A l’image de Frenchblue, la nouvelle compagnie aérienne qui a vu le jour dans l’hexagone courant 2016, le marché du long-courrier low cost fait encore ses premiers pas en Europe et occupe de plus en plus l’attention.

Le long-courrier low cost en Europe est-il sur la bonne voix ? Quels sont les impacts de son arrivée sur le marché du transport aérien ?

Le long-courrier low cost en Europe, une offre qui se construit

Le mercredi 2 juillet 2014 à 15h35 décollait de Londres-Gatwick un Boeing 787-8 Dreamliner de la compagnie low cost Norwegian en direction de Los Angeles, pour un prix affiché à 250€.

Après plusieurs projets infructueux de low cost long-courrier en Asie tels que la très médiatisée tentative avortée d‘AirAsia X de relier l’Europe et l’Asie en 2012 à prix modique, le modèle du low cost pour les long-courriers (plus de 5 heures de vol) ne semblait plus une option viable. A l’époque, les avions utilisés par Air Asia X – des Airbus A340-300 – étaient bien trop dépensiers en carburant pour permettre à la compagnie low cost de survivre.

Pourtant, en juillet 2014, Norwegian réintroduit le low cost long-courrier en Europe en lançant plusieurs lignes entre l’Angleterre et les Etats-Unis opérées en Boeing Dreamliner. L’ambition de Norwegian est alors de concurrencer les grandes compagnies transatlantiques déjà bien implantées. « Le défi au-dessus de l’Atlantique, c’est que 87% du trafic est contrôlé par les trois grandes alliances aériennes et bien sûr, elles n’aiment pas la concurrence, surtout à bas prix » affirmait à l’époque Bjørn Kjos, PDG de la compagnie au nez rouge.

Depuis, d’autres initiatives ont vu le jour telles que l’inauguration en Novembre 2015 des lignes long-courrier de la low cost Eurowings vers Dubaï, Punta Cana ou encore Bangkok au départ de Francfort et Munich.
Mais c’est réellement en 2016 que tout s’est accéléré. Durant l’été, Norwegian a en effet ouvert son offre à de nouvelles destinations en proposant des vols pour New York, Los Angeles ou Fort Lauderdale dès 179€ l’allée simple à partir de Paris. Bjørn Kjos annonce également l’ouverture de 4 prochaines lignes entre Barcelone et les Etats-Unis dès Juin prochain. En Novembre 2016, Eurowings inaugure une nouvelle ligne vers Varadero, puis en mi-Décembre 2016 une seconde vers La Havane. Fin Décembre 2016, c’était le tour de Willie Walsh, PDG de IAG – maison mère de British Airways – d’annoncer l’ouverture prochaine de lignes long-courrier à bas prix entre Barcelone et les Etats-Unis lors d’un entretien avec le journal espagnol La Vanguardia.

Enfin, l’année 2016 est aussi celle du lancement de Frenchblue, première low cost long-courrier Française qui a vraisemblablement réussi son décollage.

L’exemple encourageant de “Frenchblue”

frenchblue airplane in the skyL’histoire de Frenchblue, c’est celle d’une nouvelle compagnie Française du groupe Dubreuil – propriétaire d’Air Caraïbes – qui a fait le pari de ne pas laisser le champ libre à la concurrence étrangère sur le marché du long-courrier low cost.

Dans cette optique, elle a lancé son premier vol commercial en juillet 2016 pour le compte d’Air Caraïbes puis le premier vol en son nom le 10 Septembre 2016 à un prix d’appel de 298€ l’aller-retour Paris – Punta Cana. Contre un prix moyen sur l’année de 716€ (estimation sur Algofly.com fin Décembre 2016), l’offre de Frenchblue n’est pas passée inaperçu. Elle lui a d’ailleurs valu de très bons taux de remplissage pour ses premiers vols (près de 95% en Juillet-Août et plus de 70% en Septembre-Octobre).

La compagnie pourrait même profiter de bénéfices plus tôt que prévu. “Aujourd’hui, nous sommes un peu en avance”, constate Marc Rochet. La direction prévoyait en effet des bénéfices à partir du second exercice seulement mais le résultat devrait déjà être atteint en 2017.

Pour l’instant, la compagnie ne dessert qu’une destination, la république dominicaine à raison de 4 vols par semaine depuis Paris sur un Airbus A330-300 de 378 sièges.
Malgré les bons taux de remplissage, Frenchblue ne possède donc encore qu’une part de marché très modérée, mais cela devrait s’améliorer avec la livraison prochaine d’un nouvel Airbus pour l’ouverture d’une ligne vers la Réunion en Juin 2017. Après, la République Dominicaine, « Le deuxième volet sera le lancement de la Réunion le 15 juin 2017, à raison d’un vol quotidien. Nous avons d’assez bons engagements et il y a du potentiel grâce à notre politique tarifaire. » a annoncé Marc Rochet lors d’une interview accordée au quotidien déplacementspro.com.

Les impacts sur le marché du transport aérien

« Aujourd’hui, tout le monde veut faire du low cost long-courrier : Air France veut créer Boost, Corsair s’intéresse à des projets similaires. Nous sommes sans doute en avance sur les autres, tant mieux pour nous et pour l’émulation que cela va provoquer. Que le meilleur gagne ! ». Cette autre déclaration de Marc Rochet résume bien l’impact premier de l’arrivée du low cost sur le marché du long-courrier ; la création de nouvelles compagnies. Il peut s’agir de 4 types de nouvelles compagnies. Les “Pure” de maisons mères low cost, les “Daughter” de maisons mères traditionnelles (comme French Blue), les “Native” créées en tant que long-courrier low cost ou enfin les “Mutant”, compagnies traditionnelles qui se sont transformées en low cost comme l’a fait Norwegian Air Shuttle en 2002.

De nouvelles alliances voient également le jour. En effet, pour rester rentables, il est vital pour les longs-courrier low-cost d’utiliser au maximum leur capacité en termes de places. En s’alliant à d’autres compagnies atterrissant dans leur aéroport de départ, elles pourraient profiter du flux de passagers pour s’assurer de bons taux de remplissage. De leur côté les compagnies alliées pourraient élargir leurs destinations en utilisant les lignes du long-courrier low cost et ainsi acquérir de nouveaux clients. C’est ainsi qu’en 2016,  deux alliances low cost ont vu le jour en Asie, U-FLY en janvier regroupant Hong Kong Express, Lucky Air, Urumqi Air et West Air, ou encore Value Alliance Partnership en mai 2016 qui regroupe pour la plupart des filiales low cost de compagnies asia­tiques majeures.

businessman pressing button on virtual screens

Enfin, la multiplication des compagnies long-courrier à bas prix renforcera très certainement la concurrence sur le marché aérien. Et cela poussera les compagnies à se différencier – autrement que par l’offre financière – en proposant une expérience client différente via des services innovants et de qualité. Frenchblue a déjà l’air d’avoir misé là-dessus puisque la compagnie vous propose pour 30€ à bord, de déguster des plats étoilés préparés par Jean-Michel Lorrain, chef 2 étoiles au Guide Michelin.

Pour aller plus loin encore, nous vous proposons un éclairage sur les différents modèles et tendances du long-courrier low cost publié sur le site du cabinet WAVESTONE qui permet même de tracer les contours d’une recomposition globale du paysage aérien

Une chose est sure, l’arrivée du long-courrier low cost en Europe a très bien démarré et présage de gros changements sur notre façon de voyager.