En juin dernier, Transdev (leader français des services publics et privés de transport) et Delphi (équipementier automobile américain leader en technologie de conduite) annoncent leur partenariat pour répondre à une ambition commune : développer un système global de transport pour proposer une offre de service commercial de mobilité autonome.

A travers ce service, ces deux géants du marché de la mobilité ont l’ambition d’apporter une solution à la problématique toujours actuelle du « dernier kilomètre », souvent un vrai casse-tête pour le voyageur, qui bute sur l’absence de moyens de transport de porte à porte.  

Un objectif commun : offrir les meilleures solutions de mobilité « PACE » – Personnalisées, Autonomes, Connectées et Electriques

Un nouveau service de mobilité en marche !

Le partenariat Transdev-Delphi débutera au travers de programmes pilotes en France à Paris-Saclay et à Rouen, afin de développer un système global de véhicule autonome à la demande au dernier kilomètre. Grande première ! puisque ce seront les premières expérimentations d’un service de mobilité sans conducteur à la demande sur routes ouvertes en Europe !

Le système Transdev-Delphi consistera en un véhicule sans conducteur à la demande que l’usager pourra réserver via son smartphone. Il pourra également définir l’itinéraire sur l’application pour être embarqué et déposé sur le lieu de son choix, que ce soit sa destination finale ou une plateforme multimodale vers un autre moyen de transport. Pour des raisons de sécurité, un opérateur à distance s’assurera du bon déroulement du service.

Le choix du plateau de Saclay fait suite à la convention de partenariat signée entre Transdev et l’Etablissement public d’aménagement (EPA) Paris-Saclay pour développer des solutions innovantes. Ce lieu est en effet idéal pour les premières expérimentations Transdev-Delphi : la voiture reste encore majoritaire sur le territoire périurbain malgré l’offre en transport et le plateau de Paris-Saclay se situe entre la première et la seconde couronne parisienne. Cet écosystème dense reproduit ainsi des conditions rêvées pour tester leur solution.

De même, le choix de l’agglomération de Rouen s’explique par le fait que celle-ci se veut la capital européenne de la mobilité autonome, ambition portée par le projet “Rouen Normandy Autonomous Lab” de service de mobilité à la demande sur routes ouvertes avec des véhicules électriques autonomes accessibles au public. La flotte de véhicule du projet de Rouen comprendra au départ 4 Renault ZOE électriques, et à terme une navette plus grande, équipées en autres du système Transdev-Delphi. Ces véhicules effectueront 3 boucles totalisant 10km et comprenant 17 points d’arrêt.

Lancée en 2017, nous devrions voir les premiers résultats de la période de test début 2018, avec une ouverture au public de ce service à la demande prévue au printemps 2018 pour une durée de 2 ans.

Un partenariat au fort apport technologique

Pour réussir ce challenge, Transdev et Delphi ont décidé de partager leurs connaissances des systèmes de mobilité pour développer des véhicules totalement autonomes, des solutions d’infrastructure intelligente (Driverless Vehicule Infrastructure Solution – DVIS) ainsi que la plateforme cloud associée.

Chacun compte alors apporter son expertise du domaine et les technologies en sa possession pour mener à bien ce partenariat et développer le système global de transport autonome à la demande (Automated Mobility on Demand – AMoD) nécessaire pour aboutir à un véhicule opérationnel sans conducteur.

Côté Transdev, c’est bien évidemment son savoir-faire en transport en commun qui va représenter un atout majeur, que ce soit aussi bien en matière d’expérience client qu’en matière de sécurité et de qualité de services de mobilités partagées. Transdev apporte aussi son logiciel de dispatch Universal Routing Engine (URE), ainsi que son logiciel de contrôle-commande en interface avec une infrastructure intelligente et des modules de logiciels additionnels dédiés au transport public.

Côté Delphi, ce sont ses différentes technologies liées au véhicule autonome qui seront intégrées, incluant le logiciel de contrôle du véhicule Ottomatika, une gamme de capteurs intelligents, les technologies sécurisées de mise à jour automatisées (Over the Air – OTA), développées par Movimento (entreprise spécialisée dans le développement de logiciel pour véhicule automobile et dans la cybersécurité automobile) et la technologie de Road Experience Management (REM) développée par Mobileye (société israélienne de haute technologie et acteur majeur dans le développement de la voiture autonome).

Leur expérimentation à Paris-Saclay et Rouen est ainsi l’occasion de tester conjointement le système global dans son intégralité et l’intelligence du véhicule. Si les résultats sont fructueux, nous ne devrions pas tarder à voir apparaître une offre de service commercial de mobilité autonome à la demande, avec à notre disposition des véhicules électriques de proximité sans conducteur pour nous permettre de réaliser le dernier kilomètre de notre trajet sans nous fatiguer.

