Le 10 octobre dernier avait lieu une table ronde organisée par le Club Les Echos Prospective en partenariat avec Wavestone sur le sujet de l’industrie du transport face aux nouveaux enjeux de la mobilité urbaine.

Jean-Pierre Farandou, président du directoire du groupe Keolis, et Didier Gambart, président de Toyota France ont ainsi partagé leur vision du futur de la mobilité.

Transport Shaker était présent à cet évènement et vous propose un retour sur les temps forts et les enseignements de la soirée !

Quelles sont les attentes des français en matière de mobilité?

Guillaume Durand, Partner chez Wavestone, a introduit cette table ronde en présentant les chiffres issus de l’étude réalisée pour l’occasion avec Elabe auprès d’un panel de français sur leurs attentes vis-à-vis de la mobilité.

L’accessibilité financière, l’accessibilité pour tous (solutions adaptées aux personnes âgées, isolées, handicapées, …) et le respect de l’environnement ressortent comme les principales attentes, loin devant la connectivité et l’autonomie.

 

Près de 50% des personnes interrogées déclarent être déjà prêtes à abandonner leur voiture individuelle au profit de solutions alternatives de transports comme les transports en commun, la marche à pied, le vélo ou encore le covoiturage.

Le plaisir de conduire figure également comme l’une des principales raisons de réticence à l’abandon de la voiture individuelle ! La voiture reste plébiscitée pour sa flexibilité en comparaison aux autres modes de transports, notamment dans les zones éloignées des centres villes.

 

« La mobilité de demain devra composer avec le plaisir de conduire … et le plaisir de se faire conduire » a d’ailleurs résumé Guillaume Durand face à ces constats.

 

Voiture individuelle: des usages qui évoluent

Dans un contexte où les enjeux environnementaux sont au cœur des préoccupations et où les solutions de mobilités se multiplient, l’usage de la voiture individuelle évolue afin de s’adapter aux nouveaux enjeux de notre époque.

Près de 80% des français possèdent une voiture, qui reste le moyen de déplacement le plus utilisé notamment en zone peu dense où il existe peu d’alternative de mobilité. Face à l’inquiétude de voir disparaitre la voiture individuelle, Didier Gambart s’est montré rassurant : non la voiture individuelle ne va pas disparaître ! En revanche, ce sont les usages qui vont évoluer.

Selon lui, « l’industrie automobile va vivre une évolution que personne n’avait pu envisager il y a quelques décennies ». Jean-Pierre Farandou qualifie même ce mouvement de « quatrième révolution de l’industrie du transport ».

 

Vers le développement de services de mobilité: le MaaS

Les nouveaux services autour de l’usage de la voiture s’inscrivent dans un mouvement plus large que l’on appelle plus communément « Mobility as a Service » (MaaS) et qui qualifie la combinaison et l’intégration de bout en bout de plusieurs modes de transports au sein d’un service unique de mobilité.

Le MaaS fédère un large panel d’acteurs comme les constructeurs automobiles, les gestionnaires d’infrastructure, les fournisseurs d’énergie, les opérateurs de transports publics, les start-ups, les géants de la technologie, etc.

Chaque acteur cherche aujourd’hui à se positionner sur les nouveaux modes de consommation en faisant évoluer son business model. Les constructeurs automobiles par exemple sont en pleine transformation, certains d’entre eux se positionnent de plus en plus sur les services de mobilité urbaine à l’instar de Daimler qui procède à des acquisitions massives dans les services de VTC partout en Europe (Taxify, …).

Un autre challenge, sans doute le plus déterminant, concerne les plateformes qui permettent d’être en bout de chaîne en contact direct avec le client. Selon Jean-Pierre Farandou, « l’enjeu clé est la désintermédiation et savoir qui aura le contact avec le client ».

 

L’importance des partenariats

Cet écosystème de la mobilité est très dynamique, à en juger par la multiplication des annonces d’alliances ou d’acquisitions. Pour Jean-Pierre Farandou, il est d’ailleurs primordial de nouer des partenariats, notamment avec des start-ups du transport. Au-delà des investissements et des synergies business de ces coopérations, l’intérêt est de travailler avec des structures innovantes comme l’a confié le président du directoire du groupe Keolis : « Le plus important est de travailler avec des gens qui ont des schémas mentaux différents ».

