En décembre 2013, Amazon créait le buzz en annonçant un nouveau mode de livraison par le biais de mini-drones. Un an après, ces petits engins volants font la une de l’actualité. Transport Shaker vous propose de faire le point sur ce qu’ils pourraient apporter au secteur du transport. Si le potentiel est avéré, il reste pourtant beaucoup de freins à lever pour pouvoir parler d’une véritable révolution technologique.

Drones de quoi parle-t-on ?

Littéralement « ronronnement » ou « faux-bourdon » en anglais ; également appelé UAV pour « Unmanned Aerial Vehicule » ; le drone désigne un aéronef télécommandé, sans pilote à bord, et pouvant emporter une charge utile ou une fonctionnalité intégrée (caméra …)

Le drone nait après la première guerre mondiale, quand des prototypes d’avions télécommandés par télégraphe sans-fil voient le jour. Ces prototypes militaires ne seront jamais vraiment opérationnels et resteront au stade expérimental jusqu’aux années 50.

Plus tard les conflits armés de la seconde moitié du XXème siècle accélèreront le développement de drones militaires plus aboutis. Ces systèmes couvriront deux principaux objectifs : la surveillance militaire chez l’ennemi et l’intervention sans risque de pertes humaines.

Les années 2000 voient l’essor de cet appareil dans le domaine civil. Du simple jouet coûtant quelques centaines d’euros à l’appareil professionnel capable d’embarquer une caméra ou de transporter des charges de plusieurs dizaines de kilos, les modèles ne manquent pas d’imagination et les applications non plus.

Quelques chiffres sur le déploiement du drone civil chez les particuliers, où la France n’est pas moins que le 2ème marché mondial :

La révolution des drones en chiffres

La révolution des drones en chiffres

Source de l’infographie complète

Des applications possibles …

Surveillance et Contrôle : des applications déjà matures

L’industrie utilise déjà des drones pour la maintenance, la surveillance et la sécurité. Ce sont de véritables outils au service de la sécurité des systèmes industriels. Citons Arcelor Mittal qui inspecte les hauts fourneaux à l’aide d’une caméra infrarouge sur le site de Fos-sur-Mer (13). La SNCF contrôle aussi des ouvrages d’art (ponts, viaducs, barrages). De même EDF se sert de drones pour observer l’état de ses lignes haute-tension.

Distribution : Quelques expérimentations mais pas d’industrialisation en vue

A l’instar du buzz d’Amazon, les drones voudraient révolutionner la logistique dite « du dernier kilomètre ». Ils apporteraient un avantage concurrentiel dans la distribution de biens dans des zones peu denses ou difficilement accessibles (montagne, zones désertiques etc.). Amazon a ouvert son service de livraison Amazon Prime Air en Inde depuis octobre 2014 et espère le déployer aux Etats-Unis, mais les contraintes réglementaires sont encore trop fortes aujourd’hui pour envisager une extension. Par ailleurs citons Domino’s Pizza qui a testé la livraison de pizzas « aéroportées ».

Dans le domaine de la santé, le drone peut être un formidable appui aux services d’urgence dans le cadre de l’acheminement d’un défibrillateur en quelques minutes auprès d’une personne en arrêt cardiaque.

Transport : Quelles applications concrètes ?

Le ferroviaire (SNCF) a déjà testé l’usage de drones pour le contrôle des voies de chemin de fer (vols de câble ou détection des incidents techniques).

Les drones peuvent également être utilisés pour contrôler le matériel roulant et ainsi éviter des interventions humaines coûteuses et chronophages. Demain, avec l’amélioration des performances techniques, on pourra également imaginer ces systèmes comme de véritables robots volants et télécommandés capables d’effectuer des interventions à distance ou de manière semi-autonome.

… Mais des freins à lever pour renforcer l’usage des drones dans le transport

Si le potentiel d’application pour les drones civil est avéré, il n’en reste pas moins des difficultés susceptibles de maintenir ces applications au stade de l’expérimentation.

La sécurité et la réglementation

L’usage de drones dans des espaces privés ou non-réglementés (en dessous de 150m d’altitude hors zone urbaine) n’est soumis à aucune réglementation particulière.