 

Le dernier kilomètre : un vrai casse-tête pour les usagers, un réel enjeu pour le territoire et l’écologie

Améliorer le trajet de l’usager de demain…

Pour rallier une destination après une gare de train ou un arrêt de bus, les moyens de transport sont parfois limités, voire inexistants. Dans ce cas, soit se déplacer devient pénible et fatiguant pour les usagers, soit ceux-ci optent finalement pour la voiture pour faire le trajet de porte à porte. L’offre d’un véhicule autonome à la demande apparaît alors comme une solution intéressante, aux côtés des multiples solutions existantes telles que l’autopartage ou le vélo en libre-service, pour compléter le trajet en transport en commun d’un individu selon ses besoins.

… tout en améliorant l’accès des agglomérations urbaines…

Mais au-delà du confort de l’usager, offrir un service de mobilité à la demande selon les besoins de l’usager permettrait de décongestionner les aires urbaines et leurs abords : les villes s’étalent de plus en plus, avec des zones mal voire non desservies par les transports publics. Avec un véhicule électrique sans chauffeur disponible H24/J7 tel que Transdev et Delphi veulent développer, cela pourrait contribuer à convaincre les derniers voyageurs réticents à abandonner la voiture pour emprunter les transports en commun. De quoi désengorger les routes bondées à l’approche des agglomérations et leurs rues, sans parler évidemment de l’impact positif sur l’environnement en réduisant l’usage de la voiture et ainsi notre empreinte écologique !

… et des zones rurales !

En dehors des grandes aires urbaines, le dernier kilomètre représente aussi un vrai défi pour les collectivités territoriales. L’offre de transport alternatif à la voiture reste plus difficile à organiser pour parcourir ce fameux dernier (ou premier !) kilomètre : la faible densité de la population ne permet pas de rentabiliser des services réguliers de transports publics. Quant à effectuer le trajet en vélo classique ou à assistance électrique (ou trottinette), comme l’on peut souvent l’envisager en ville, cette solution est écartée d’office tant elle est peu adaptée à la situation.

Avoir le permis et posséder une voiture devient alors une nécessité absolue. Dans ce cas de figure, le véhicule autonome à la demande propose l’avantage de réduire voire d’éviter les transports à vide, résultant en une baisse de coûts et une optimisation opérationnelle pour les prestataires de services de transport public puisque le véhicule parcourt le trajet uniquement parce qu’il aura été commandé par un utilisateur, tout en proposant une alternative à la voiture adaptée aux besoins de l’usager.

 

Etre les premiers à offrir un service de mobilité autonome ? Pas facile sur un marché de la mobilité en pleine effervescence

Une multitude d’acteurs sur le marché de la mobilité…

Aujourd’hui, le dernier kilomètre peut donc encore être un calvaire quotidien pour certains. Mais demain, des solutions s’offriront à nous pour nous faciliter nos trajets quotidiens, avec beaucoup d’attentes et d’espoirs pour les véhicules autonomes à la demande. Ceux-ci pourraient même grandement faire avancer le rêve de certains de voir des voitures du futur intelligentes, autonomes et sûres sous n’importe quelles conditions de conduite. Ces deux grands acteurs du marché automobile seront-ils à la hauteur de leur ambition ?

Quoi qu’il en soit, ils ne sont pas les seuls à s’être lancé sur cette voie : Mercedes-Benz, Volkswagen, Bosch, Nvidia, ABB, Mobileye, Faraday Future… tous (fabricants, équipementiers automobiles, développeurs de logiciel…) ont l’ambition d’être le premier à développer un véhicule autonome accessible à tous ! La compétition est rude et les partenariats et investissement se multiplient de toute part. Rien que pour Transdev, l’entreprise a formé deux autres partenariats dans le même domaine : en février avec l’Alliance Renault-Nissan pour développer ensemble un système de flotte de véhicules autonomes pour les mobilités de demain, puis en août avec Lohr pour développer un véhicule électrique 100% autonome à destination du transport public. Aussi la coopération Transdev-Delphi s’inscrit-elle naturellement dans la stratégie actuelle de l’équipementier français qui veut devenir le leader de l’exploitation de systèmes de transport autonomes.

… qui partagent tous des ambitions communes !

On observe ainsi ces dernières années une convergence stratégique des différents acteurs du marché. Concurrent direct de Transdev, Bosch (leader mondial allemand en équipement automobile) a annoncé cette année un investissement d’1 milliard d’euros d’ici 2021, plus gros investissement historique du groupe, dans une nouvelle usine de semi-conducteurs pour le développement de la conduite autonome. La firme allemande continue en parallèle de soutenir de nombreuses start-ups dans les secteurs de l’Internet-of-Things, Autonomous Driving et Mobility Solutions via sa filiale Robert Bosch Venture Capital pour bénéficier des dernières innovations.

De même, Volkswagen et Nvidia forment depuis juin 2017 un partenariat pour développer l’Intelligence Artificielle dans la mobilité autonome. Autant dire que Transdev et Delphi doivent affronter de redoutables adversaires dans un jeu contre la montre pour être à la pointe de la technologie et être les premiers à offrir un service commercial de mobilité autonome.

De notre côté, nous attendons avec impatience (et pour quelques-uns, avec des étoiles dans les yeux) les  résultats de l’expérimentation Transdev-Delphi. Le jour où nous aurons tous facilement accès à des véhicules autonomes est peut-être pour bientôt.