Coupe des confédérations, Journées Mondiales de la Jeunesse, Coupe du monde de Football, Jeux Olympiques…en quelques années, le Brésil et sa ville phare Rio de Janeiro enchainent les rendez-vous planétaires, attirant par milliers les touristes du monde entier. Si la ville, avec son célèbre carnaval et ses plages mondialement connues, était déjà une destination prisée, l’augmentation du nombre de touristes l’oblige désormais à repenser son offre de transport. Les transports publics, point noir de l’agglomération depuis de nombreuses années, restent en effet un sujet épineux.

La situation actuelle n’est pas très réjouissante. Seules deux lignes de métro et deux lignes de tramway traversent la ville de part en part – la majorité des déplacements en transports en commun se faisant en réalité en bus – ce qui peut sembler dérisBrazil, Brazil landmarks, travel and retro suitcaseoire pour une mégapole en pleine croissance, qui compté déjà près de 6 millions d’habitants.

De plus la qualité de ces bus est sommaire : absence de climatisation généralisée, conduite souvent dangereuse des chauffeurs payés au service, tarif jugé élevé par les classes sociale les plus pauvres. Les conditions de transports difficiles mènent donc régulièrement à des manifestations et les hausses de prix du billet de bus servent à chaque fois de déclencheur aux soulèvements populaires. En juin 2013, le mouvement de Pase Livre qui milite pour la gratuité des transports dans les grandes villes brésiliennes avait rassemblé près de 300 000 personnes dans les rues de Rio. La décision prise au mois d’octobre 2015 de supprimer de nouvelles lignes de bus avait de nouveau été très mal perçue par la population. Elle y voyait là un nouvel acte afin d’isoler les populations les plus défavorisées et avait entrainé de nouvelles manifestations.

Le transport, un enjeu de mixité sociale

Le transport à Rio est avant toutes choses une affaire sociale : le transport est l’un des besoins primaires, notamment pour Téléphérique d'Alemaoles populations les plus pauvres qui se trouvent enclavées socialement et géographiquement dans les favelas. Une des mesures symboliques fortes prises par la ville avait été notamment la construction d’un téléphérique reliant la favela de Alemao – l’une des plus dangereuses du pays – au reste de la ville dans le but de faciliter l’insertion des habitants. Mais ces efforts sont bien souvent jugés insuffisants, notamment au regard des sommes colossales investies dans le cadre des grands évènements, passés ou futurs. Les polémiques et manifestations liées aux transports publics sont alors une porte d’entrée vers les autres problèmes qui touchent la population comme la santé ou l’éducation.

L’amélioration de l’offre de transport : un enjeu de coordination

La ville cherche donc à améliorer son offre de transport, notamment en optimisant le système de bus en place via une logique de Bus Rapid Transit (BRT). Cette dernière consiste à assurer une desserte à intervalle régulier avec un affichage clair, des bus plus confortables et des couloirs de bus spécifiques afin d’améliorer l’efficacité du système.

Cependant, le véritable défi dans l’amélioration de l’offre de transports publics à Rio est celui de la coordination des acteurs et des moyens de déplacements : à titre d’exemple, les 900 lignes qui sillonnent la ville sont gérées par plus de 40 organismes. A partir de 2007 a donc été lancée l’Agence Métropolitaine des Transports (AMTU) afin de regrouper les divers acteurs publics et privés du transport et de mieux les coordonner. En 2010, c’est un tout nouveau centre de commandement centralisé qui est cette fois mis en place. Ce dernier s’appuie sur plus de 30 kilomètres de fibres optiques à travers la ville et près de 500 caméras de surveillance afin de gérer 8000 bus (notamment par GPS) et d’améliorer la gestion des incidents sur le réseau.

Un nouveau défi pour Rio : l’enjeu environnemental

L’enjeu environnemental est aussi un des axes de travail de Rio en termes de transports publics. Le maire de Rio, Eduardo Paes, est aujourd’hui président du C40, une organisation internationale regroupant des métropoles du monde entier visant à lutter contre le réchauffement climatique et notamment les émissions de gaz à effets de serre. Un Green Passport a par exemple été lancé le 15 octobre dernier, en partenariat avec l’ONU afin d’informer les citoyens de la ville sur les possibilités de transport doux (vélos, marche à pieds, transports en commun…), sur les parcs de la ville et sur les autres zones vertes disponibles. De nombreuses pistes cyclables ont également été aménagées dans le cadre du projet « Rio Biking Capital ». L’objectif est d’atteindre 300 km de pistes cyclables à horizon 2016.

En 2011, la municipalité avait par ailleurs installé un système analogue à Velib’ à Rio avec des bornes alimentées par des panneaux solaires et une application smartphone afin de localiser la station la plus proche de chez soi.

Le volet environnemental parait donc paradoxalement le plus avancé de tous les chantiers liés aux transports publics. Pour autant, il n’est pas certain que les habitants de Rio voient dans ces initiatives une véritable avancée pour leur vie quotidienne, dans un pays où la voiture reste l’un des moyens de déplacement privilégiés. Rio se veut aujourd’hui la vitrine d’un pays résolument tourné vers le monde, mais dont les enjeux internes et les fractures restent toujours parmi les grands défis de son modèle économique….