Les grandes agglomérations sont confrontées à un problème de pollution de l’air impactant climat et santé publique. L’autopartage (ou carsharing) qui naît de l’émergence des nouveaux modèles de mobilité est une des opportunités pour les communes de réorganiser les flux de personnes dans les zones à densité démographique élevée déjà fortement polluées telles que les zones touristiques, commerciales ou encore les quartiers d’affaires. La ville de Madrid a considérablement développé son offre d’autopartage au cours des dernières années. Ce succès est toutefois conditionné par des facteurs bien précis que nous proposons d’analyser.

L’autopartage: cadrage et notions clés 

L’autopartage en quoi ça consiste ?

L’autopartage est un service de location d’un véhicule d’un point de stationnement à un autre sur une courte durée et facturé au temps d’utilisation (à la minute ou forfait à la journée). C’est donc un service de mobilité qui est proposé aux utilisateurs, qui n’ont donc plus besoin de faire face aux irritants tels que le manque de place de parking ou l’assurance par exemple.

Comment ça marche ?

Nous avons distingué trois principaux modèles opérationnels d’autopartage qui se différencient les uns des autres selon deux variables principales : Station-based vs. Free-floating et Point-to-Point vs. Round-trip.

Le cas madrilène de l’autopartage 

Les acteurs du secteur de l’automobile ont commencé à décliner et réinventer leur business model autour du concept de mobilité. D’un rapprochement entre PSA et EYSA, acteur espagnol du stationnement et services, est né Emove ; et son concurrent français, Renault s’est lui rapproché de Ferrovial, fournisseur majeur d’infrastructures publiques au service des municipalités, pour offrir de ce type de services via sa marque Zity.

Le succès de l’autopartage n’est pourtant pas égal suivant les villes et pays. A Madrid, les entreprises qui se sont lancées dans l’aventure connaissent une véritable croissance qui est en partie rendue possible par certains facteurs qui conditionnent l’environnement et le rendent propice au développement de ce type de services.

Les facteurs clés de succès de l’implémentation de l’autopartage à Madrid 

Entre 2008 et 2011, le projet européen MoMo Carsharing (More Options for Energy Efficient Mobility) qui promeut la culture de la mobilité durable, identifie les forces et opportunités suivantes d’un business model pour une entreprise d’autopartage :

  • Des mesures législatives encourageantes adoptées, la collaboration avec et le support de la part des autorités locales et nationales
  • Des véhicules appropriés et création de partenariats pour l’adoption de voitures électriques
  • Localisation de stations ou de stationnement stratégique
  • Technologie éprouvée et marketing avancé

 

La stratégie de la commune de Madrid pour décongestionner et dépolluer la ville

Comme dans les capitales européennes, le modèle de l’autopartage devient de plus en plus populaire à Madrid, où ce type de service rencontre un franc succès avec une fréquence d’utilisation journalière comprise entre 13 et 15 trajets par voiture alors que le maximum parisien est de 5 utilisations quotidiennes pour une voiture.

Selon la Mairie de Madrid, un véhicule partagé remplacerait en Espagne aujourd’hui environ 8 véhicules individuels ce qui permet de décongestionner les zones urbaines les plus fréquentées par les automobilistes. En effet, la plupart des entreprises d’autopartage offrent un service de mobilité électrique, ce qui permet également de répondre à des enjeux environnementaux et de confort sonore en ville. En mars 2017, la Mairie de Madrid présentait le Plan A de Calidad del Aire y Cambio Climático (en français Plan de la Qualité de l’Air et du Changement Climatique) dans lequel, un chapitre est dédié au support de toute entreprise de service à la mobilité partagée électrique. Ce plan qui sera réalisé d’ici 2020 et qui dispose d’un budget de 544 millions d’euros, regroupe au total 30 mesures qui ont pour but de protéger la qualité de l’air de la ville ainsi que la santé de ses 3 millions de résidents.

Le Plan A poursuit les efforts nationaux et municipaux entrepris avec la « Stratégie pour la Qualité de l’Air » qui avait pour but de répondre aux exigences de la Directive 1996/62/CE. Ce plan encourage les citoyens à réduire leur impact sur l’environnement en proposant notamment des réductions du prix du stationnement pour les propriétaires de véhicules contaminant le moins allant de 50% à 100% du prix du parking selon la catégorie du véhicule. Le Plan A comprend également l’introduction graduelle de mesures contre les véhicules les plus polluants telles que la restriction à l’accès et au stationnement dans les zones les plus congestionnées de la capitale. En effet, le plan délimite une zone dite Área Central Cero Emisiones (en français Zone Zéro Emissions) au centre de Madrid dont l’accès sera fermé au trafic à partir de novembre 2018 sauf pour : les résidents, transports publics, taxis, véhicules commerciaux, VTC, véhicules électriques ou tout autre véhicule disposant de l’étiquette « Cero » ou « Eco ». Les mesures seront donc progressives et iront jusqu’à interdire aux véhicules ne respectant pas les critères fixés par la Dirección General de Tráfico (en français, Direction Générale de la Circulation) de stationner dans la zone de stationnement réglementée (SER) en 2020. Le but final de l’ensemble de ces actions est donc d’« imposer une nouvelle culture de la mobilité » à l’échelle de la capitale.

