Après avoir annoncé que l’entreprise ne sera pas un constructeur automobile, Waymo, filiale d’Alphabet, a révélé ce mardi 30 janvier 2018 la commande de « milliers » de véhicules autonomes à Fiat Chrysler. L’entreprise possède déjà une flotte de 600 minivans Chrysler Pacifica autonomes munis de leurs capteurs et logiciels. Avec ses acquisitions Waymo s’oriente ainsi vers un tout autre modèle de développement :

  1. Devenir leader du marché dans l’intégration de technologies de conduite autonome pour les constructeurs de voitures.
  2. Proposer un service de véhicule de transport sans chauffeur pour mieux comprendre les attentes et comportements des utilisateurs vis-à-vis des véhicules autonomes.

Ce modèle de développement se confronte à plusieurs défis de nature à la fois économique (coûts élevés de construction et forte compétition), réglementaire (autorisation des autorités publiques à la mise en circulation de véhicule 100% autonome sans conducteur sur les voies publiques) mais aussi à la maturité du marché : les consommateurs sont-ils prêts à utiliser cette technologie ?

Quelle stratégie Waymo a adopté pour relever tous ces défis ? Et comment l’entreprise compte révolutionner le secteur des transports ?

Développer des capteurs performants

À l’inverse des nombreux compétiteurs qui existent déjà sur le marché (l’autopilote de Tesla, le ProPilot Assist de Nissan, le City Safety de Volvo) et dont la technologie requière une intervention humaine, Waymo est le premier à proposer une solution 100% autonome.

Lors du salon de l’automobile à Detroit en janvier 2017, le PDG de Waymo John Krafick a présenté le nouveau véhicule Chrysler Pacifica 100% autonome munis de nouveaux capteurs conçus et fabriqués en interne, incluant logiciel, LiDAR, radar et système de vision :

  • Le LiDAR permet non seulement de détecter en 3D les objets, les contours et les distances mais aussi d’identifier, en haute définition, dans quel sens les piétons avancent et ainsi prédire les éventuels accidents. Sa résolution est telle qu’il peut détecter un casque de moto à plus de 200 m.
  • Le système de vision utilise plusieurs capteurs de haute résolution capables de détecter un cône de construction à plusieurs kilomètres, de ne pas être aveuglé par le soleil et pouvoir se garer la nuit.
  • Le radar quant à lui permet de détecter des obstacles non visibles par le LiDAR ou les caméras et est très efficace lors d’épisodes de pluie, de neige ou de brouillard.

Ces capteurs de nouvelle génération permettent d’alimenter en données plus précises le logiciel qui a son tour, en se perfectionnant, va permettre d’optimiser leurs performances. C’est cette étroite intégration entre logiciel et capteurs développés en interne qui crée un système de conduite autonome plus robuste et plus rentable dans son ensemble. John Krafcik a précisé que le coût du LiDAR est passé de $75.000 à $7.500, soit une réduction de 90%.

Renforcer la confiance du marché

Le mois dernier, les voitures autonomes de Google, ont déjà parcouru plus de 6.400.000 km, soit 160 fois le tour de la Terre. Le volume considérable de données récoltées a permis à l’entreprise à la fois d’améliorer la technologie des capteurs embarqués et de rassurer les régulateurs et le grand public quant à la fiabilité et à la sureté de leur technologie. En 2015, le nombre de désengagement de l’autopilote était de 0,5 pour 1000 kilomètres, aujourd’hui, Waymo enregistre seulement 0,1 désengagement pour 1000 kilomètres parcourus.

Depuis 1968 une réglementation internationale sur la circulation routière, établie par la convention de Vienne, précise que tout conducteur doit constamment avoir le contrôle de son véhicule. À l’instar des pays européens les Etats-Unis ne font pas partie des pays signataires, ce qui permet à Waymo d’être la première entreprise à effectuer des voyages sur la voie publique totalement autonome et sans conducteur. En France, les entreprises voulant tester leur véhicule autonome dans l’Hexagone, doivent recevoir une dérogation au ministère de la transition écologique et solidaire. C’est le cas de Renault et Transdev qui ont d’ores et déjà annoncé leur projet d’expérimentation de voiture autonome dans la région de Rouen à partir de mi-2018, une première en France. Afin de faciliter et d’étendre les demandes d’expérimentation de véhicules autonomes, le gouvernement français a créé fin octobre le poste de haute représentante pour le développement des véhicules autonomes, un poste occupé par Anne-Marie Idrac (ancienne secrétaire d’Etat aux transports, secrétaire d’Etat chargée du commerce extérieur, présidente de la RATP, puis de la SNCF). Sa mission est d’établir pour Février 2018 un document cadre statuant l’action de l’Etat en matière de véhicules autonomes : infrastructure, soutien financier et évolution de la réglementation.

Vers une « Uberisation » de la Google Car

Waymo a su anticiper la réaction du marché : face à des coûts encore trop élevés pour l’usage d’une voiture estimé à seulement 5% du temps, les consommateurs refuseront de l’acheter et privilégieront la location. C’est pourquoi l’entreprise souhaite à terme développer de nouveaux services de transports et de livraison aux particuliers et aux professionnels, sans recourir au service d’un chauffeur. Aujourd’hui, Waymo a lancé le programme « Early Riders » proposant à des milliers volontaires de tester ses véhicules en conditions réelles.

Au sein d’un marché déjà très compétitif, Waymo a ainsi réussi à réduire drastiquement ses coûts de construction en mutualisant le développement et la construction de ses capteurs. En proposant un nouveau service de transport, l’entreprise de Google, espère répondre aux attentes des consommateurs et acquérir la confiance des autorités et du grand public. De nombreux constructeurs ont déjà annoncé une commercialisation de véhicules 100% autonomes d’ici 2021, cependant Waymo ne s’est toujours pas encore prononcé sur une date de lancement de son service. En attendant que le mot « conduire » soit obsolète, la course aux voitures autonomes continue…