Alors que le trafic aérien ne cesse d’augmenter et que IATA (l’association du transport aérien international) prévoit 8,2 milliards de voyageurs aériens en 2037 (contre 4 milliards en 2017), les aéroports font face à deux principaux enjeux, en apparence difficilement conciliables : le renforcement des aspects sécuritaires, lié à la menace terroriste, et la nécessité de fluidifier le parcours client pour offrir une expérience voyageur la plus aboutie possible, dans un contexte de concurrence entre aéroports.

Pour y répondre, ces derniers doivent donc innover dans le parcours au sol des voyageurs. D’ailleurs, la biométrie est une piste que nombre d’entre eux explorent.

Qu’est-ce que la biométrie ? Quels sont ses apports pour les aéroports et les usagers en termes de sécurité et d’expérience voyageurs ? Quelles limites doivent néanmoins être gardées en tête ?

Vous trouverez des éléments de réponse dans cet article.

La biométrie, qu’est-ce que c’est ?

La CNIL définit la biométrie comme « l’ensemble des techniques informatiques permettant de reconnaître automatiquement un individu à partir de ses caractéristiques physiques, biologiques, voire comportementales. Les données biométriques sont des données à caractère personnel car elles permettent d’identifier une personne. Elles ont, pour la plupart, la particularité d’être uniques et permanentes. » Les données biométriques d’un individu sont par exemple son ADN, ses empreintes digitales ou son visage.

Toutes les biométries ne présentent pas la même fiabilité et ne peuvent pas être vérifiées aussi rapidement. Par exemple, un test ADN permet certes d’identifier de façon certaine une personne mais il prend plusieurs heures et ne peut donc pas être envisagée comme méthode d’identification des passagers au sein d’un aéroport. En revanche, les empreintes digitales se prêtent beaucoup mieux à cet usage puisque le temps de reconnaissance est de quelques dizaines de secondes. La reconnaissance faciale, quant à elle, permet d’identifier les individus en 10 secondes seulement.

La biométrie, un dispositif de plus en plus commun

L’identification biométrique des individus est de plus en plus courante. Son développement s’appuie notamment sur l’amélioration et le perfectionnement de la technologie qui permet d’identifier et d’authentifier les individus de façon plus facile, plus rapide et plus fiable, ainsi que sur le déploiement des passeports électroniques. En effet, ces derniers stockent sur une puce certaines données biométriques (empreintes et visage) de leur porteur, ce qui permet de les comparer à des données récoltées en temps réel et de vérifier l’identité du porteur.

La biométrie est désormais utilisée dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. Il est par exemple possible de rentrer chez soi sans clefs, uniquement grâce à son empreinte digitale. La Société Générale a lancé une carte bancaire à reconnaissance digitale. Côté smartphone, depuis l’iPhone 5S, Apple permet à ses utilisateurs de déverrouiller leur appareil grâce à leur empreinte. Chez Samsung, c’est l’iris qui peut être utilisé !

Dans le secteur du voyage, la biométrie est également déjà très présente. Quelques chiffres pour vous en convaincre (source SITA) :

Des exemples d’initiatives dans le parcours au sol en aéroport

On entend par parcours au sol l’ensemble des étapes par lesquelles passe le voyageur depuis son arrivée dans l’aérogare jusqu’à la montée dans l’avion et depuis sa descente d’avion jusqu’à sa sortie de l’aérogare.

Plusieurs compagnies aériennes mettent en œuvre des dispositifs faisant appel à la biométrie. C’est par exemple le cas d’Air France. Cette année, la compagnie française a testé un système de « Carte d’Accès à bord Biométrique » (CAB) qui permet s’associer les données biométriques du visage au code-barre de la carte d’embarquement. Ainsi, le passager peut déposer ses bagages et embarquer sans présenter aucun document, reconnu et identifié grâce à des caméras présentes à ces deux étapes du parcours au sol.

Delta Air Lines est allée plus loin. Après des tests en 2017, permettant à ses clients à l’aéroport de Washington Reagan d’embarquer en s’identifiant grâce à leur empreinte digitale (et non grâce à leur carte d’embarquement et un document d’identité), la compagnie a annoncé la mise en place d’un parcours entièrement biométrique à l’aéroport d’Atlanta pour la fin de l’année 2018. Les passagers devront compléter un formulaire sur l’application Delta avec les informations de leur passeport. A leur arrivée à l’aéroport, ils seront pris en photo par des bornes spécifiques et celle-ci servira de référence tout au long de leur parcours.

Des initiatives émanent également des aéroports directement. C’est par exemple le cas à Aruba, dans les Antilles Néerlandaises, ou à l’aéroport Changi de Singapour dont le nouveau terminal 4 propose un parcours FAST (Fast and Seamless Travel). Concrètement, les passagers pourront déposer leurs bagages, passer les contrôles de sûreté et les contrôles aux frontières ainsi qu’embarquer uniquement grâce à leurs biométries (données du visage et empreintes digitales). Ils n’auront plus à présenter leur passeport et leur carte d’embarquement.

