Au lendemain de l’ouverture du salon international de l’Aéronautique et de l’Espace qui s’est terminé dimanche dernier au Bourget, la RATP, Airbus et ADP ont annoncé leur partenariat ainsi que leur incroyable projet d’aéronefs à décollage et atterrissage vertical (ou plus vulgairement, les taxis volants). Ils seront 100% électriques, donc silencieux et sans émission de CO2.

Pour répondre aux problématiques urbaines d’aujourd’hui (pression environnementale grandissante, embouteillages incessants, nuisances sonores…), le trio a décidé de lancer une étude de faisabilité sur le sujet. Il prévoit de faire ses premiers essais à l’horizon 2021-2022 avec la construction d’un premier « vertiport », suivie de deux autres, à l’aéroport Roissy Charles de Gaulles et sur l’un des sites olympiques, dont les premières démonstrations publiques auront lieu lors des Jeux Olympiques de 2024. L’enjeu principal du projet est donc de devenir une vitrine technologique pour le monde entier.

L’investissement dans un projet à la pointe de l’innovation

Dans ses déclarations, ADP a annoncé l’investissement d’une dizaine de millions d’euros pour la construction et l’expérimentation du tout premier « vertiport ». Le chantier devrait alors prendre 18 mois. Le gestionnaire aéroportuaire doit choisir d’ici la fin de cette année l’aérodrome francilien qui verra les premières expérimentations de ce projet ambitieux.

A la différence des héliports traditionnels, les vertiports seront des plateformes mobiles de 20 mètres de diamètre permettant d’amener les passagers sur une zone spécifique de débarquement ainsi que de déplacer le taxi ou « VTOL » (Vertical Take-Off and Landing aircraft) dans sa zone de maintenance.

L’intérêt du projet est principalement l’exploitation de la basse altitude, afin de débloquer un espace quasiment inutilisé et désengorger les axes routiers tout en respectant l’environnement. L’ambitieux projet comprend la conception des VTOL, la production, la maintenance, les opérations de vol ainsi que la gestion du trafic aérien.

La promesse d’un service abordable et d’une grande rapidité

La question que tout le monde se pose face à ce projet surréaliste est le prix de la course : 20 euros pour un aller simple d’après la RATP. Même si ces premières estimations de prix peuvent paraître élevées par rapport aux transports en commun, ils restent finalement très compétitifs par rapport aux tarifs de taxis. La directrice de l’innovation de la RATP rajoute que « c’est déjà ce que l’on est prêt à payer pour rejoindre les aéroports dans d’autres capitales européennes ». Le patron d’Airbus, Guillaume Faury, affirme quant à lui que « si on leur garantit la rapidité et le temps de trajet, les passagers sont prêts à ce que ça coûte un peu plus cher ».

Il faut noter que ces véhicules électriques futuristes pourront potentiellement atteindre une vitesse maximum de 200 km/h. Même s’ils ne circuleront évidemment pas à l’allure maximale en utilisation « normale », ils pourront tout de même transporter les usagers très rapidement sur une distance de 30 km en 15 minutes.

Une concrétisation qui se précise

Une première ligne permettra de faire la liaison entre l’aéroport Roissy Charles de Gaulles et Disneyland Paris, la seconde entre Roissy et le futur centre olympique de Saint-Denis.

L’étude de faisabilité permettra d’avoir plus de visibilité sur le travail à effectuer avec les riverains afin de mener à l’acceptabilité du projet. Ce projet ambitieux est un défi technologique mais aussi réglementaire. Les industriels (DGAC) et régulateurs aériens (EASA) vont se retrouver dans l’obligation d’élaborer un processus de certification spéciale pour gérer le trafic aérien que vont générer les taxis volants au-dessus des espaces habités concernés.

Il ne faudra cependant pas s’attendre à un transport de masse car les « VTOL » seront limités à 6 vols par heure.

D’autres villes et entreprises dans la course

En 2023, Uber, avec sa filiale Uber Elevate spécialisée dans les véhicules aériens (UberAir), espère pouvoir passer en phase d’expérimentation de son taxi volant dans quelques villes des Etats-Unis. Uber ne construira pas ses propres VTOL de quatre places : ils seront conçus en collaboration avec la Nasa, l’armée américaine et des groupes industriels (Bell Helicoter, Aurora Flight Sciences). Les premiers essais devraient avoir lieu en 2020. Cependant, certains professionnels du secteur estiment que le géant des VTC est « beaucoup trop optimiste ».

La ville de Los Angeles prévoit quant à elle l’arrivée des taxis volants à l’horizon 2028. A Sao Paulo au Brésil et à Mexico au Mexique, un service de réservations en ligne d’hélicoptères pour se déplacer en zone urbaine existe déjà (dont l’offre Voom d’Airbus s’inspire).

Si les premiers vols commerciaux ont lieu à Paris en 2024 en zone périurbaine, ce sujet soulève de nombreuses autres interrogations.  Qu’en est-il des vols quotidiens en zone urbaine et donc des changements nécessaires dans la réglementation actuelle (interdiction de survoler Paris en dessous de 2000 mètres) ? Où seraient placés les vertiports en zone urbaine ? Quel est le potentiel de ces VTOL d’un point de vue touristique ?

Aujourd’hui, la ligne 6 du métro est la plus appréciée par les touristes parce qu’elle permet d’avoir vue sur certains monuments parisiens. Demain, l’arrivée des taxis volants va très probablement révolutionner la manière de visiter Paris.

Illustration : Vahana, VTOL d’Airbus (source : site officiel)