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Face à l’essor fulgurant du covoiturage, de nouveaux acteurs surfent sur cette tendance collaborative pour faire émerger le segment spécifique des trajets de courte distance en milieu urbain. Pour cela, ils doivent faire face à un double challenge : se différencier sur un marché très concurrentiel et réussir à atteindre une masse critique d’utilisateurs pour s’implanter durablement. Illustration en  Île-de-France avec les plateformes de covoiturage Sharette et iDVROOM.

Un contexte favorable pour s’implanter

Si le géant Blablacar -fort de ses plus de 20 millions de membres en Europe- est le leader incontesté du covoiturage longue distance, pour le marché de courte distance (moins de 80 km), la situation est différente. Les nouveaux acteurs n’ont pas le même poids, ni l’assurance d’une pérennité : le marché demeure encore faible et des oligopoles ont du mal à se constituer .

Pour l’Ile-de-France, les importants travaux sur les lignes A et C du RER cet été ont représenté une vraie opportunité de changer la donne : les acteurs incontournables de la mobilité en Île-de-France, RATP et SNCF ont chacun proposé un service de covoiturage en complément de leur offre habituelle (en partenariat avec la start-up Sharette pour la RATP et via l’offre “intégrée” iDVROOM pour la SNCF).

100% covoiturage ou en combinaison avec les transports en commun

Dans le cadre de son expérimentation en partenariat avec la start-up  Sharette (lancée en mai 2015), la RATP a lancé en juillet dernier une nouvelle version de son application qui intègre les offres de covoiturage Sharette dans la recherche d’itinéraire.  Libre alors à l’utilisateur de choisir le mode de transport lui paraissant le plus adapté : réseau RATP, covoiturage avec Sharette ou combinaison des deux. Dans le cadre de ce partenariat, l’application RATP permet également à la start-up de bénéficier d’un canal d’information et de promotion de premier plan pour sa propre application. D’autre part, outre le caractère local, instantané et multimodal de l’application, la start-up a opté pour un positionnement fort  en jouant la carte de la simplicité vis à vis des conducteurs et passagers, grâce à sa tarification fixe des trajets  : 2€ versés au conducteur et 36 centimes de commission pour Sharette.

La SNCF, s’est quant à elle positionnée sur ce marché en intégrant dans son giron, en 2014, la société Ecolutis (123envoiture.com et Easycovoiturage notamment). Le service a été renommé “iDVROOM” et intégré au portefeuille d’offres de la SNCF.  Dans sa volonté de couvrir “le dernier kilomètre” la SNCF cible notamment 12 bassins d’emplois actuellement mal desservis en transport en commun en démarchant salariés comme employeurs pour inciter au covoiturage pour tout ou partie des trajets quotidiens. Si la tarification est ici calculée au kilomètre (environ 0.07 € /km), la SNCF a fortement investi cet été pour s’implanter durablement sur le marché francilien via son “offre “travaux”. Ainsi, les abonnés Navigo se voient offrir leur trajet iDVROOM au départ ou à destination d’une gare Transilien ou RER -pour les sections gérées par SNCF- en travaux, et iDVROOM rémunère également directement le conducteur.

Une capacité théorique conséquente mais … des conducteurs à convaincre

Stadtverkehr im RegenLa capacité physique de transport par covoiturage en Île-de-France est très conséquente: près de 80% des 15 millions de déplacements quotidiens en voiture concernent des conducteurs seuls dans leur véhicule et le taux d’occupation des véhicules pour les trajets domicile-travail est de 1,1 personne en moyenne. Loffre théorique est donc considérable puisque plus de 20 millions de places pour des covoiturages de courte distance pourraient être proposées chaque jour. Néanmoins, pour rendre le covoiturage courte distance efficace, tout est question de masse critique d’inscrits et utilisateurs du service.

En effet, à la différence des trajets longue distance moins diversifiés et plus anticipés, le principal défi de ces nouvelles plateformes de covoiturage est de parvenir à faire correspondre offres et demandes de transport dans une temporalité quasi-immédiate :  pour des trajets courte distance,  il est à la fois complexe de convaincre les conducteurs de s’engager à l’avance sur les horaires et trajets proposés et/ou d’accepter parfois des détours pour prendre ou déposer des passagers, et en parallèle d’inciter les passagers à effectuer leur demandes de trajets en amont. Pour maximiser les chances de correspondances “parfaites” entre offres et demandes, le recrutement massif d’utilisateurs s’avère dès lors indispensable pour créer puis développer un écosystème dans lequel l’offre et la demande se répartissent mutuellement .

Ainsi, bénéficiant de la notoriété et la puissance médiatique de la  RATP (Sharette) ou de la SNCF (IDVROOM) ces deux plateformes de covoiturage disposent d’un (solide) atout pour réussir leur implantation sur le marché des déplacements courte distance en Île de France. Néanmoins, pour accompagner le développement de cette nouvelle forme de mobilité en milieu urbain, reste à convaincre les pouvoirs publics et les élus de mettre en place des mesures concrètes pour en faciliter l’essor :  mise en place d’espaces aménagés (zones de covoiturages …),  législation anti-pollution plus souple  – ou encore  tarification des péages attractive pour les trajets en covoiturage.