Le 3 octobre 2018, Wavestone et EuroTechWeek étaient partenaires pour l’organisation de deux tables rondes au sein de Mondial Tech, le nouveau salon du Mondial de l’auto dédié aux professionnels. De nombreux experts issus des secteurs publics, privés ou de la société civile étaient présents pour échanger leur vision de la smart city, des nouvelles mobilités et des enjeux de leurs développements. Ils ont répondu aux questions d’Amal Boutayeb, Senior Manager au sein de Wavestone, et de Christophe Aubriet, Fondateur d’Euro Tech Week.

Construire avec le citoyen les solutions à ses besoins

Un des enjeux de la ville de demain sera de répondre le plus précisément possible aux besoins des citoyens. Cela demande de les impliquer en amont dans la réflexion et l’élaboration des solutions. Au-delà de concerner chacune et chacun d’entre nous dans notre quotidien, « La mobilité est ce qui structure notre époque », comme nous l’a rappelé Marie-Xavière Wauquiez, Présidente de Femmes en Mouvement. Il est donc essentiel que chacun s’intéresse à ces débats et que les pouvoirs publics adoptent une logique de co-conception impliquant un maximum de parties prenantes, comme ce fut le cas pour la Loi d’Orientation des Mobilités à travers les Assises de la Mobilité.

Il est également nécessaire d’appliquer une approche locale car les besoins et les solutions d’un territoire ne sont pas les mêmes que pour le territoire voisin. Les experts se sont montrés unanimes sur l’exigence de s’adapter aux spécificités des différentes populations.

Luc Belot, ancien député et Directeur général de Realites HUB 5, a souligné l’importance d’expliquer aux décideurs politiques la révolution des usages qui est en cours. Les acteurs publics sont souvent dans une logique de maîtrise d’ouvrage dans la gestion de leur territoire et des grands travaux. Il est nécessaire de passer à une logique de « maîtrise d’usages ». Pour Vanessa Chocteau, Directrice du programme FrenchIoT de Docapost, l’objectif aujourd’hui n’est pas de construire de nouveaux quartiers, mais de créer de nouveaux espaces de vie avec des services associés, adaptés aux habitants.

Première table ronde organisée par Wavestone et Euro Tech Week au salon Mondial Tech.

Un secteur porté par de grandes transformations

Notre époque voit de grands bouleversements impacter l’organisation des villes et le secteur de la mobilité. La première de ces transformations est bien sûr la connectivité. Raphaël Cariglio, du groupe Transdev, nous a rappelé qu’avec les smartphones et maintenant l’internet des objets, de nouveaux services ont émergé (free-floating, car-sharing, etc.). Cette connectivité permet également la collecte et l’analyse de données permettant de comprendre, prédire et fluidifier les flux de mobilité.

Jean-François Dhinaux, Directeur de l’innovation de l’incubateur Via-ID, considère qu’une des grandes révolutions en cours est le MaaS (Mobility as a Service), offrant au voyageur un trajet optimisé selon ses préférences, combinant plusieurs modes de transports, via une interface unique.

Raphaël Cariglio a également relevé que la Blockchain pourrait aussi être source d’un bouleversement dans notre mobilité, via la sécurisation et la décentralisation des transactions, remettant le pouvoir dans les mains des citoyens. Des cas d’usages se concrétisent déjà, notamment dans le fret pour renforcer la sécurité et la confiance dans le cadre de la nouvelle route de la soie, comme l’a présenté Gilbert Reveillon, Conseiller du commerce extérieur.

Il ressort globalement que les données vont jouer un rôle considérable dans la smart city et dans l’organisation de nos mobilités. La collecte de nos données personnelles entraine une prise de conscience croissante au sein des populations quant au besoin de les sécuriser et d’en contrôler les usages. Les réglementations à ce sujet évoluent autour du globe. Carmen Munoz Dormoy, CEO de Citelum Group, nous appelle à être fiers du caractère très protecteur du cadre adopté par l’Union Européenne via le règlement général sur la protection des données.

L’électro-mobilité gagne en popularité

Le Directeur de l’innovation de la RATP, Mathieu Dunant, l’a citée comme un grand chantier d’innovation et d’investissement : la mobilité électrique est probablement la grande tendance du salon. De nombreux constructeurs automobiles ont en effet présenté leurs modèles de voitures électriques, répondant à un grand besoin de la société d’une meilleure qualité de l’air et d’une meilleure qualité de vie.

