Après 5 mois d’appel d’offre, le Ministre des finances britannique a annoncé, le 4 mars dernier, l’identité du consortium retenu pour acquérir les parts que possédait la London and Continental Railways dans le capital d’Eurostar. Sans surprise, il s’agit d’une alliance entre un investisseur institutionnel et un fond d’investissement.

Un beau “coup” financier pour le gouvernement britannique

C’est ainsi 40% du capital de l’entreprise ferroviaire qui revient à la Caisse de dépôt et placement du Québec (à hauteur de 30%) et au fond d’investissement britannique Hermès Infrastructures (pour 10%). Les autres consortiums en lice impliquaient notamment EDF et une filiale du Crédit Agricole. L’accord a été conclu pour un montant de 585 millions de livres (804 millions d’euros), très nettement supérieur à la valorisation comptable des parts, évaluée à 325 millions de livres l’an dernier .

Cette annonce intervient dans un contexte de désengagement progressif de l’Etat britannique dans la gestion de nombreux opérateurs (postes, éducation, banques…) afin de lutter contre la dette publique d’une part (20 milliards de livres d’économies visées d’ici 2020) et d’investir davantage dans les infrastructures du pays (notamment transports, énergie et télécoms) d’autre part.

Un vrai coup d’audace pour la SNCF : décider plus sans payer plus 

Crédit Alastair Grant/AP
Crédit : Alastair Grant/AP

Après un suspense qui aura duré jusqu’au début du mois de janvier, la SNCF n’a donc finalement pas fait valoir son droit de préemption pour acquérir les parts mises en vente. En revanche, l’entreprise française, qui détient 55% du capital d’Eurostar (les 5% restants étant possédés par la SNCB), a obtenu une plus grande autonomie dans la prise de décisions stratégiques. Elles faisaient jusqu’à présent l’objet d’un “contrôle conjoint”.

Par ailleurs, la relation avec son partenaire majeur – la Caisse de dépôt et placement du Québec – devrait être facilitée par l’historique de collaboration entre les deux entreprises : l’acteur canadien détient en effet 30% du capital de Kéolis, la filiale de la SNCF en charge du transport urbain.

Cela devrait permettre de rassurer les marchés mais aussi de gagner en souplesse et en réactivité pour poursuivre les projets nécessaires à la croissance d’Eurostar. L’entreprise britannique, qui a transporté 150 millions de passagers depuis 20 ans (dont 10,4 millions en 2014 ; en hausse de 3%) devra en effet bientôt faire face à la concurrence de la Deutsche Bahn, en passe de devenir le deuxième opérateur à proposer des trajets entre la Grande Bretagne et le continent via l’Eurotunnel.