Enfin, certains pays s’appuient maintenant sur la biométrie pour fluidifier et sécuriser les contrôles aux frontières. C’est le cas par exemple de l’Australie. A leur arrivée, les passagers éligibles (ressortissants de plus de 16 ans d’une quinzaine de pays) se rendent à une borne dédiée. Là, ils scannent leur passeport électronique et répondent à une série de questions, directement sur l’écran. Ensuite, ils peuvent se rendre à un « Smart Gate » qui compare les données biométriques du passeport avec le visage de la personne qui se présente. Si les informations correspondent, le portique s’ouvre et le voyageur peut entrer sur le territoire australien.

De même, en France, des dizaines de sas PARAFE sont désormais installés dans plusieurs aéroports et permettent d’automatiser les procédures d’entrée et de sortie du territoire pour les ressortissants de certains pays. La première génération de ces portiques vérifiait l’identité des individus grâce à leurs empreintes digitales tandis que la deuxième génération s’appuie sur la reconnaissance faciale, biométrie plus rapide à contrôler. Après avoir scanné son e-passeport, l’individu pose son doigt sur le lecteur d’empreinte ou regarde une caméra afin que son identité soit vérifiée.

Les avantages issus de l’utilisation de la biométrie en aéroport

Si les acteurs du transport aérien se tourne vers la biométrie, c’est parce que celle-ci présente plusieurs avantages dans le parcours au sol en aéroport.

Tout d’abord, elle permet de réduire les temps d’attente pour les voyageurs aux différentes étapes de leurs parcours. Ainsi, le contrôle via un sas PARAFE prend entre 10 et 15 secondes, tandis qu’un contrôle manuel en aubette prend environ 1 minute, selon le magazine Challenges. De même, les bornes d’enregistrement automatique permettent aux voyageurs de réduire leur temps d’attente de 30%. Avec son parcours entièrement biométrique, Delta Air Lines estime quant à elle le gain à 9 minutes par client.

Le recours aux dispositifs automatiques de biométrie permet donc d’offrir un parcours plus fluide en aéroport et, ainsi, une meilleure expérience aux voyageurs :  ces derniers n’ont plus à montrer leurs papiers d’identité ou d’embarquement et gagnent du temps, ce qui augmente leur satisfaction. D’ailleurs, selon une étude SITA, il s’agit de la principale motivation des aéroports et des compagnies pour investir dans ces dispositifs.

La réduction du temps d’attente des passagers permet aux compagnies de réduire leurs temps de rotation et donc d’augmenter leurs recettes. Les gestionnaires aéroportuaires sont également gagnants : une étude montre qu’une minute gagnée par un passager lors des différentes étapes de son parcours au sol se traduit par une dépense de 0,70$ en duty free.

Par ailleurs, le recours à des dispositifs automatiques, notamment pour les contrôles aux frontières, permettrait de réduire le risque d’erreur humaine. Selon une étude réalisée par l’université de Nouvelles-Galle du Sud, dans 14% des cas, l’agent n’est pas en mesure d’associer le visage de la personne devant lui à celui de la photo du document d’identité. Le recours à la biométrie pour des contrôles automatisés permettrait de pallier ces erreurs humaines.

Enfin, les systèmes automatisés permettent aux compagnies et aux gestionnaires de diminuer leur besoin en main-d’œuvre et ainsi leurs dépenses. L’aéroport de Singapour estime cette baisse à 20% à long terme. En tous cas, le rôle des agents au sol est amené à évoluer, du contrôle vers davantage de conseil et d’accompagnement des clients, par exemple pour les aider à modifier leurs sièges.

Les enjeux à surmonter

En revanche, il reste encore certaines difficultés à surmonter avant que ces dispositifs s’appuyant sur la biométrie viennent entièrement automatiser le parcours au sol des voyageurs dans les aéroports.

La première d’entre elles est bien évidemment leur fiabilité, dont découle la sécurité. La reconnaissance faciale est encore très sensible à la luminosité de l’environnement et peut, en cas de luminosité insuffisante, ne pas permettre de vérifier l’identité du passager (ce qui oblige à réaliser un contrôle manuel, plus long) ou renvoyer de faux résultats. Certains dénoncent aussi la possibilité de fabriquer de fausses empreintes pour tromper les capteurs d’empreintes digitales. Ces éléments montrent que les technologies doivent encore gagner en précision.

Par ailleurs, la question de l’accès aux données personnelles, et donc de leur protection, se pose et peut constituer un frein à l’utilisation des systèmes automatisés en aéroport s’appuyant sur la biométrie. Si les sas PARAFE ne stockent aucune donnée (il y a simplement une comparaison entre la donnée biométrique stockée sur la puce RFID et celle récoltée en temps réel), d’autres dispositifs, comme celui des contrôles aux frontières en Australie, s’appuient, pour fonctionner, sur une base de données centralisée qui est interrogée à chaque contrôle.

 

Si la biométrie investit un nombre croissant de domaines de la vie quotidienne, à termes, pour une efficience renforcée, les différents acteurs du transport aérien devront s’entendre sur la ou les technologies utilisées. La question du partage des données entre les parties prenantes va également déterminer le gain de praticité et de fluidité pour les usagers (pour l’instant, limité du fait de la réglementation sur la protection des données personnelles). Réponse dans quelques années.