Le réchauffement climatique, une réalité de plus en plus tangible, incite l’ensemble des grandes puissances internationales à se mobiliser pour la préservation de l’environnement. Dans ce sens, la Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte de 2015 met en place différentes mesures pour engager des changements sociétaux plus écologiques. Parmi ces mesures, se trouve l’Indemnité Kilométrique Vélo.

Cycliste ou pas encore, salarié ou employeur, passionné ou juste curieux, cet article vous présente un décret qui pourrait bien changer votre quotidien. Et parce que nous avons tous un rôle à jouer dans la préservation de l’environnement, l’Indemnité Kilométrique Vélo nous concerne tous.

L’Indemnité Kilométrique Vélo, comment fonctionne-t-elle ?

L’IK Vélo ou encore IKV, est une indemnisation qu’une entreprise du secteur privé a le choix de reverser ou non, à ses salariés pour chaque kilomètre parcouru entre son domicile et son lieu de travail. La distance est calculée en prenant en compte le trajet le plus court. Applicable depuis le 13 février 2016, l’IKV peut s’élever jusqu’à 0,25€/Km (en fonction de la politique de l’entreprise) et celle-ci est exonérée de cotisations sociales pour l’employeur et d’impôts sur le revenu pour le salarié à hauteur de 200€/an.

 

Deux phases d’expérimentation pour tester ce modèle ont été menées avant sa mise en application, en 2014 et en 2015 par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Énergie) et la CIDUV (Coordination Interministérielle pour le Développement de l’Usage du Vélo), accompagnés par le cabinet de conseil Inddigo. Ces expérimentations ont permis d’identifier plusieurs impacts liés à la mise en place de l’IKV :

  • Une hausse de la part modale du vélo pour les trajets domicile-travail, de 50% au bout de quelques mois et de 125% au bout d’un an
  • Une pratique du vélo 2 fois plus élevée pendant la période hivernale pour les salariés bénéficiant de l’IKV
  • Une perception positive de l’IKV par l’ensemble des salariés pour trois raisons principales : l’incitation à la pratique du vélo, le geste en faveur l’environnement et l’amélioration de la santé au travail
  • Des attentes complémentaires en lien avec la pratique de cette nouvelle activité telles que la mise en place de vestiaires, l’accès à un lieu de stationnement sécurisé…

En raison de sa récente parution (début 2016), les retours d’expériences des entreprises ayant déjà mis en place l’IKV ne sont pas encore disponibles.

La pratique régulière du vélo, quels sont les impacts positifs ?

Utiliser le vélo plutôt qu’un autre moyen de transport pour faire le trajet de son domicile à son lieu de travail, permet:

  • D’améliorer la santé du salarié grâce à la pratique régulière d’une activité sportive et à la réduction du stress causé par les retards et les embouteillages. De plus, une étude Danoise faisant la corrélation entre le taux d’absentéisme lié à un arrêt maladie et la pratique du vélo, démontre que le taux d’absentéisme des cyclistes est de 15% inférieur au taux d’absentéisme des salariés qui utilisent un autre mode de transport.
  • De faire des économies financières car la pratique du vélo reviendrait à un budget moyen de 200€/an contre un budget minimum de 4 000€/an pour l’usage d’une voiture individuelle.
  • D’adopter un comportement plus « eco-friendly » et de contribuer à son échelle, à la préservation de l’environnement grâce à la réduction des émissions de gaz à effet de serre lors d’un passage d’un mode de transport carboné au vélo. Mais aussi du point de vue de l’employeur, de développer sa politique RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) dans le cadre de son PDE (Plan de Déplacements Entreprise) obligatoire depuis le 1er janvier 2018.

L’utilisation du vélo comme moyen de transport, quels sont les principaux freins ?

