Le 17 octobre dernier, Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique interpellait la SNCF:

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En réaction, de nombreux usagers partageaient leurs expériences bien plus connectées à l’étranger. Le débat sur le wifi dans les trains a donc été relancé… à grande vitesse.  Est-il exact que le wifi « est disponible dans quasiment tous les services de TGV » sauf en France ? Une revue des offres disponibles révèle leur grande diversité.

Des solutions partielles chez certains frontaliers

Les TGV allemands (ICE Deutsche Bahn) proposent le wifi… sur une partie des lignes (plutôt les grandes villes de l’Ouest : Cologne, Francfort, Stuttgart). Mais la connexion est payante : environ 5€ pour 1h d’accès à Internet et 20€ pour la durée totale du trajet. L’accès à Internet se paye donc au prix fort ; de plus, il est limité à un usage relativement basique d’Internet (pas de lecture ni de téléchargement de vidéos).

Au Royaume-Uni, certaines compagnies privées (Virgin Trains, East Coast) le proposant ont opté pour une tarification hybride : wifi gratuit en 1e classe, payant en 2nde (5€ pour 1h, 10€ pour un trajet). À nouveau, l’usage d’Internet est limité. On peut également remarquer qu’il ne s’agit pas de trains à très grande vitesse (200km/h au maximum). De fait, les contraintes d’équipement sont moindres. Malgré cet « avantage », les usagers font face à de fréquentes coupures de connexion, notamment pour Virgin Trains qui reconnaît « rencontrer des difficultés ».

Les « bons élèves » du wifi à bord

100% des Thalys sont équipés du wifi sans restriction d’utilisation. L’offre est gratuite en 1e classe, et pour les 2nde classe plein tarif. Pour les autres, le tarif est de 13€ pour tout un trajet.

SJ, l’opérateur national en Suède fait également partie des bons élèves. Tous ses trains à grande vitesse offrent gratuitement le wifi. La bande-passante est suffisante pour pouvoir profiter de fonctionnalités vidéo. La compagnie a mis en place un quota par passager pour garantir la qualité de service à tous (un voyageur qui atteint son quota voit sa connexion ralentie). Toutefois, les trains suédois ne circulent pas à plus de 200 km/h.

Enfin, nos voisins italiens proposent un wifi totalement gratuit à bord de certains TGV Trenitalia (filiale du groupe d’État). Ses faiblesses ? L’usage d’Internet est restreint et il est loin d’être répandu : seul 12% du parc TGV Trenitalia est équipé. Mais le service tend à se développer et d’autres acteurs se positionnent. Italo, marque de TGV privée du groupe NTV arrivée en 2012 sur le marché, offre un service similaire de wifi gratuit. L’Italie pourrait donc devenir un exemple à suivre, si l’offre wifi de ses trains se généralisait.Lady traveling by train using smartphone.

Quid de la SNCF ?

Face à ces solutions, pas toujours parfaites mais qui ont le mérite d’exister, l’offre française semble à la traîne.

La SNCF s’est pourtant intéressée très tôt au sujet, dès 2003 avec son offre Clic TGV.  Il s’agissait de proposer aux voyageurs de la ligne Paris-Bordeaux-Pau une sélection d’information et un usage d’internet très basique mais inédit à l’époque (ex. envoi d’emails sans pièces jointes). Malheureusement, l’expérimentation prit fin moins d’un mois après son lancement pour des problèmes de sécurisation du système.

La SNCF ne s’avoue pas vaincue mais commence à accumuler du retard. Elle ne relance les expérimentations qu’en 2010 et celles-ci dureront près de trois ans. Il s’agit de l’offre Box TGV mise en place sur la ligne Est. La SNCF proposait une connexion wifi payante proche du modèle allemand (5€ pour 1h, 10€ pour un trajet), un modèle qui ne rencontrât pas suffisamment le succès pour être rentable financièrement.

Depuis la fin de la box TGV, il n’y a plus de lignes proposant le wifi à bord des trains en France (sauf Thalys). La SNCF comme le gouvernement affichent une volonté d’y remédier :

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Aujourd’hui, l’orientation du projet ne semble pas arrêtée. On ignore la technologie envisagée (wifi, 3G+, 4G), la facturation voyageur, et le type connexion qui serait proposé (usage restreint ou non)

Les obstacles à surmonter

Les acteurs capables de fournir un wifi de qualité et à un prix abordable, voire gratuit sont peu nombreux. La plupart des compagnies ferroviaires ont dû faire des arbitrages entre le prix du service, le type de connexion (restreinte ou non) et… sa stabilité. En effet, assurer une connexion continue nécessite le déploiement de solutions sophistiquées.

Une première solution est d’utiliser une antenne satellite installée sur le toit du train ; un réseau local distribue ensuite l’accès internet dans les voitures.

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Source: generation-nt.com

Mais cette liaison satellitaire est inévitablement coupée lors de la traversée des tunnels et gares. De plus, des solutions restent à trouver pour rendre les antennes plus résistantes aux vibrations et pour limiter leur encombrement afin d’équiper les rames duplex.

Il est également possible de passer par les réseaux 3G/4G ou des bornes hotspot wifi. Mais les réseaux de téléphonie posent des problèmes de débit dégradé à grande vitesse (3G) ou de couverture insuffisante (4G). La solution hotspot nécessiterait un déploiement de grande envergure pour la SNCF afin de disposer et d’entretenir les bornes le long des voies (tous les 5km environ)

Pour pallier ces difficultés, les opérateurs ferroviaires ont tendance à coupler les technologies. Ainsi, le Thalys utilise un satellite doublé de cartes UMTS (3G) qui viennent soutenir la liaison satellitaire en cas de défaillances (tunnels etc.)

En conclusion, la difficulté à mettre en place une solution d’Internet à bord des trains français tient en partie aux contraintes techniques mais également à la capacité à faire travailler ensemble les différents acteurs (notamment  les opérateurs de téléphonie si la solution 3G/4G est choisie). Il reste surtout à déterminer s’il y a une demande réelle en France, pour quels types d’usage (professionnel, loisir) et si le modèle économique est viable en fonction de la technologie retenue : découvrez-en plus à ce sujet dans cet autre article !