Les fonctionnalités temps réel, nouveau créneau des offreurs

Le désavantage de ces sites est néanmoins qu’ils ne proposent aucune solution synchrone, ce qui est peu adapté à la consommation de parking “à la minute”. Pour répondre (notamment) à ce besoin, certains acteurs ont donc développé des applications mobiles autour de fonctionnalités temps réel.

C’est le cas par exemple de Sweetch aux Etats-Unis. Tout inscrit peut y trouver une place sur le point d’être libérée par un autre utilisateur. Un système de notifications permet à “l’arrivant” et au “partant” de se retrouver sur la place de parking pour procéder à l’échange. Le nouvel arrivant sera facturé dès qu’il sera stationné, mais pourra récupérer 80% de sa mise s’il notifie à son tour son départ sur l’application une fois sa course terminée (à condition qu’un autre utilisateur en profite…).

ZenparkEn France, Mobypark et Zenpark permettent aux utilisateurs de chercher gratuitement et en temps réel les places disponibles aux alentours parmi leur réseau partenaire. Ce dernier est composé de places de particuliers, mais aussi de places de bailleurs immobiliers, d’hôtels, de sociétés ou encore d’administrations. Dans ce cas, des bornes spécifiques permettent aux utilisateurs d’entrer et sortir du parking une fois leur réservation confirmée. Les utilisateurs Zenpark peuvent même être guidés jusqu’à la place choisie grâce à une fonction itinéraire utilisant les données de géolocalisation du smartphone. L’application sert ensuite de parcmètre pour  comptabiliser la durée du stationnement à facturer. La première heure est due en totalité. La facturation s’effectue ensuite à la minute.

Des “forfaits parking” se développent

A l’inverse de son concurrent Mobypark, Zenpark va jusqu’à packager ses offres de stationnement. Fort du parc de places tout automatisé de ses partenaires, il propose des forfaits mensuels adaptés à différents usages de consommation : soirs et week-end, jours de la semaine, etc. Les tarifs affichés sont jusqu’à 60% moins cher que ceux pratiqués par les parkings publics. Un argument pour le moins attractif !

Le concept commence donc à dépasser la simple sphère du “peer to peer”. Certaines agglomérations s’y mettent d’ailleurs, avec des solutions variées. De l’application mobile indiquant aux Strasbourgeois le nombre de places de parking disponibles dans les parkings publics (et leur tarif) aux capteurs communicants équipant 1000 places de parking à Nice pour en indiquer la disponibilité, le futur s’annonce de plus en plus connecté sur la voirie ! Et le parking n’est qu’un début. Plusieurs initiatives, notamment aux Etats-Unis, ne comptent pas s’arrêter là ! Ce sont bientôt toutes les routes qui pourraient devenir bien plus actives que ce que nous n’osons imaginer aujourd’hui… Mais nous en parlerons dans un autre article !

1 50% des particules fines de l’air aux abords des axes routiers en Île de France sont dues au trafic automobile selon Airparif
2 Selon une étude du cabinet 6-t. Ces chiffres montent jusqu’à 20 ou 30% si l’on en croit les sites de parkings partagés.