Louer une voiture (ou plus grand…) pour 1€? Cela pourrait vous être utile, surtout si vous êtes chargé ou nombreux et donc que le train ou le covoiturage ne vous apportent pas forcément une réponse satisfaisante… Ce service existe déjà et est proposé en France à la fois par Driive me et Luckyloc depuis près de 3 ans.

Un principe simple et efficace

Dans le sillage du covoiturage (Blablacar, iDVROOM, Sharette…) et de la location de voiture entre particuliers (Drivy, Ouicar, Koolicar …), ce service d’intermédiation propose à des particuliers de louer, pour un prix symbolique, des véhicules qui devaient être acheminés d’une ville à une autre.

Le cas le plus fréquent concerne les agences de location de véhicules : de plus en plus de leurs clients souhaitent récupérer et déposer le véhicule dans 2 villes différentes, ce qui nuit à l’équilibre entre les flottes des différentes agences. Pour rectifier cela, des camions ou des chauffeurs professionnels sont chargés de ramener les véhicules dans les agences. C’est un service coûteux et peu flexible (les camions impliquant d’avoir plusieurs véhicules à déplacer) dont l’itinéraire est souvent contraint (tunnels, ponts…). Les concessionnaires automobiles, sont eux-aussi concernés et ce à double titre : pour la gestion des véhicules au sein de leurs réseaux de distribution également, mais aussi pour rapatrier des voitures livrées par bateau dans les ports du Havre ou de Marseille par exemple.

L’idée, venue du monde anglo-saxon, est donc d’exploiter les trajets « à vide » des 450 000 véhicules déplacés annuellement, pour les valoriser en proposant à des particuliers de louer ces véhicules pour réaliser ces parcours. Pour leur permettre de rembourser une partie de leur frais de péage ou d’essence, les plateformes leur proposent même de convoyer (transporter des marchandises) ou de covoiturer durant le trajet, via leurs services partenaires ou intégrés.

Etant donné le tarif de location (qui inclut une assurance multi-risques), le business model  repose surtout sur la contribution des entreprises. Elles versent aux plateformes une centaine d’euros environ pour chaque trajet (selon les dates, lieux et types de véhicules), soit 30 à 50% de moins qu’en mobilisant leurs transporteurs habituels.

Une masse d’offres…. critique à atteindre

Ces services qui comptent pour l’instant moins de 2000 clients mensuels dans tout l’hexagone, se heurtent au problème de la masse critique. Ils doivent proposer assez d’offres de location (en développant leurs partenariats avec des loueurs de voiture ou des concessionnaires) pour que les particuliers trouvent facilement des annonces correspondant à leur demande et sautent le pas. Et c’est là que le bât blesse car pour l’instant, le nombre de trajets proposés à la location reste encore assez limité et de nombreuses requêtes « classiques » (Paris-Lille, Lyon-Grenoble, Nantes-Rennes….) ne peuvent être satisfaites.

Pourquoi un tel service peine-t-il à séduire les professionnels ? Parce que les premiers clients ciblés sont justement les agences de location de voiture… Pour diversifier leurs modes de transfert de véhicules en baissant les coûts, ils doivent contribuer à l’essor d’une offre de location directement concurrente et qu’ils auraient pu (ou dû…) inventer tout seuls! Par ailleurs, même si le but de ces professionnels est in fine également de faire connaître leurs services pour espérer recruter de nouveaux clients, le passage d’une solution opportuniste à 1€ -via les plateformes- vers une location à prix classique -en agence- reste difficile, même avec une éventuelle « offre découverte ».

Par ailleurs la flexibilité nécessaire dans les dates et heures de prise et dépose de véhicule (les professionnels indiquent généralement des périodes de 2 à 6 jours pour pouvoir trouver preneurs) représente souvent un manque à gagner, puisque les agences ne peuvent pas programmer la location (et pour les concessionnaires, la vente) du véhicule pendant toute la période possible de trajet.

Côté particuliers, plusieurs contraintes demeurent. En premier lieu l’offre étant limitée, la solution proposée reste partielle puisqu’il y a peu de chances de trouver une location retour avec des dates, horaires et lieux qui vous conviennent. Cela a aussi une incidence sur le type de véhicule proposé : les utilitaires et petits camions représentent une part significative des offres, ce qui est pratique si vous déménagez, mais coûteux en péage et en carburant si ce n’est pas le cas. Ensuite les trajets sont généralement à réaliser dans les 2 à 5 jours à venir et les lieux de prise et dépose précis ne sont parfois communiqués qu’après la réservation (chez Driive me notamment) ce qui complique l’organisation du pré et post acheminement (transports en commun, mobilisation des proches…).

Optimiser les trajets, une tendance de fond

Pour se développer (en France et en Europe), ces plateformes ont réalisé des levées de fonds importantes. La cible à conquérir : les réseaux professionnels mais aussi certains particuliers dont le véhicule doit être déposé loin de chez eux. Sous réserve d’adapter un peu leur modèle pour élargir leur catalogue d’offres, elles devraient se faire une place dans le marché de la mobilité, surtout pour les liaisons courtes (moins pénalisés par les budgets de péage et carburant).

Une tendance à l’optimisation de la mobilité émerge progressivement, notamment en proposant à prix réduit, et souvent en dernière minute, des déplacements qui seront effectués de toute façon, et « à vide » dans le pire des cas. C’est ainsi que des trajets en jet privés sont devenus accessibles pour le « commun des mortels » en investissant de manière groupée -le « cojetage »- ces fameux trajets retours. Mais pour les trajets routiers, une concurrence directe entre les particuliers louant ces véhicules et les professionnels de la conduite (transporteurs en camions, chauffeurs privés…) est à craindre, avec la nécessité pour ces derniers de retrouver une place dans l’équation si le marché se transformait en profondeur.