La Navette Astucio : l’heure des présentations

Mise à la disposition du public depuis le 17 décembre, la navette EZ10, baptisée Astucio, longera les quais de la rive droite à Rouen jusqu’à la mi-janvier.

Les particularités de cette navette ?

Autonome, déjà. Sans conducteur ni volant ou pédale, Astucio vous embarque automatiquement pour un tour pré-programmé grâce à ses balises GPS.

Électrique, aussi. Dotée de batteries Lithium-ion (LiFeP04), son autonomie de 10 heures lui permet d’être fonctionnelle de 11h à 19h sans interruption.

Rassurez-vous, un système de détection d’obstacle se trouve aux quatre coins du véhicule afin d’adapter sa trajectoire et son allure à l’environnement. Sa vitesse de 15km/h lui permet d’anticiper et de freiner rapidement en cas de danger. Un accompagnateur sera également présent durant toute la période d’essai.

Après des tests menés début décembre sans passagers, la navette a donc ouvert ses portes au public pour desservir une distance de 1,4 km. Pouvant accueillir 12 personnes au total avec 6 places assises, elle est également accessible aux personnes à mobilité réduite.

Si l’EZ10 a déjà fait son apparition dans plusieurs villes françaises, son utilisation reste encore expérimentale pour des raisons légales et aucune date de mise en circulation officielle n’a pour le moment été évoquée.

Retour sur les créateurs d’Astucio

Astucio a été lancée par EasyMile en partenariat avec Transdev, opérateur responsable du développement des transports en commun à Rouen.

Mais d’où vient EasyMile ?

Spécialisée dans la conception de véhicules autonomes et dans les solutions de mobilité intelligentes, cette start-up toulousaine est née du rapprochement de Ligier Group et de Robosoft Technology. C’est en effet cette joint-venture qui a permis à ces deux acteurs d’allier leurs expertises en construction automobile et en robotique de services pour concevoir l’EZ10.

Un développement rapide à l’étranger

Il faut dire que la navette a connu un certain succès en France. À commencer par Bordeaux en octobre 2015 lors de l’ITS (Intelligent Transport Systems) World Congress. Elle a plus tard fait l’objet d’expérimentations dans d’autres villes comme Sophia Antipolis ou Paris avec la RATP en septembre dernier. Airbus Safran Launchers a par ailleurs pour projet de lancer une expérimentation prochainement sur le site d’Ariane 6 aux Mureaux.

Si de beaux projets sont en développement en France, la législation permet uniquement la présence de véhicules autonomes sur la voie publique dans le cadre d’expérimentations. EasyMile s’est ainsi très vite tourné vers d’autres marchés pour s’étendre.

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Aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’un déploiement de navettes sans chauffeur est planifié avec un projet initialement prévu fin décembre en Californie. EasyMile s’est aussi attaqué à l’Asie et l’Australie où ses EZ10 sont en opération dans des zones publiques et touristiques comme les Gardens by the bay à Singapour ou le Darwin Waterfront en Australie. Le Moyen-Orient constitue également un marché très intéressant pour la start-up toulousaine qui a réalisé plusieurs tests à Dubaï en 2016.

Mais c’est en Europe du Nord que l’EZ10 connait un développement particulier. Dans 3 villes de Finlande, l’EZ10 prend place dans des conditions de trafic réelles en présence d’autres utilisateurs sur la route. En effet, contrairement à la majorité des autres pays du monde, la loi finlandaise ne requiert pas la présence d’un chauffeur dans les véhicules sur les routes publiques.

Positionnement et axes de développement

La société n’a pour l’instant pas la volonté de concurrencer ou de révolutionner les transports en commun mais se positionne plutôt comme une solution complémentaire.

Comme le précise Marion Lheritier, chargée de communication au sein d’EasyMile, l’idée est de proposer de nouvelles solutions sur le premier et le dernier kilomètre en se déployant dans les centres villes. L’objectif est donc de pallier l’absence de moyen de transport pour du porte-à-porte. Ainsi, les endroits mal desservis pourront être accédés plus facilement. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique de développement du multimodal alliant propositions de transport électrique et solutions à la demande. Cela peut ainsi permettre de créer de nouvelles liaisons afin de décongestionner le trafic dans les grandes villes et leurs banlieues.

Ceci dit, EasyMile ne compte pas « seulement » se développer dans les centres villes. De nombreux autres lieux semblent pertinents pour la mise en place de navettes EZ10, comme les campus universitaires, aéroports, parcs d’attractions, parkings, centres hospitaliers, ports ou encore les centres commerciaux.

Les enjeux des transports de demain : quelles solutions ?

Les grandes agglomérations font face à deux enjeux majeurs aujourd’hui : un trafic routier quotidien surchargé et des pics de pollution de plus en plus fréquents. La circulation des voitures particulières a en effet augmenté de 30% de 1990 à 2014 en France. Si la volonté de réduire le flux de véhicules et de réinventer les transports est unanime, les solutions proposées sont multiples.

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Alors que Londres a opté pour un péage urbain en semaine, Paris a recours à diverses solutions comme la circulation alternée ou les vignettes Crit’Air. Amsterdam a de son côté choisi de privilégier l’usage du vélo et des transports en commun. Séoul a opté pour des solutions plus fermes en transformant par exemple l’une des principales artères de la ville, Cheonggyecheon, en espace vert pour supprimer tout trafic.

Mais quelles sont les options envisageables sur le long terme afin de remplacer l’usage de la voiture ?

Et si l’EZ10 était la solution de demain ?

En s’inscrivant comme une alternative à la voiture particulière, cette navette électrique pourrait considérablement réduire le trafic en ville tout en diminuant les émissions de CO2. Un nouveau mode de transport en commun vert et en continu qui pourrait révolutionner les déplacements des « commuters ».

Cependant, l’EZ10 est pour l’instant confrontée à un certain nombre de contraintes. Législatives dans un premier temps. De nouvelles lois sont nécessaires afin d’encadrer ces nouveaux modes de transport. La convention de Vienne oblige aujourd’hui tout conducteur à garder le contrôle de son véhicule. Une réflexion est en cours pour un amendement au niveau international en 2017. Le coût représente également une barrière non négligeable : l’EZ10 coûte 200 000 euros à l’achat et entre 6 000 et 7 000 euros en location mensuelle. Son utilisation sur une large échelle reste donc assez peu probable.

Par ailleurs, EasyMile sera certainement confronté à des questions éthiques, qui soulèvent aujourd’hui déjà de nombreux débats quant aux véhicules autonomes : en cas d’imprévu, la navette doit-elle privilégier la vie de ses occupants à tout prix ? L’un des principaux enjeux futurs concerne en effet la sécurité des utilisateurs.

Alors Astucio, la navette du futur ?

L’EZ10 a de la concurrence !

Le lyonnais Navya a en effet levé 30 millions d’euros en octobre dernier essentiellement auprès de Valeo et Keolis. Après des tests effectués à la Rochelle, la start-up a passé un contrat en mars avec Transdev et la centrale nucléaire EDF de Civaux pour la mise en service de 6 navettes Navya Arma sur le site. Deux autres acteurs étrangers se démarquent aussi : le néerlandais 2 Get There et l’américain Local Motors.

Quoi qu’il en soit, ces véhicules collectifs autonomes et électriques séduisent et connaissent un certain succès à l’échelle mondiale. Si quelques aspects, essentiellement légaux et financiers, freinent leur développement, tout laisse à penser qu’ils feront bel et bien partie du paysage urbain d’ici quelques années.

Affaire à suivre…