« No parking, No business », « Successful Business, Beautiful Car » tels étaient les slogans des années 50 directement importés des États-Unis. Inadaptés à la taille des villes du Vieux Continent, ces concepts ont pourtant poussé au goudronnage intensif et à la multiplication des voitures dans les centres villes. Aujourd’hui on constate d’ailleurs leurs limites dans plusieurs grandes villes européennes, comme Paris, qui étouffent sous des nuages de pollution. Puisqu’un tiers de la pollution en Île-de-France est dû aux transports motorisés individuels, les initiatives comme les Champs-Élysées piétons se multiplient pour limiter le trafic dans la capitale.

Mais quelles sont les perspectives d’un Paris sans voitures ?

3 solutions de piétonnisation utilisées par des villes européennes

Les projets de la mairie de Paris

Pétitions, blogs, reportages, articles et même livres, les critiques sur les lignes ferroviaires saturées de Paris se multiplient. Il est vrai que notre capitale a le centre-ville le plus densément peuplé et saturé d’Europe.

La mairie de Paris fait déjà la guerre aux automobilistes mais souhaite agir progressivement. Elle rejette les projets de péages urbains jugés trop radicaux. L’idée est de permettre aux automobilistes de s’adapter petit à petit. Outre les journées annuelles dédiées aux piétons, tous les premiers dimanches du mois les Champs-Élysées sont désormais rendus aux piétons. Ces mesures viennent s’ajouter à l’initiative « Paris Respire » lancée en 2003 qui ferme déjà certaines zones de la capitale aux voitures le week-end et les jours fériés.

Etude d'impact de la piétonnisation des bergesLes espaces piétons vont progressivement s’étendre, prenant le pas sur des zones actuellement réservées à la circulation. Ce sera par exemple le cas sur la rive droite avec la piétonisation de 3,3 km de route entre la voie Georges Pompidou et le port de l’Arsenal, puis entre le pont des Tuileries et le Pont Henri IV après Paris Plage 2016. Afin que les parisiens repeuplent plus facilement les quais de Seine, Anne Hidalgo prévoit également de végétaliser les espaces ainsi libérés.

La droite dénonce cependant l’engorgement inévitable et permanent de Paris suite à ces mesures. Un moratoire est d’ailleurs proposé par la chef de file du parti Les Républicains, Nathalie Kosciusko-Morizet. La piétonnisation de la rive gauche de 2012 avait suscité les mêmes craintes, avec des études prédisant une augmentation moyenne de 6 minutes sur le temps de trajet des personnes impactées. Or avec une augmentation moyenne de 2 minutes sur le temps de trajet 4 ans après, l’impact est resté faible.

La mairie de Paris pourrait aussi renouveler le succès de la place de la République. Les travaux de 2011 rendant la place aux piétons ont eu l’effet escompté : République est maintenant un symbole de mobilisation et de rassemblement. Entre Bastille, Italie, Panthéon, Madeleine ou Nation les projets sont nombreux mais très peu avancés.

De plus, les transports en communs vont se développer en parallèle, avec le projet très contesté du Grand Paris Express. Ce projet a pour but de permettre aux résidents des banlieues de laisser plus facilement la voiture chez eux. Il permettra aussi de rénover le parc actuel de trains et de matériel vétuste.

L’ambition de la mairie est de piétoniser une partie du centre de Paris, mais quels sont les risques d’un tel projet ?

Les risques de la piétonnisation de Paris

Bien que la saturation des transports en commun soit intuitivement le risque le plus important, un des premiers risques évoqués par les villes qui ont franchi le pas est l’augmentation des prix de l’immobilier. La ville de Metz en a fait l’expérience : le quartier devient plus calme et agréable à vivre et les prix grimpent rapidement. Paris étant déjà la 5ème ville la plus chère du monde devant Londres et New-York, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes de protection pour éviter d’éventuelles bulles immobilières.

Le deuxième risque majeur est la surpopulation des transports en commun. Paris souffre d’un réseau de transports vétuste dont une partie importante des équipements sont antérieurs à 1978. De plus, certaines lignes, comme les lignes 13, 4 ou B, ne parviennent pas à absorber l’augmentation incessante du nombre d’usagers. Ce réseau a en effet été dimensionné pour une agglomération de 7 millions d’habitants avec une activité économique concentrée au cœur de Paris et dans le centre de La Défense. Sachant que 43,7% des franciliens prennent la voiture pour se rendre au travail, il est difficile d’imaginer toute cette population supplémentaire utilisant le réseau ferré.

Enfin, un rejet de la population désireuse de conserver la liberté octroyée par la voiture individuelle est toujours possible. D’autant plus que certains résidents de banlieue n’ont à ce jour pas d’autre choix que de prendre la voiture. Même si un des objectifs du Grand Paris Express est de débloquer cette situation, ses détracteurs doutent très fortement de son efficacité. En cas d’échec, un simple report de la circulation des zones piétonisées vers d’autres grands axes est à attendre.Startups voiture collaborative

Cependant ce risque est à nuancer avec l’économie collaborative qui se développe autour du véhicule particulier.
Les startups comme Drivy ou Koolicar tendent à faire de la voiture un objet de transport en commun et d’autres comme BlaBlaCar ou tripndrive rendent accessible et rentable le covoiturage journalier. Avec ces nouvelles initiatives, on peut donc s’attendre à une diminution du nombre de véhicules en circulation par habitant.

 

Quels seraient les bénéfices d’un Paris 100% piéton ?

Un premier bénéfice est la diminution de la pollution dans Paris. Selon un bilan d’Airparif, la journée sans voiture du 27 Septembre 2015 a permis jusqu’à 40% de réduction des émissions d’oxydes d’azote (NOx) dans les zones piétonnes. Les effets bénéfiques d’une absence totale de voitures dans la capitale seraient donc considérables. La corrélation entre la pollution de l’air et les troubles cardiovasculaires et respiratoires n’est plus à prouver (voir graphique) et la santé des parisiens serait considérablement améliorée.

Ensuite, les 7 000 accidents de la route annuels dans Paris se limiteraient à quelques incidents liés aux bus ou aux taxis sur les axes encore praticables par ces derniers. Si on retirait la crainte de se faire renverser par une voiture, marcher dans les rues de Paris deviendrait également bien plus agréable.

Le silence dans la ville est un des points les plus mentionnés par les afficionados des Champs-Élysées piétons. Cette nouvelle ambiance est propice à la flânerie et le chiffre d’affaire des commerces le prouve. Dans la ville de Metz, la réduction du nombre d’automobilistes a permis une élévation du standard des commerces, une plus grande rotation des enseignes et une augmentation conséquente de leur chiffre d’affaire. De plus, ceci leur permet de développer leurs services annexes comme la livraison à domicile.

Augmenter le nombre de zones piétonnes encourage également les rencontres, les activités en plein air et les spectacles improvisés. On peut par exemple citer Paris Plage ou le 24h Vélib’ sur les Champs-Élysées. Ce sont autant de facteurs bénéfiques pour les habitants et le tourisme.

Il est clair, au regard des bénéfices mentionnés, que les riverains devraient y trouver leur compte. Concernant les personnes résidant en banlieue, tout repose sur le projet du Grand Paris Express ou sur d’éventuels parkings géants aux abords du périphérique. Dans tous les cas, à chaque place et à chaque rue piétonisée, une période de transition avec des embouteillages plus importants est à prévoir. Mais, comme cela s’est vu lors des travaux à République ou sur la rive gauche, un nouvel équilibre finit par se créer. Le changement est déjà en marche, autant d’ores et déjà s’y préparer en se remettant en selle !