A ce titre, le groupe Keolis a par exemple d’ores et déjà investi dans les start-ups Via et Moovit et est également actionnaire du fabricant de véhicule autonome NAVYA.

Selon les intervenants, ce sont les expérimentations qui permettront de définir les nouvelles offres. Tout l’enjeu est de tirer parti des nombreuses innovations mondiales et d’en faire ressortir les cas d’usages qui répondent au mieux aux besoins des consommateurs.

 

Le rôle déterminant des pouvoirs publics

La transition et le développement de ces nouveaux services de mobilité implique une réflexion et une vision partagée avec les élus locaux. Les collectivités locales doivent en effet définir sur leurs territoires une stratégie globale mixant l’ensemble des modes de transport (mass transit, mobilité douce, …) et intégrant des solutions innovantes en matière de services (titres de transport dématérialisés sur mobile, assistant de mobilité, …).

Le rôle des pouvoirs publics est déterminant pour encourager les expérimentations et favoriser l’émergence de nouveaux cadres règlementaires, mieux adaptés aux évolutions technologiques à l’instar du projet de loi PACTE qui encadre les expérimentations de véhicules autonomes sur le territoire.

Le ministère a par ailleurs lancé récemment French Mobility, une initiative qui démontre la volonté des pouvoirs publics d’incarner le rôle d’animateur de l’écosystème de la mobilité.

 

Des nouvelles mobilités … propres

Avec une réglementation de plus en plus restrictive sur les taux d’émission de gaz à effet de serre, les constructeurs doivent penser et proposer de nouvelles motorisations plus respectueuses de l’environnement. Toyota a pris le virage il y a une vingtaine d’années en proposant une gamme de plus en plus large de véhicules à motorisation hybride rechargeable, électrique et hydrogène. Le constructeur envisage par ailleurs de supprimer les véhicules à moteurs 100% thermiques de sa gamme d’ici à 10 ans !

Toyota mise énormément sur l’hydrogène comme l’a confirmé Didier Gambart : « l’électricité oppose là où l’hydrogène peut fédérer, le 100% électrique est une hérésie ».

Pour démontrer la viabilité de cette technologie, le constructeur développe ses partenariats et espère créer un engouement fort autour de la mobilité à hydrogène lors des Jeux Olympiques de 2020 à Tokyo.

Des expérimentations sont également en cours à Paris et regroupent plusieurs constructeurs, le fournisseur d’énergie hydrogène Air Liquide ainsi que l’opérateur de VTC Hype.

 

Vers une mobilité 100% autonome?

Selon Jean-Pierre Farandou « les robots taxis vont s’implanter massivement dans les transports urbains » car ils permettent des réductions de coûts intéressantes pour les exploitants. Cette implantation se fera cependant en complément d’autres modes de transport.

 

 

Interpellé sur la question des emplois des conducteurs, Jean-Pierre Farandou s’est montré rassurant en affirmant que l’avenir du transport ne serait pas tout automatisé. Il y aura selon lui toujours une présence humaine à bord de nos transports mais les missions du personnel vont évoluer vers des tâches de sécurité, de vente à bord et de servies aux voyageurs (assistance, information voyageurs, …).

 

En synthèse

  • La transition énergétique et le développement de la technologie électrique et hybride va s’accélérer.
  • L’arrivée des voitures intelligentes et autonomes à partir de 2022 va permettre d’augmenter le taux d’utilisation et d’accroître la solidité des business model des acteurs en diminuant les coûts.
  • Les nouvelles mobilités doivent être pensées pour tous, en favorisant et en améliorant l’accès pour les personnes à mobilité réduite (personnes handicapées, seniors, …).
  • L’un des défis les plus complexes sera le développement des mobilités dans les territoires peu denses et peu compatibles avec les innovations urbaines (véhicule autonome ou partagée).

Photos: Manolo Mylonas / Visuels : Wavestone