Cécile Goubet Trotignon est Secrétaire générale d’AVERE France, l’association pour le développement de la mobilité électrique rassemblant l’ensemble de l’écosystème. Elle nous a parlé des résultats d’une étude menée avec Ipsos et Mobivia sur le rapport des français à la mobilité électrique, témoignant de leur enthousiasme et des attentes importantes que les français ont pour l’électro-mobilité. 70% attendent que leur ville généralise les bus électriques et qu’elle installe davantage de bornes de recharge. La mobilité électrique est une solution au problème de la qualité de l’air (dont la France ne respecte aujourd’hui pas les standards européens).

Gouverner la mobilité pour le bénéfice de tous

La mobilité est un sujet politique majeur, et les investissements réalisés n’ont pas que des retours sur investissements économiques. En effet, nos modes de transports impactent même ceux qui ne les utilisent pas, à travers la pollution sonore ou atmosphérique par exemple. La question de la rentabilité des investissements doit donc être traitée en prenant en compte la valeur collective créée pour la société. François Panouillé, en charge du programme smart city de la Caisse des dépôts et consignations, nous a parlé des études qu’ils ont menées pour évaluer et chiffrer le retour sur investissement social et écologique de différents projets, en traduisant en euros la valeur du temps ou de la tonne de CO2 (en se basant sur le rapport Quinet) et en comparant le différentiel de valeur entre le scenario avec et le scenario sans la réalisation du projet. Cette étude donne lieu à deux indicateurs : la valeur actualisée nette socio-économique et la valeur collective créée par euro investi, qui constituent d’importants outils d’aide à la décision publique.

Jean-Pierre Loubinoux, Directeur général de l’Union Internationale des Chemins de fer, a pris le temps d’expliquer que la gouvernance de la mobilité était toujours tiraillée entre libertés individuelles et bénéfices collectifs. Par exemple, la liberté des uns de conduire une voiture polluante s’oppose à la liberté des autres de bénéficier d’une meilleure qualité d’air. Les nouvelles réglementations rencontrent souvent des voix réticentes, mais c’est au politique de placer le curseur, de convaincre et de trouver la meilleure manière de concilier les libertés de chacun et de mettre l’économie de marché au service du bien commun.

Le maillage territorial est un défi important, comme nous l’ont rappelé Cécile Goubet Trotignon et Mathieu Dunant. Les trous de mobilités persistent et les territoires sont desservis inéquitablement par les différents modes de transports, ce qui peut parfois accentuer les problèmes d’éloignement et certaines inégalités sociales.

Face à tous ces enjeux, les collectivités territoriales ont un rôle majeur dans la définition des politiques d’aménagement. C’est ce que nous a rappelé Raphael Cariglio : en comprenant les opportunités données par la technologie, ainsi que les usages et besoins des populations au niveau local, les collectivités doivent avoir un rôle d’orchestrateur et d’intégrateur des différents services proposés par les entreprises. Les villes ont également la responsabilité de fournir l’accès à leurs infrastructures et à leurs données (Open Data). Le politique ne doit évidemment pas tout faire, et il doit laisser la liberté d’initiative aux acteurs privés pour innover, tout en conservant sa position de chef d’orchestre, de facilitateur et d’élaborateur des réglementations.

Développer les synergies pour répondre aux nouveaux enjeux

Comment permettre aux différents acteurs de concrétiser la ville de demain, au plus proche des besoins des usagers ? Nos experts ont tous confirmé un besoin croissant « d’exploser les silos » et de faire travailler en étroite collaboration les divers acteurs afin de créer des solutions intelligentes et optimales. Jean-Pierre Loubinoux a insisté sur la nécessaire interopérabilité des services et des équipements. Cela permettra d’améliorer la valeur pour l’utilisateur via le développement de synergies, du partage de données et d’interfaces mutualisées par exemple. Cela réduira également les coûts lors de l’intégration de capteurs ou objets connectés au sein des infrastructures urbaines, et permettra de penser l’expérience des usagers de bout en bout.

De nombreuses start-ups françaises investissent le secteur de la mobilité, mais celles-ci rencontrent beaucoup de difficultés à passer à l’échelle, par manque d’investissements ou à cause d’un cadre non propice à l’innovation. L’existence d’un environnement réglementaire et institutionnel plus favorable aux expérimentations serait bienvenu pour leur développement.

Le secteur de la mobilité et des smart cities est en plein essor compte tenu des opportunités offertes par les nouvelles technologies. C’est au politique et aux différents acteurs privés de travailler en étroite collaboration pour rendre nos villes plus durables, plus connectées et plus attractives. Nos villes doivent également être des terrains d’expérimentation, dans une démarche impliquant en continu le citoyen, pour permettre le développement de nos entreprises innovantes afin qu’elles puissent aller conquérir d’autres marchés.