Contrairement à nos voisins européens, le pourcentage de cyclistes en France reste relativement faible et ne représente que 4% en 2015, contre 36% aux Pays-Bas et 23% au Danemark qui ont tout de même l’avantage d’être des pays plats mais l’inconvénient d’avoir un climat moins clément. La mise en place de l’IKV a pour objectif de démocratiser la pratique du vélo comme moyen de transport. Cependant, plusieurs éléments limitent ce développement et freinent l’envie de pédaler pour se déplacer. Parmi ces freins de nature différente, nous retrouvons :

  • Les conditions climatiques : le froid, le vent ou encore la pluie découragent de sortir en vélo dans un cadre où la pratique du vélo n’est pas spontanée. Par ailleurs, le cumul de l’IKV et du remboursement de l’abonnement de transports en commun n’est possible que sous certaines conditions relativement strictes. Il faut que le vélo soit utilisé lors d’un trajet de rabattement à destination d’un arrêt de transport public et que l’abonnement aux transports en commun ne permette pas de couvrir le même trajet. A noter que l’abonnement aux services publics de location de vélo (comme le Vélib à Paris ou le Vélo’v à Lyon) étant déjà entièrement ou partiellement remboursé par l’employeur, les salariés qui utilisent ces services ne sont pas concernés par l’IKV.
  • L’aménagement urbain : bien que de nombreuses initiatives ait été prises pour rendre la pratique du vélo plus agréable et plus sécurisée dans un milieu urbain (multiplication des zones à vitesse limitée : zone 30km/h, autorisation de franchir la ligne blanche pour les voitures qui souhaitent dépasser les cyclistes…), celle-ci est toujours perçue comme dangereuse pour un grand nombre de français.
  • La sécurité matérielle : en France, de nombreux vélos sont quotidiennement volés ou dégradés. En ville, 50% des cyclistes se sont déjà fait voler au moins un vélo. Une enquête du CNRS indique que tous les ans, 80 000 personnes renonceraient au vélo justement à cause du vol. Une des raisons principales pouvant expliquer ces actes de vandalisme est le manque de civisme criant de nos grandes villes françaises.
  • La distance : les trajets pour se rendre sur son lieu de travail sont parfois longs et soumis à des contraintes liées à des détours tels que de déposer un enfant à l’école. De plus, le versement mensuel de l’IKV peut être plafonné à un montant déterminé par l’entreprise, et n’est exonéré de cotisations sociales et d’impôts sur le revenu qu’à hauteur de 200€/an. Ce plafond représente un trajet quotidien de 4 km aller-retour et ne couvre donc pas la totalité de la distance parcourue pour des longs trajets. Une étude montre d’ailleurs que 60% des bénéficiaires de l’IKV dépasseraient ce seuil des 200€/an et devront donc intégrer le surplus dans ses revenus imposables. 

 

Comment une entreprise peut-elle inciter ses salariés à utiliser davantage le vélo pour leurs déplacements quotidiens ?

Directement issue de la Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte de 2015, l’IKV marque une réelle volonté du pouvoir publique d’agir en faveur de l’environnement dans une ère de transition énergétique et sociétale. La balle est maintenant dans le camp des entreprises privées, qui peuvent décider d’appliquer l’IKV ou non, et donc d’encourager leurs salariés ou non à prendre le vélo pour faire chaque jour l’aller-retour entre chez eux et le bureau. En plus de l’application de l’IKV, d’autres moyens permettent d’encourager la pratique du vélo :

1. Un lieu de stationnement pour vélo facile d’accès, sécurisé et abrité

Le premier critère permettant d’accompagner ses salariés à pratiquer le vélo consiste à leur fournir un lieu de stationnement attractif et sécurisé. Celui-ci permet aux salariés de déposer leur vélo pour la journée, en toute tranquillité. Le stationnement doit protéger les vélos des intempéries, être éclairé notamment pendant la période hivernale, contenir des espaces pour attacher les vélos, et être facile d’accès pour se rendre à pied sur le lieu de travail. En outre, l’employeur doit mettre à la disposition de ses salariés, un vestiaire leur permettant de se changer et de stocker leur matériel.

2. Des activités permettant de fédérer les équipes

Créer un mouvement de groupe pour motiver vos équipes par la mise en place d’événements permet d’accélérer la pratique du vélo au sein de l’entreprise. Les événements peuvent être de différentes formes comme par exemple : l’organisation de départs collectifs pour les salariés habitant dans le même quartier ou encore la mise en place de défis sur le nombre de kilomètres parcourus avec des récompenses à la clé.

3. Des dispositifs pour sécuriser la pratique du vélo

Les dangers que représentent la circulation routière sont encore un frein à l’usage quotidien du vélo en particulier dans les grandes villes françaises. Pour pallier à ce sentiment d’insécurité, l’entreprise peut proposer des cours de vélo soit en fonction du niveau des salariés, soit par thématiques spécifiques comme par exemple la conduite du vélo en milieu urbain. Ces cours peuvent se faire en partenariat avec des vélo-écoles.