Qui aurait pu penser il y a peine un an que Google irait jouer sur les plate-bandes d’Uber ? Il faut, en effet, rappeler qu’Alphabet (la maison mère de Google) a investi plus de 220 millions d’euros chez Uber et avait jusqu’à fin août dernier l’un de ses dirigeants au conseil d’administration de l’entreprise de VTC. Pourtant, l’information est maintenant officielle : Google, via sa filiale Waze rachetée pour plus d’1 milliard de dollars, va lancer cet automne un nouveau service de mise en relation chauffeur-passager : Waze carpool.

Quel positionnement dans ce secteur bouché ?

Le secteur de la mise en relation entre particuliers et chauffeur semble aujourd’hui saturé. Entre les mastodontes du secteur que sont Uber et Lyft, les plateformes des taxis (application G7), celles de mises en relations entre particuliers (Heetch) ou encore les plateformes ultra-spécialisées (Chariot for Women par exemple), on peut se demander quelle sera la valeur ajoutée de Waze Carpool.

On sait d’ores et déjà que cette plateforme ne sera pas conçue pour les professionnels ou les particuliers voulant avoir un complément de salaire. En effet, à l’heure actuelle, les chauffeurs seront dédommagés de 30 centimes au kilomètre sans commission reversée à Google. Cela revient à une traversée de Paris pour mois de 3,5€. De plus, le nombre de trajets est limité à 2 par jours (un aller-retour au travail). On peut donc positionner Waze carpool comme une application de covoiturage urbain bénéficiant de la puissance de frappe de Google.

Le covoiturage, une étape vers le sans conducteur

Comme nous venons de le voir, Google se lance dans un secteur déjà saturé, mais pourra s’appuyer sur la communauté Waze qui compte plus de 10 millions d’utilisateurs.

Cependant cette arrivée dans le secteur du covoiturage va surtout permettre à Google d’asseoir sa position de leader de la voiture autonome. Google souhaite révolutionner le secteur de l’automobile en passant d’une économie de la voiture personnelle à celle de la voiture autonome en tant que service (je m’abonne pour avoir accès à un service de voiture autonome). Et pour y arriver, Google marque des points avec sa Google Car mais est concurrencé par deux typologies d’acteur. Tout d’abord, les plateformes de covoiturage à l’instar de Uber qui a lancé la semaine dernière une flotte de 4 véhicules autonomes. Ces concurrents ont déjà l’infrastructure et la plateforme en “front” des clients et s‘associent à des universités ou d’autres constructeurs pour arriver à leurs fins. Ensuite les constructeurs qui eux cherchent des start-ups ou des acteurs du covoiturage pour promouvoir leurs solutions (à l’intar de Lyft et General motor).

Google choisit donc d’attaquer Uber et Lyft sur leur propre terrain avant de se faire prendre en tenaille par ses concurrents. Mais la bataille ne s’arrête pas là. Comme le fait remarquer Bloomberg, Uber pourrait potentiellement capitaliser sur les 160 millions de kilomètres parcourus par jours par ses chauffeurs pour nourrir son algorithme de conduite. Cette quantité de données donne un avantage stratégique à Uber comparé aux 2 millions de kilomètres parcourus par les Google cars.

Car as a service

Nous voyons ainsi un rapprochement de plus en plus clair entre voitures sans conducteurs et plateformes de mises en relation chauffeur-client. Cette convergence fait apparaître une nouvelle typologie de service le CaaS : Car as a Service. Comme l’a très bien expliqué Wired la semaine dernière, la mobilité urbaine pourrait être totalement repensée grâce à cette révolution. Demain, un Uber ou un Waze pourra concurrencer des entreprises comme la RATP en mettant en place des abonnements mensuel ou annuel de mise à disposition de voitures sans conducteur privé ou en commun (utilisant les algorithmes de Uberpool).

 

L’arrivée de Waze Carpool, pourrait ainsi accélérer la transformation de la mobilité urbaine en concurrençant dans un premier temps des acteurs tel que Uber ou Lyft. Mais à moyen terme, Waze Carpool pourrait devenir la plateforme de location de voiture sans conducteurs et révolutionner les déplacements en milieu urbain.