La surveillance des voies par la SNCF, ou la maintenance de ses trains dans des technicentres privés ne pose donc pas de problème légal. En revanche, si l’on veut envisager l’utilisation de drones en milieu urbain ou public, des dispositifs réglementaires  s’appliquent en fonction des cas d’usage :

Réglementation de l’EASA (Agence Européenne de la Sécurité Aérienne) sur l’usage légal des drones en Europe à des fins commerciales ou non commerciales.

Règles générales du MEDDE (Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Energie) en matière de conception et d’insertion des drones dans l’espace aérien (limites du vol de loisir sans dérogation).Texte officiel de l’arrêté DGAC du 12 avril 2012

Article de la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) pour la prise de vue aérienne (article D113-10 du code de l’aviation civile).

Mais au-delà de la complexité du dispositif réglementaire, il s’agit de mettre en place un cadre normatif clair intégrant les items de sécurité, responsabilité et protection des données captées. Avec l’essor du phénomène, de nouvelles réglementations pourraient donc voir le jour et apporter davantage de contraintes. La communication de ces nouvelles règles doit être différenciée selon l’auditoire : particulier vs professionnel.

La transformation des « métiers » maintenance et logistique

Avec la montée en puissance du « digital manufacturing », l’industrie du transport tire parti des nouvelles technologies du numérique pour gagner en efficacité et performance.

A l’image des tablettes et des PDA, le drone fait partie intégrante des prochains leviers de la transformation digitale des métiers de la logistique et de la maintenance. L’enjeu à terme est de voir comment les drones peuvent s’insérer de manière progressive tout en améliorant les processus existants. Dans ce contexte, les métiers évoluent, l’organisation s’adapte à ce changement et l’information devient un actif en mouvement constant.

En effet les données des opérations logistiques et de maintenance peuvent être collectées via des drones. Demain les opérateurs « terrain » auront la possibilité de traiter des actes de gestion en temps réel (compte rendu de surveillance, disponibilité des pièces, rapport technique d’un matériel, etc.) et interagir avec d’autres systèmes. Les drones peuvent réduire significativement les délais opérationnels et les risques. Ils contribuent aussi à l’amélioration de la productivité et proposent une nouvelle expérience « métier ».

L’équation économique

A la transformation des « métiers » s’ajoute l’aspect économique. Pour intégrer efficacement les drones dans la chaîne valeur du transport, il faut répondre aux questions suivantes : Quels sont les gains générés ? Quel est le retour sur investissement du projet (ROI) et le coût total d’acquisition des drones (TCO) ?

Plusieurs avantages sont visibles, comme réaliser des opérations coûteuses ou répétitive ajoutée plus rapidement (contrôle régulier du matériel roulant, surveillance de l’état des voies, approvisionnement de petites pièces en de rechange pour l’aéronautique). Grâce à des caméras embarquées, l’activité de détection des anomalies sur des composants critique se fera de manière plus précise à une fréquence élevée, ce qui renforcera davantage la sécurité.

Une bonne approche pour justifier le ROI d’un gain consiste souvent à chiffrer le « coût à ne pas faire ». Par exemple, les vols de métaux ont coûté 35 millions d’euros à la SNCF et à RFF et provoqué près de 6 000 heures de retards cumulés dans la circulation des trains en 2011.

Conclusion

Les drones présentent un réel potentiel d’applications dont certains secteurs savent déjà tirer parti. D’autres comme le transport, commencent à explorer les possibilités offertes par cette technologie. Cependant, certaines contraintes encore fortes (réglementation, coût) interdisent toute massification pour l’instant. Au contraire, le drone adopte plutôt un positionnement de niche pour répondre à des activités très spécifiques ou à haute valeur ajoutée.

Le prochain défi des opérateurs de transport consistera donc à intégrer au mieux cet outil technologique dans une véritable trajectoire de transformation. L’idée sera d’interconnecter efficacement les données récoltées grâce aux drones avec les autres systèmes d’informations connexes et d’accompagner les acteurs pour une appropriation réussie.