Le secteur des transports représente 35% des émissions de CO2 et 32% de la consommation d’énergie finale en France. Dans ce contexte, le véhicule électrique* pourrait avoir un impact important lorsque l’on sait que les voitures des particuliers représentent les deux tiers de la consommation d’énergie du secteur, et que plus de 90% des carburants sont aujourd’hui issus du pétrole. Le moteur thermique est désormais remis en cause par l’alternative électrique qui a de nombreux arguments à faire valoir : réduction de la facture énergétique, zéro émission de CO2, indépendance vis-à-vis du pétrole importé, fin des nuisances sonores, etc.

2 millions de véhicules électriques en France, en 2020 ?

Il s’agit là de l’objectif ambitieux fixé par le gouvernement dans le cadre du “Plan national d’action pour développer les véhicules propres d’ici 2020”. Si le véhicule électrique représente seulement 0.16% du parc automobile français, soit 55 000 voitures  en circulation, il profite d’une croissance impressionnante d’après les chiffres de l’AVERE : +60% des immatriculations en 2015 par rapport à 2014, +75% sur cette première moitié d’année 2016 par rapport à 2015.

Etat des lieux du véhicule électrique en France

Toutefois, plusieurs éléments ralentissent le développement du véhicule électrique. En effet, malgré les incitations à l’achat mis en place par les pouvoirs publics tels que le bonus écologique atteignant 6300€ ou la prime à la conversion de 3700€, le VE reste plus cher, à modèle équivalent, que la voiture thermique. Rappelons que la Renault Zoé, qui est le VE le plus largement vendu en France (26 000 voitures vendues, soit 44% des véhicules électriques des particuliers en circulation), est proposé à un prix de 26 000€ TTC (hors bonus), soit 19 700€ TTC bonus déduit.

L’autonomie des batteries est également un frein pour le véhicule électrique puisque ces dernières permettent en moyenne de parcourir 150 km. Même si 80% des trajets quotidiens des français font moins de 100 km, il existe un réel besoin de parcourir de plus longues distances que ne permet l’autonomie d’une batterie électrique, d’où la nécessité d’avoir un maillage de bornes de recharge le plus efficace possible sur le territoire national.

Le déploiement des bornes : principal enjeu pour le véhicule électrique

Un plan national pour le développement des voitures tout-électriques et hybrides rechargeables a été lancé en octobre 2009. Ce plan vise un objectif de mise en circulation de 2 millions de véhicule électrique à l’horizon 2020. Selon un rapport d’Enedis (ex ERDF), cela nécessitera l’installation de 400 000 bornes de recharges publiques et 4 millions de bornes privées.

Début 2016, 10 000 bornes publiques ont été recensées sur le territoire national, ce qui reste insuffisant. Toutefois, de nombreux projets de déploiement de bornes sont en cours de réalisation. Voici quelques exemples de projets phares gérés par :

Des opérateurs de recharge nationaux :

  • Le projet Corri-Door, mené par un consortium regroupant EDF, sa filiale Sodetrel et plusieurs constructeurs, vise l’installation de 200 bornes rapides sur de grands axes autoroutiers ;
  • Le projet Blue Station de Bolloré qui prévoit 16 000 bornes normales dans 94 départements d’ici 2019.

Des collectivités et des syndicats d’énergie :

  • Saint-Etienne : 400 bornes rapides et accélérées d’ici 2017 ;
  • Bouches du Rhône : 200 bornes accélérées d’ici 2018 ;
  • Bourgogne : 1 000 bornes de tous types d’ici 2025.

Les pouvoirs publics à la manœuvre

L’État impose d’équiper au minimum 10% des places de stationnement en vue d’une éventuelle installation de bornes, dans les parkings d’immeubles d’habitation ou de bureaux (construits après 2017). Il existe également un droit à la prise qui permet de faciliter l’installation d’une borne sur la place de stationnement d’un locataire ou d’un propriétaire.

En plus du cadre règlementaire, les pouvoirs publics, par le biais de l’ADEME ou de l’AVERE, coordonnent, accompagnent et aident financièrement les projets de déploiement de bornes. C’est ainsi que le Programme d’Investissement d’Avenir ou encore le programme ADVENIR, opéré par l’ADEME, apporte un soutien aux collectivités territoriales et aux syndicats d’énergie. D’autres projets ont été confiés à des opérateurs nationaux qui bénéficient d’une exonération de redevance. C’est le cas de Bolloré, du projet Corri-Door ou encore de la Compagnie Nationale du Rhône. Grâce aux investissements de l’État, des collectivités territoriales et du secteur privé, plus de 38 000 points de recharge publics devraient être installés en France d’ici 2017.

Bien que les charges publiques ne représentent que 5% des usages selon l’ADEME (95% des charges se font à domicile), elles permettent de relier des axes stratégiques et d’éviter des zones blanches dénuées de bornes de recharge. On s’aperçoit sur la carte ci-dessous que la répartition géographique des bornes reste très inégalitaire.

Répartition des bornes - Décembre 2015

Adapter les charges aux usages

Voici un tableau reprenant les principales caractéristiques par type de charges existantes :

Caractéristiques des différents types de bornes

D’après le rapport d’Enedis, la mise en circulation de 2 millions de véhicule électrique en 2020 n’induirait que 2% de consommation électrique supplémentaire par an à l’échelle nationale. En revanche, la recharge simultanée d’une telle flotte pourrait en théorie déstabiliser le réseau. Il est donc impératif d’adapter chaque charge à un usage précis :

  • Les recharges normales doivent être déployées sur des lieux du quotidien (domicile/travail) ;
  • Les recharges accélérées sur les zones d’intermodalités (gares, parking, relais, etc.) ou les centres commerciaux ;
  • Les recharges rapides sur des axes stratégiques, types zones de passage (autoroute, voieries rapides, etc.).

À quoi ressemblera le véhicule électrique de demain ?

Les batteries sont au cœur des enjeux d’évolution du véhicule électrique dans la mesure où elles constituent 16% des coûts. Les batteries de demain devraient donc proposer une plus grande autonomie, un cycle de vie plus long ainsi qu’un coût de développement plus faible.

D’autres progrès pourraient révolutionner le véhicule électrique tel que le développement du Vehicle to Grid (V2G) qui permettrait de décharger la batterie du véhicule électrique sur le réseau et gérer plus efficacement les pics de consommation d’électricité.

Il s’agira enfin à plus court terme, d’observer le lancement par Tesla de la Model 3 d’ici fin 2017 (arrivée prévue en 2018 en France), dont 253 000 exemplaires auraient déjà été commandés. Avec un prix de 35 000$ HT hors bonus, ce modèle est annoncé avec une autonomie de 345 km et pourrait bien révolutionner l’usage du véhicule électrique. Tesla s’est également positionné sur le déploiement de bornes ultra-rapides, appelés superchargeurs, proposant une puissance de 120 kW et une récupération de 270 km d’autonomie en seulement 30 minutes (178 Superchargeurs sont installés en France, à disposition usagers Tesla).

Tesla Model 3Tesla Model 3.

 

*Par “véhicules électriques” nous entendons les voitures 100% électriques ainsi que les hybrides rechargeables. Les véhicules full hybrides ou mild hybrides sont exclues car ils n’offrent pas la possibilité de se recharger et n’ont pas la même capacité d’autonomie.