La SNCM a été déclarée en cessation de paiement et a donc déposé le bilan en début de semaine dernière. Criblée de dettes auprès de ses actionnaires, et menacée par de lourdes amendes de la Commission Européenne, la compagnie maritime marseillaise entre donc dans une phase de transition à l’avenir encore incertain.

Pourquoi le dépôt de bilan?

Transdev, actionnaire principal de la SNCM depuis sa privatisation en 2004, a participé au développement de la compagnie à hauteur de 103 millions d’euros, sous forme de prêts accordés successivement au cours des 10 dernières années. Malgré cela, la SNCM est restée structurellement déficitaire en accumulant 200 millions d’euros de pertes depuis 2001, payant notamment la concurrence féroce de Corsica Ferries (qui emploie 1000 salariés pour 12 navires, contre plus de 2000 pour 8 navires à la SNCM) et une gestion chaotique de sa stratégie (10 dirigeants successifs au cours de ces dernières années). 58M€ ont été perdus rien que sur l’exercice 2014 plombé par des réservations en baisse de 40%, un ralentissement du fret de 12% et de lourdes grèves durant l’été.

L’accord de sortie de grève négocié en juillet dernier incluant un moratoire empêchant toute procédure de redressement judiciaire avant le 31 octobre, Transdev a attendu cette date pour exiger ses créances auprès de la SNCM, précipitant ainsi la chute de la compagnie.

Quel avenir pour la SNCM ?

Reste à savoir, donc, quelle trajectoire prendra la suite du dossier. Quelques investisseurs se sont déclarés potentiellement intéressés, notamment Baja Ferries (compagnie maritime américaine) et Siem (armateur norvégien), mais de sérieux doutes portent sur l’avenir financier de la SNCM.

En effet, les aides publiques versées par l’Etat lors de la privatisation de la compagnie en 2004, puis à titre de compensation de la desserte de la Corse en été (entre 2007 et 2013) ont été jugées illégales par l’Union Européenne, et exposent donc la compagnie à une amende de 440 millions d’euros (correspondant au montant total des aides perçues), soit plus de 12 fois son fonds de roulement. Transdev espère donc que le dépôt de bilan de la SNCM entraînera l’annulation des amendes, et convaincra ainsi les éventuels repreneurs de passer à l’action. Mais la procédure remet aussi en cause la délégation de service public accordée par l’État, qui représente une manne de 100 millions d’euros par an pour la SNCM, et qui ne sera pas forcément reconduite pour le nouveau repreneur.

Faire repartir la SNCM passera de toute façon par un plan social conséquent. Déjà baptisé « Poséidon » ce plan prévoit la suppression de la moitié des effectifs et le recentrage des activités sur les liaisons entre Marseille, la Corse et le Maghreb. Les liaisons avec Toulon et Nice seraient ainsi supprimées, permettant la revente de 2 des 8 navires de la flotte pour alléger les dettes de la compagnie.