La stratégie de la ville de Madrid en termes de mobilité est donc avantageuse pour les entreprises d’autopartage qui ont misé sur l’électrique pour la constitution de leur flotte automobile. En revanche, entretenir une bonne relation avec les municipalités peut être identifié comme un challenge pour des acteurs comme les constructeurs automobiles qui se sont lancés dans ce type de service. En effet, ceux-ci sont pour leur activité traditionnelle impactés par les décisions des instances nationales ou européennes et ont peu d’expérience lorsqu’il s’agit d’interagir avec les municipalités. Pour pallier ce problème certains ont su aborder le marché à travers des joint-venture avec des entreprises opérant dans la gestion de la mobilité et des infrastructures urbaines qui ont l’habitude de répondre aux exigences des communes.

 

Un service qui s’adapte aux attentes des consommateurs

Les services d’autopartage se déclinent en différents modèles (cf. Figure 1). Les distinctions entre ceux-ci sont importantes car elles jouent sur l’expérience utilisateur et le rendent de manière générale plus ou moins complexe à gérer. Le modèle le plus attractif pour le consommateur est celui du point-to-point free-floating car c’est celui qui lui permet de remettre le véhicule à n’importe quelle place de parking au sein d’une zone autorisée. Ce modèle est le plus largement proposé cependant, il s’agit également du plus complexe à entretenir. En effet, les utilisateurs tendent à se diriger par vagues dans les mêmes zones ce qui provoque une surabondance de l’offre dans certaines zones et une raréfaction de celle-ci dans d’autres. A Paris Autolib’, encourageaient ses utilisateurs à contribuer à relocaliser les véhicules dans des stations vides contre des minutes d’utilisation gratuites.

Les modèles de voitures proposés sont également adaptés à un usage urbain tant par la taille limitée du véhicule qui permet un stationnement dans des zones contraintes par le manque d’espace que par l’usage de l’électrique. En répondant aux exigences de la commune, les entreprises d’autopartage peuvent offrir un accès sans restriction à toutes les zones de la ville ainsi qu’un stationnement gratuit.

Enfin, afin de se différencier de la concurrence, certains acteurs de l’autopartage comme Zity jouent sur des fonctionnalités optionnelles comme par exemple le « stand-by » permettant de conserver la réservation pendant un court temps pour un véhicule stationné sans conducteur.

 

Une relation qualité prix avantageuse par rapport aux autres moyens de mobilité

Pour beaucoup de madrilènes, l’autopartage représente une opportunité avantageuse en termes de coûts du transport. Aujourd’hui 15% de la population active est sans emploi en Espagne, avec un taux à peine plus faible de 12 % à Madrid. Ce chiffre reste élevé comparé par exemple à la France qui compte 9% de la population active au chômage et à Paris, 7%. Par ailleurs, selon l’INE il y a un fort taux de travailleurs à temps partiel « subi » (en espagnol, tiempo parcial involuntario) avec 56% des employés à temps partiels madrilènes qui préfèreraient travailler davantage d’heures mais qui n’en trouvent pas la possibilité. Pour l’utilisateur, l’autopartage représente donc une opportunité de faire face au risque impliqué par une situation précaire. En recevant une unique facture mensuelle, il dispose d’une vision plus claire de ce que lui coûtent ses trajets alors que possession d’une voiture impliquerait des coûts fixes importants (achat et maintenance) auxquels il lui serait difficile de faire face. Le service d’autopartage représente lui un coût entièrement variable et donc plus facile à gérer sur le court-terme.

La ville de Madrid rassemble donc des conditions favorables, permettant un développement croissant des offres d’autopartage. Grâce à l’appui des autorités municipales et nationales et à un service dont les caractéristiques permettent à l’utilisateur de répondre à un réel besoin, les entreprises déjà présentes sur le marché rencontrent un franc succès en augmentant petit à petit leurs nombres d’inscrits.

Ces entreprises cherchent toutefois à étendre ce succès à d’autres villes et capitales d’Europe dont certaines comme Paris, malgré l’échec Autolib’, connaissent déjà des problématiques de mobilités et de qualité de l’air qui attirent ces acteurs des nouvelles mobilités.

 

 

 

Sources utilisées :